
Aux Etats-Unis, l’autre pays du porte-avions, l’usage veut que les ponts plats portent le nom d’anciens présidents : Ford, Kennedy, Reagan, Bush… et un jour Trump. Mais parfaitement ! La flotte actuelle et passée montre toutefois que quelques exceptions à la règle ont pu se glisser ici ou là : citons l’Enterprise (référence directe à Star Trek), Nimitz (amiral de la guerre du Pacifique) ou encore le Carl Vinson (élu au Congrès).
En France, où l’on ne compte dans le meilleur des cas qu’un porte-avions par génération, le temps long ne se prête pas à l’instauration d’une règle. Le Foch, le Clemenceau et le Charles de Gaulle faisaient référence à de grands hommes, mais la question du nom de baptême restait ouverte pour le successeur de l’actuel fleuron. Le voile a été levé le 18 mars dernier.
En visite à Indret, dans l’usine de Naval Group, Emmanuel Macron a donc révélé que le futur poids-lourd s’appellerait « France-libre ». Le choix s’est-il opéré à la faveur d’un footing matinal, au sein d’une commission, sur proposition des marins, du chef d’État-major des armées, du ministre des armées, d’un conseiller bien inspiré, de chatGPT, de Brigitte M. ou d’Alexandre B… ou même à l’issue d’un repas chez Drouant ? Je l’ignore.
En fait, peu importe. Reconnaissons que le choix est plutôt finaud. En évitant le nom d’une personnalité, on fait l’économie d’un débat sans fin sur l’heureux vainqueur. Jeanne d’Arc ou Mireille Darc, Simone Veil ou Simone Weil… On vous laisse compléter la liste des perdants.
« France-libre » coche toutes les cases. France, c’est pas mal, Libre c’est aussi très chouette. Et les deux ensembles, c’est une référence directe au mouvement fondé par le général de Gaulle pendant la seconde guerre mondiale, synonyme de résistance et d’indépendance nationale. L’ombre du général continuera donc de planer sur la marine une fois le R91 désarmé. Honnêtement, France Insoumise ça sonnait bien aussi, mais le nom était déjà pris. France Telecom est déjà retenu pour le successeur du Dupuy-de-Lôme et France-travail manque de crédibilité.
On espère maintenant que la liberté mise en avant n’est pas qu’une nouvelle opération de com pour camoufler nos dépendances. Comme il est prévu que le futur navire sera équipé de trois catapultes électromagnétiques, la question de la liberté est déjà posée en lettres clignotantes de 75m de long…
Ces catapultes devaient être achetées aux Américains, mais on se souvient qu‘en octobre 2025, Donald Trump a intimé à l’US Navy de faire machine arrière toute sur ce choix technique pour revenir à la vapeur. Si ce devait être le cas, que ferait la France ? Suivrait-elle l’US Navy ou développerait-elle à grands frais ses propres équipements ? Attachez vos ceintures, le crash-test du nom de baptême viendra peut-être plus tôt que prévu.