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L’IL-20 russe d’Idlib victime d’un conflit de génération
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En croyant abattre des avions de chasse israéliens F-16, la défense anti-aérienne syrienne détruit un avion de renseignement électronique russe IL-20 avec un missile SA-5, un système anti-aérien de conception soviétique. Obsolescence fatale d’un armement vestige de la guerre froide déployé dans un conflit au 21ème siècle.

19.09.2018

A l'ère du Big Data, l'avion de renseignement russe des années 70, abattu par un missile soviétique datant de la guerre froide. © Wikipedia

La tragédie s’est nouée le 17 septembre 2018, peu avant 22h00, dans la région de Lattaquié, sur la côte syrienne, quand un radar de surveillance à longue portée syrien détecte quatre avions de combat israéliens F-16, en approche au dessus de la mer. Pour les militaires syriens, aucun doute, ces appareils lourdement armés ont pour intention de frapper des objectifs terrestres. Les appareils sont aussitôt pris pour cible par un système de défense d’origine russe S-200 (SA-5 code OTAN). Un premier missile s’élance dans la nuit, dans un bruit de tonnerre.

Erreur de cible

Le missile antiaérien qui évolue à très haute vitesse se trompe de cible. Au lieu de détruire un des quatre F-16, il se verrouille sur un avion de renseignement russe IL-20 qui patrouille à 27 kilomètres, au large des côtes, dans le même secteur que les F-16. A bord, du quadrimoteur il y a 15 militaires, membres d’équipage et spécialistes en acquisition de renseignement d’origine électromagnétique. Il est probable que les opérateurs du système de mission de l’avion, penchés sur leurs consoles, ont vu sur leurs écrans, venir le missile qui allait les tuer.

Pour les militaires russes, la faute incombe à Israël dont les pilotes n’ignoraient rien de la présence de cet IL-20, dans le secteur. Ils ont choisi d’évoluer à proximité. Cet appareil non armé achevait sa mission. Il venait de patrouiller à 5.000 mètres d’altitude d’où il avait surveillé les signaux dans la province d’Idlib. Il était sur le point d’entamer son circuit d’approche et allait se poser.

Transmission tardive d’information

Selon les militaires russes, les pilotes de F-16 auraient justement parié que la présence de l’avion russe à proximité pourrait, au mieux masquer la présence des avions de combat dans leur approche, et au pire, dissuader une quelconque action des moyens antiaériens syriens.

Il existe pourtant un canal de communication privilégié qui permet à Israël de prévenir le Kremlin avant toute frappe afin d’éviter précisément des victimes côté russe.

Or les russes auraient été prévenus trop tard par l’état hébreu. Soit une minute avant le tir fatal. Pour Israël, qui exprime ses condoléances pour les familles des victimes, la faute incombe à ceux qui ont tiré le missile, à savoir les militaires syriens.

Mise à jour des bases de données

Selon le Kremlin, la mission de l’IL-20 était, entre autres, de traquer les groupes armés qui assemblent des drones artisanaux armés dans la région d’Idlib. L’avion de renseignement est aussi parfaitement équipé pour surveiller tous les moyens militaires situés sur ce théâtre d’opérations. Il faut savoir que la Syrie et ses approches sont truffées de matériels militaires occidentaux dernier cri qui évoluent au sol, sur mer et dans les airs.

Dès lors, pour Moscou, il est important de déployer des moyens de renseignement pour collecter les signatures électroniques des matériels déployés pour, à l’avenir, mieux les détecter, les identifier et pourquoi pas, dans un second temps, programmer en conséquence les systèmes de contre-mesures électroniques des avions de combat russes. On parle alors de mission Sigint, pour Signal Intelligence. Telle est probablement aussi la mission de l’IL-20 russe en ce soir du 17 septembre.

