Accueil » Laurent Wauquiez joue l’aéronautique gagnante

A l’occasion des premières assises régionales de l’aéronautique, le président d’Auvergne-Rhône-Alpes a dévoilé ses ambitions pour sa région. La faire entrer dans le Top 5 européen des régions aéronautiques, dans les cinq ans à venir. 137 M€ seront apportés sur 3 ans pour soutenir les 350 entreprises de la filière.

12.11.2018

Les 1ères Assises régionales de la filière aéronautique organisées à Lyon ont permis à la région Auvergne-Rhône-Alpes de mettre en lumière quelques pépites comme Rexiaa Group (Issoire). De gauche à droite : L. Wauquiez, E. Trappier (Dassault), D. Katzenmayer (Airbus), J.D. Senard (Michelin), Ph. Moniot (Rexiaa). © Gil Roy / Aerobuzz.fr

A la « start up nation » d’Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez oppose la « manufacturing nation ». Le ton est donné. Devant les acteurs régionaux de la filière aéronautique réunis le 5 novembre 2018 à Lyon, en assises régionales dans l’hémicycle du moderne hôtel de Région, le président d’Auvergne-Rhône-Alpes affiche sa volonté d’ « asseoir et de renforcer la composante industrielle ». Celle de sa région pour commencer…

Renforcer les Rangs 2 et 3

Face à l’Occitanie, à l’Île-de-France et la Nouvelle Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes n’a pas l’image d’une région aéronautique. Et pourtant, comme l’a rappelé à Lyon, Eric Trappier, président du GIFAS, elle compte 350 des 10.000 entreprises de la filière aéronautique et spatiale française, regroupe 30.000 (dont 8.000 directs) des 300.000 emplois directs et pèse 3,3 Md€ sur un total national de 55 Md€.

Son point faible est évidemment l’absence de donneurs d’ordres, mais sa force réside dans ses racines industrielles et mieux encore dans son tissu de PME et d’ETI, des entreprises spécialisées dans la mécanique de précision, les composites et l’électronique. « La région est le reflet de la situation française », souligne Didier Katzenmayer, Directeur aux affaires industrielles d’Airbus Operations. « Au Rang 1, les grands champions sont structurés désormais. Maintenant, il faut renforcer les Rangs 2 et 3 ».

Pour franchir ce cap qui peut lui permettre de s’imposer au niveau européen, la Région va consacrer 137 M€ sur l’actuelle mandature pour soutenir les entreprises. Ce budget est abondé par les économies de fonctionnement générées par la fusion d’Auvergne et de Rhône-Alpes, affirme le président de région. Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas seulement la première région industrielle française, elle apparaît aussi, ici, comme la plus vertueuse.

Un guichet unique

Le plan aéronautique de 137 M€ repose sur cinq piliers : l’innovation par la recherche et le développement, la modernisation des usines et des équipements, l’accompagnement des PME en Région, en Europe et à l’international, l’adaptation des compétences et le recrutement, et enfin la valorisation de la filière aéronautique régionale. Ce sont là des passages obligés. L’originalité de la politique régionale en faveur de l’aéronautique est d’avoir mis en place l’Agence Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises dont la mission est de rassembler les moyens, humains et matériels, disponibles.

Présentée comme « le guichet unique », cette agence collabore avec l’ensemble des pôles et clusters qui structurent depuis des années, l’action des entreprises de la filière, à commencer par le cluster Aerospace, pôle Viameca ou encore Mont-Blanc Industries. Elle est constituée d’une équipe de spécialistes capables de se mobiliser rapidement sur un projet porté par une entreprise, comme en témoigne Jean Roussel, Président de Sunaero, PME de 50 salariés spécialisée dans la maintenance aéronautique (MRO) : « Il existe autour des PME un écosystème qui nous permet de nous focaliser sur notre croissance. » Franck Colcombet, directeur général de Tecalemit Aerospace, le leader des circuits de fluides aéronautiques, le confirme : « Nous sommes en pleine croissance, et nous disposons de très peu de temps. Nos équipes sont mobilisées sur la montée en puissance. Nous avons été aidé par la Région pour passer en ETI ; pas avec de l’argent, mais avec leur confiance. »

La force d’une filière structurée

En soutien à la volonté politique de réunir toutes les compétences sous une même bannière dans l’intérêt des entreprises, il y a véritablement un réseau opérationnel. Le montage des Assises régionales de l’aéronautique en un temps record de trois semaines est une impressionnante démonstration de l’efficacité de ces structures, que ce soit la jeune agence ou les clusters.

