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Une loi de programmation militaire très terre à terre…
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Le projet de LPM couvre la période 2019-2025, il devra être voté par le Parlement cet été. Adossé à de traditionnelles promesses sur le long terme, ce projet de loi comprend une hausse budgétaire qui ne fait que rattraper partiellement les renoncements des années passées… En voici les effets les plus attendus sur l’armée de l’Air.

12.02.2018

A l'horizon 2025, la LPM prévoit de doter l'armée de l'air de 130 Rafale, 55 Mirage 2000D rénovés, 12 A330MRTT (photo ci-dessus) et 2 ALRS. Quant aux avions de transport, A400M, C-130 et autres Casa 235, il reste encore beaucoup d'incertitude. © Airbus

Le projet se développe sur 49 pages en petits caractères et dans un langage technocratique parfois difficile à suivre. Il est complété par un « rapport annexé » de 65 pages qui entre dans le détail du pourquoi et du comment de la nouvelle LPM, des ambitions militaires de la France et de la façon de les satisfaire. On retiendra les choses suivantes…

De 1,78% en 2017 à 2% en 2025

La nouvelle LPM se veut ambitieuse dans la mesure où elle fixe une trajectoire financière portant au total sur 295 milliards d’euros (295 Mds€) sur la période 2019-2025. L’objectif final est d’aboutir au sacro-saint 2% du PIB pour l’effort de défense à l’horizon 2025, contre 1,78% en 2017. Mais si la période 2019-2023 est bien cadrée avec 198 milliards d’euros de crédits budgétaires (soit un budget moyen de 39,6 Mds€ par an, hors pensions, pour arriver in fine à 1,91% du PIB en 2023) les choses sont plus hypothétiques pour les années 2024 et 2025.

Les A330 MRTT, ici le premier appareil destiné à la France lors de son premier vol (septembre 2017), pourraient finalement être plus nombreux que prévu. Un coup de pouce amplement justifié à la flotte de ravitaillement en vol. © Airbus Military

La LPM prévoit sur cette période une hausse de plus de 3 Mds€ par an du budget qui culminera alors à 50 Mds€. « Les ressources pour les armées en 2024 et 2025 seront précisées lors d’une actualisation prévue en 2021 » précise le projet de loi. Cette actualisation prendra en compte « la situation macroéconomique à cette date, dans l’objectif de porter l’effort national de défense à 2% du PIB en 2025« . « Issue de secours » indique le panneau qui clignote fort au-dessus de cette phrase. Car ce n’est pas un hasard si l’effort financier est finalement prévu pour après 2023, c’est à dire au-delà du mandat présidentiel actuel. Comme d’habitude la LPM, qui n’a de « loi » que le nom et qui n’a jamais été respectée par le passé, comporte beaucoup de conditionnel et d’hypothèses.

Ambitions et distorsions spatio-temporelles

Les armées vont donc consacrer 112,5 milliards aux équipements sur la période 2019-2023, mais il est évoqué un total de 172,8 milliards entre 2019-2025 : on le voit bien, le gros de l’effort est réservé aux seules années 2024-2025. De 2019 à 2023, 25 milliards seront consacrés à la dissuasion nucléaire (avec notamment le renouvellement du missile aéroporté ASMP-A), 37 milliards pour les grands programmes et 22 milliards pour l’entretien programmé du matériel (EPM). Soit, sur ce dernier point, un budget de 4,4 Mds€ par an. C’est la réponse à la bronca soulevée en fin 2017 sur les errements du Maintien en condition opérationnelle (MCO). La France possède des équipements en nombre, elle doit à présent dépenser plus pour leur entretien.

Il est fait aussi grand cas dans le projet de LPM des conditions de vie des militaires, des infrastructures (7,3 milliards investis pour ces dernières), des petits équipements, du renouvellement des véhicules de l’armée de Terre etc.

225 avions de combat pour la France, dont 171 Rafale

Pour ce qui concerne l’armée de l’Air, l’ambition est de disposer en 2025 d’environ 130 Rafale complétés par 55 Mirage 2000D rénovés. Si l’on ajoute la quarantaine de Rafale M de la marine, on en arrive à un total stable de 225 avions de combat pour la France, dont 171 Rafale. Pour obtenir ce résultat, Dassault devra donc livrer 28 Rafale dans les sept ans à venir, donc quatre par an ! Un chiffre dérisoire qui devra être (encore et toujours) compensé par les exportations pour faire vivre la chaine de fabrication (onze appareils par an minimum).