L’IL-20 est doté, sur ses flancs et sous son fuselage, d’imposantes antennes d’écoute électronique qui captent, analysent, localisent et enregistrent en permanence toutes les conversations radio et les signaux radar à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde. Des capteurs complétés par un radar à balayage latéral, pour surveiller des objectifs terrestres, des capteurs infrarouges et des moyens photo. Autant d’informations collectées qui peuvent ensuite être transmises par radio aux centres de commandement de zone ou à Moscou directement. Sous les ailes de l’iliouchine, la zone regorge de navires de l’OTAN telle que la frégate française de nouvelle génération FREMM Auvergne, mais pas seulement.

Le Système D russe

En permanence, des avions de combat et de surveillance ainsi que des drones patrouillent pour contrôler en temps réel la situation tactique et préparer des frappes ultérieures. Une mine d’information précieuse pour les services de renseignement russes et pour les opérateurs de l’IL-20.

Cette guerre électronique invisible, dans laquelle les russes sont passés maitres, est pratiquée depuis longtemps par tous les pays du monde, en temps de paix comme en temps de guerre en vertu du bon vieil adage, si tu veux la paix, prépare la guerre. Dès lors comment cet avion russe ultra secret et dont les renseignements valent de l’or a-t-il pu être abattu par erreur ?

Ami ou ennemi ?

En principe, cet avion est muni d’un IFF russe, un équipement radio qui indique aux forces « amies », en l’occurrence les russes et les syriens, que l’avion détecté est un allié et qu’il ne faut pas lui tirer dessus. Mais ce système ne fonctionne que si toutes les parties en présence possèdent des équipements branchés, compatibles, en bon état de marche et avec les bons codes secrets…

L’équipage de l’IL-20 a-t-il coupé son IFF (Identification Friend or Foe) pour ne pas trahir sa présence ou améliorer sa réception ? Ou alors, y a-t-il eu un problème technique sur l’avion ou la batterie SA-5. La coordination entre les russes et les syriens a-t-elle été défaillante ? Les questions ne manquent pas. Les réponses, si !

SA-5, missile des années 50

Le SA-5 Gammon (code OTAN du S200) est bien connu en occident. Il s’agit d’un système très ancien dont la conception remonte aux années 50. Il a été conçu en pleine guerre froide par le bureau soviétique Almaz pour détruire des avions de grande taille peu manoeuvrants tels que les bombardiers américains B-52 et les avions de surveillance radar Awacs à grande distance, jusqu’à 300 km.

Le missile mis en œuvre est imposant. Il mesure plus de 10 mètres de long, pour un poids avoisinant les 7 tonnes. Il est guidé par radar depuis le sol et sa vitesse culmine aux environs de 8.000 km/h. Il est probable que le système de détection et de contrôle du SA-5 a fait l’objet d’améliorations depuis sa mise en service. Pas sûr cependant que la capacité de discrimination du radar de guidage de ce vieux système anti-aérien ait été suffisante.

Selon Moscou, pour le vieux radar de guidage du missile, l’écho radar des 4 F-16 israéliens et de l’IL-20 distants de 400 mètres ne faisait plus qu’une seule et même cible. Par la suite les petits avions de combat israéliens qui ont détectés le tir du missile auraient entamé une manœuvre évasive serrée, laissant pour seule cible l’appareil russe incapable de manœuvrer avec la même agilité.

L’IL-20, un avion espion désarmé

L’équipage de l’Iliouchine n’avait pas la capacité de se défendre contre le missile. A la différence des F-16 israéliens, les IL-20 de renseignement électronique, dont la mise en service remonte aux années 70, ne sont pas équipés de contre-mesures électroniques.

Ils peuvent capter les signaux qui les entourent, mais ils ne sont pas, jusqu’à présent, munis de brouilleurs ou de moyens d’autoprotection, historiquement cela s’explique par la volonté de ne pas installer à bord des émetteurs qui risqueraient de perturber les moyens d’espionnage.

La Russie n’utilise plus le SA-5 depuis longtemps. Elle a déployé en Syrie son système anti aérien le plus moderne, le S-400. Ce système ultra moderne, véritable cauchemar des américains qui fait l’objet de l’attention de tous les services de renseignement de la planète, était présent en Syrie. Il n’a pourtant pas riposté après la destruction de l’IL-20.