Les PME et les ETI ont répondu en nombre à l’invitation de la Région qui a réuni un plateau d’intervenants de premier plan venus apporter leur soutien. Aux côtés de Didier Katzenmayer d’Airbus et d’Eric Trappier de Dassault Aviation, Jean-Dominique Senard, président de Michelin, a mis l’accent sur l’innovation et la formation. La présence de ces personnalités a galvanisé les 500 participants aux Assises.

« Il y a de vrais échanges entre les acteurs français de la filière aéronautique. C’est remarquable », reconnaît Jocelyn Lardet, directeur performance industrielle de Jetcut, une PME familiale de150 salariés spécialisée dans la découpe au jet d’eau. Outre les aides individuelles aides à la modernisation, à l’équipement, au développement à l’international et à l’innovation, la Région va « mettre le paquet » sur la formation des jeunes, a annoncé le président de Région.

Aérocampus Auvergne-Rône-Alpes

En s’inspirant d’Aérocampus-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes va se doter d’un centre de formation aéronautique sur la base aérienne d’Ambérieu-en-Bugey (un investissement de 5 millions d’euros auxquels s’ajouteront 2,5 millions d’euros annuels de coûts de fonctionnement). Laurent Wauquiez veut aller très vite puisqu’il annonce que la rentrée s’effectuera en juin 2019, avec 300 élèves, avec l’objectif de porter les effectifs à 500 jeunes.

Il ne s’agit pas de cannibaliser les structures existantes, notamment le campus aéronautique Auvergne d’Aulnat (Clermont-Ferrand) ou le lycée de Grésivaudan de Meylan (Grenoble). Le référentiel des formations qui y seront proposées est en cours d’élaboration avec les entreprises, notamment celles situées dans les départements de l’Ain, de l’Isère, des Savoie et du nord Drome.

Comme le rappelle Eric Trappier, coiffé de ses deux casquettes du GIFAS et de Dassault Aviation, « le défi est d’attirer vers la filière aéronautique les talents dont nous avons besoin. Nous devons être capables de former nos compagnons, notre maîtrise. Il faut redonner des lettres de noblesse aux métiers de l’aéronautique ». Pour lui, « l’apprentissage est fondamental ». Un avis partagé par le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes convaincu qu’ « à l’horizon cinq 5 ans, il est possible de gagner 3.000 emplois, à condition de les trouver ».

N°1 sur la filière additive

A la tribune des Assises il a également lancé l’idée de financer des stages d’un an dans les PME de la région pour les étudiants des grandes écoles. Un moyen d’offrir une alternative au VIE (Volontariat International en Entreprise) pour convaincre les jeunes diplômés que ces entreprises offrent aussi de très belles opportunités de carrière.

La région va également financer à hauteur de 10 millions d’euros un projet de plus de 25 millions d’euros porté par Dassault Aviation pour faire passer la fabrication additive pour l’aéronautique, de la recherche à l’industrialisation. Il s’agit du projet Aeroprint. Auvergne-Rhône-Alpes était en concurrence avec l’Ile-de-France. Il sera finalement piloté depuis le site d’Argonay, près d’Annecy (Haute-Savoie) par Dassault, là où l’avionneur produit notamment les commandes de vol du Rafale. « C’est un fil rouge de notre action dans le domaine économique. Nous voulons absolument être leader en impression 3D. C’est un tournant que nous n’avons pas le droit de louper », affirme Laurent Wauquiez.

Le vaste stand de la région Auvergne-Rhône-Alpes du salon du Bourget 2019 affiche déjà complet. Pas moyens d’avoir des mètres carrés supplémentaires pour satisfaire les demandes des PME retardataires. Au sein du Hall 4 aussi, la concurrence entre les régions est vive.

Gil Roy

 

 

 

 

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

2 commentaires

  • Un exemple encore une fois des politiques se voulant expert en tout et voulant faire bouger les lignes de l’écologie économique, alors qu’ils ne sont experts en RIEN !

    3 x pôles économiques en aéronautique majeurs existent en France: Nouvelle Aquitaine, Occitanie autour de Toulouse et la région Parisienne… Pourquoi vouloir crééer de toute pièce une chimère bureaucratique avec l’argent de la région ??

    Laisssez faire les experts que sont les industriels économiques en la matière et occupez vous à aider et libérer les entreprises de votre région et de leur écologie existante.

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