Le Rafale fera équipe avec 55 Mirage 2000D rénovés à l’horizon 2025. Pour la suite c’est plus flou… © Frédéric Lert/Aerobuzz.fr

La commande d’une cinquième tranche de Rafale est également attendue pour 2023, avec des livraisons autour de 2030. Ces avions seront au standard F4 dont le travail de développement va débuter cette année. Coup d’œil rapide dans le rétroviseur : 1986, premier vol du démonstrateur Rafale A. 2006 entrée en service dans l’armée de l’air. 2030 livraison du standard F4. On vous laisse faire les maths et plonger dans l’abime de réflexion qui s’ouvre quand on songe à la gestion du temps industriel sur un programme pareil !

Et puis ce n’est pas fini, puisque la LPM pose la question d’une éventuelle rénovation à mi vie, qui permettrait à l’avion d’aller au-delà du standard F4. Et enfin, au-delà de l’au-delà, mais on est là pratiquement dans la science fiction, la décision devra être prise dans les années à venir de lancer ou non en coopération un nouveau programme d’avions de combat, avec ou sans pilote à bord…

A330 MRTT et ALRS

Plus près de nous, les Airbus A330 MRTT, avions ravitailleurs et transporteurs stratégiques, devraient être plus nombreux que prévu. Les douze appareils jusque là évoqués seront livrés avant 2025, mais ils pourraient être complétés par trois appareils supplémentaires entre 2025 et 2030. Possible, probable mais non garanti… Quinze avions pour remplacer, rappelons-le, les quatorze Boeing actuels et les cinq Airbus blancs (trois A310 et deux A340) utilisés par l’escadron Esterel.

Le Transall Gabriel d’interception électronique, optimisé récemment pour l’interception des communications téléphoniques, seront les derniers C-160 en service en France. Leur remplacement va être très lent… © Frédéric Lert/Aerobuzz.fr

Même usage du conditionnel pour les ALRS (Avions légers de renseignement et de surveillance) : deux appareils de ce type ont d’ores et déjà été commandés auprès de Thales et Sabena Technics et il serait maintenant question de doter l’armée de l’Air de 6 appareils supplémentaires… en 2030 ! Et même niveau de patience requis pour le programme CUGE (charge universelle de guerre électronique embarquable dans un avion de transport) destiné à remplacer les deux Transall Gabriel. Ceux-ci resteront en service au-delà du retrait des derniers C-160 de transport. Sur les trois charges CUGE prévues, une seule sera en service en 2025, les deux autres ne devant arriver qu’en 2030.

Entre retrait du C-160 et retard de l’A400M

Quant à l’aviation de transport militaire, elle se trouve actuellement dans une situation compliquée, coincée entre le retrait de service du C-160 et les retards de l’A400M. La LPM prévoit la poursuite des livraisons d’Atlas A400M (11 avions livrés sur la période), de 2 C-130J supplémentaires en 2019, ainsi que la modernisation de 14 C-130H. A l’horizon 2030, le remplacement de la flotte C-130H sera initié avec à terme un format d’une cinquantaine d’avions de forte capacité, de nouvelle génération ou modernisés.

Le transport aérien militaire souffre toujours des retards de l’A400M. En témoigne la commande de quatre C-130J pour redonner du souffle au transport tactique. © Frédéric Lert/Aerobuzz.fr

Cinquante avions, c’est le nombre prévu d’A400M à l’heure actuelle. Alors de deux choses l’une : soit les Hercules H et/ou J disparaitront totalement de l’inventaire, ce qui est peu probable. Soit le nombre d’A400M commandés par la France sera réduit… Sur le segment plus léger, les 27 Casa 235 devront être remplacés ou rénovés à l’horizon 2030, à l’exception des 8 appareils les plus récents qui pourront batailler encore quelques années supplémentaires…

Frédéric Lert

 

Lire aussi : l’Alat et l’aéronavale dans la LPM

A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.

2 commentaires

  • lavidurev

    Si vis pacem, para bellum
    La menace est la qui n attendra pas que nos gouvernants se reveillent. La France est un acteur important dans la fabrication et la vente d armes au monde mais elle devrait mieux cibler ses ‘clients’ car la encore le pays a souvent manque de lucidite.

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