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9 commentaires

  • sirpatrick

    La Russie n’en est pas restée là. désormais Moscou livre à Damas un système anti aérien moderne (enfin presque) le S-300. un équivalent de Patriot++, capable de détruire un avion à 250 KM à la ronde. En même temps, la coordination IFF a-entre les forces russes et syriennes sera améliorée pour éviter les tirs fratricides. Enfin, dès qu’un raid hostile sera détecté, Moscou déclenchera un brouillage du GPS, des communications et des radars aéroportés. (probablement avec le système Krasukha4)
    Un ensemble de mesures destinées selon Moscou à calmer les ardeurs des esprits les plus échauffés. curieusement, le S400 russe n’a toujours pas réagi, des lors tel Aviv a le choix entre stopper ses raids, détruire les radars du S300 et les brouilleurs au risque de faire monter les tensions dans la région. et de créer une dangereuse escalade avec la Russie.

  • bdd13
    bdd13

    Cette histoire permet de mieux apprécier le commando aérien interallié (français, anglais et américains) du 14 avril, qui a permis la destruction de sites sensibles en plein territoire syrien.

  • jean Baptiste Berger

    Ca ne vous rappelle rien ?
    le B777 Malaysien abattu par des pro russes alors qu’il était au minimum guidé (controleurs aériens) mais plus certainement « accompagné » par des chasseurs Ukrainiens au milieu d’une zone de combat en Ukraine …..
    Il est vrai que la CIA et les bons médias « aux ordres » Européens ont fait une présentation bien différente de l’évènement.
    Jean Baptiste Berger

    • porco rosso

      Un MH 17.. »accompagne » par 2 chasseurs Ukrainiens, pilotes par des Polonais.
      (Pologne pro Gringoland).. Un cockpit de 777 bizarement crible de « projectiles haute energie » (dixit la comission d enquete Neerlandaise) ..
      Qui ont penetre par le dessus, et sont ressortis en eclats par les cotes et le bas..
      (Il suffit juste de regarder en detail les photos des restes du fuselage du nez)
      Ca ressemble bien plus a des obus A/A qu a des billes d aciers de missile bulk..

  • buridan

    on peut comprendre la ccolere des russes . face a des f16 qui ont pris le coot pour un bouclier’ au mepris de la vie des 15 russes .

  • Aerobuzz1

    Et les deux F16 qui se sont positionnés sciemment sous l’IL20 créant ainsi la confusion et menant à la catastrophe qu’on connaît…. on en parle ????

  • sirpatrick

    Les noms des victimes ont été publiés dans la presse russe, et Poutine annonce qu’il n’en restera pas là. un renforcement visible des moyens de defense russes en Syrie va être opéré dans les jours qui viennent
    souhaitons que l’escalade stopper à ce stade ;)))

  • patrick brunet

    Merci pour l’article !
    on peut déduire de ces informations que cette zone est une poudrière ou chaque pays, voisin ou pas, mène sa propre guerre,
    Les pilotes israéliens sont parmi les meilleurs au monde, si ce n’est les meilleurs compte tenu de leur expérience au combat, et leurs moyens de guerre électronique embarqués sont assez complets. Ils ont probablement appliqué la meilleure tactique pour mener à bien leur mission, dommage que 15 russes aient du perdre la vie pour cela. L’IL-20 reste un vestige de la guerre froide, il a été decline en de nombreuses versions. J’ignore le degré de modernisation de cet avion, mais sa presence souligne l’importance de la guerre électronique dans les conflits modernes.

    • Pottier

      Cette technique de dissimulation de chasseur(s) sous un autre avion militaire ou civil n’est pas une technique nouvelle. cette technique est largement utilisée par toutes les armées du monde pour répondre à des besoins d’attaque ou de renseignement et de rester invisible par les RADAR sols ou embarqués.
      Malheureusement une guerre est « sale », ceux qui pensent encore qu’une guerre propre existe se trompent. Les militaires le savent bien, seul la notion de gestion et de réduction des risques fait partie de la guerre d’aujourd’hui.

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