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L’odeur de l’huile usagée au p’tit matin…

© Vincent / Aerobuzz.fr

3 litres par passager aux 100 kilomètres. C’est la consommation d’un long courrier moderne de type Airbus A350. Elle a été divisée par 5 depuis l’ouverture des lignes transatlantiques. Même s’il va être difficile de faire mieux, sur un aller-retour Paris-Montréal, 3 litres aux 100 km, ce sont quand même 360 litres de kérosène à la fin du voyage ou 370 litres d’huile de cuisson si l’on résonne biocarburant. Il faut deux mois à un fast food pour produire ces 370 litres. Autrement dit, pour remplir les réservoirs d’un Boeing 777-300 à bord duquel ont pris place 472 passagers, il faudrait faire la tournée de 28.320 fast food avant le décollage. Pour un seul aller-retour…

Pour durer, l’aviation va devoir trouver d’autres sources d’approvisionnement, et surtout, rapidement, d’autres types de carburant d’aviation durables pour respecter ses engagements. C’est que qu’ont cherché à démontrer cette semaine, le Shift Project et Aéro Décabo avec leur nouveau rapport sur les limites des carburants d’aviation durable ou SAF. Ce n’est pas une révélation en soi pour l’industrie aéronautique qui renvoie la responsabilité aux énergéticiens, tout en s’accommandant de ce statu quo. Et c’est encore une fois, Jean-Marc Jancovici et ses émules qui viennent secouer le cocotier.

Alors, en attendant que la production d’e-SAF deviennent suffisamment importante pour envisager d’inverser la courbe des émissions de CO2 du transport aérien, le Shift Project et Aéro Décarbo prônent la modération. Ils proposent que le transport aérien marque le pas pendant cinq ans, le temps d’amorcer de manière significative la transition. Jusque-là, le Shift Project et Aéro Décarbo ont habitués les professionnels de l’aéronautique à un discours plus radical. Leur actuelle proposition qui pourrait presque s’apparenter à un compromis, devrait néanmoins laisser de marbre les pros de l’aéro.

Elle n’a pas provoqué le moindre frémissement à Singapour où s’est tenu cette semaine, le salon aéronautique. Les carnets de commandes ont continué à se remplir. Et pour cause… Airbus prévoit que sur les 20 prochaines années, la région Asie-Pacifique aura besoin de 19.560 nouveaux avions de passagers. La croissance du trafic passagers devrait atteindre 4,4 % par an, nettement plus que la moyenne mondiale de 3,6 %. Comment dès lors imaginer que l’idée même d’une mise en pause puisse avoir le moindre écho ? Singapour n’a pas attendu le Shift Project pour instaurer une taxe sur le carburant pour tous les vols passagers et cargo au départ du pays à compter du 1er octobre 2026L Singapour entend soutenir son objectif de 1 % de SAF d’ici la fin de l’année. On est loin de la pause souhaitée… C’est une preuve de bonne volonté.

Pour résumer la semaine écoulée : chacun est resté campé sur ses positions. Ce qui n’est pas surprenant, ce qui n’a pas non plus empêché la planète, ni de tourner, ni de se réchauffer. Comme le rappellent le Shift Project et Aéro Décarbo, le transport aérien ne pèse que 2 à 3% des émissions de CO2 mondiale. Ce n’est évidemment pas une raison pour l’industrie aéronautique ne pas prendre sa part à l’effort général. Elle s’y emploie à son rythme et à sa manière. Et si nous voulons vraiment renverser la vapeur, il faut aussi que chacun d’entre nous balaye devant sa porte, en s’intéressant aussi aux 98% restants. Ce n’est pas seulement en prenant moins l’avion que nous ferons retomber la température.

Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable est reconnue. Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

Un commentaire

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  • D’OU PARLE QUI ?
    Nous, les gens d’air, invitons « chacun d’entre nous » à passer devant notre porte le « balai 98% ».
    Les geeks invitent les mêmes « chacun de nous » à opter pour le « balai 85% »
    Les pros de la mode, le « balai 80% » ; modèle également prôné par la FNSEA.
    Chacun d’entre nous devra également se munir d’autres modèles suggérés par les constructeurs de voitures thermiques, par les importateurs de fruits exotiques, les croisiéristes, ….
    Chacun d’entre nous a intérêt à avoir un bon kiné !

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