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Le rachat de Thielert de plus en plus hypothétique

Après avoir annoncé que les repreneurs potentiels se bousculaient, l’administrateur judiciaire Kübler qui gère le dossier Thielert, est aujourd’hui discret sur ses chances de trouver un sauveur. Diamond Aircraft, le premier client du motoriste allemand, a bien savonné la planche…

8.10.2008

Des informations concordantes font état des difficultés que rencontrerait l’administrateur judiciaire Kübler pour conclure la reprise de la société Thielert, en faillite. Dans un communiqué de presse daté du 3 septembre 2008, celui-ci se félicitait du nombre record de candidats et se disait étonné du montant de certaines offres dépassant ce qu’il avait escompté.

Contacté le 7 octobre 2008, le cabinet Kübler, affirme, par l’intermédiaire de son attaché de presse, que plusieurs investisseurs restent encore sur les rangs mais qu’il ne souhaite pas communiquer pour ne pas compromettre les négociations en cours. Il précise tout de même qu’il souhaite boucler ce dossier avant la fin de l’année.

Cette déclaration ne signifie pas pour autant que Thielert changera de mains avant la fin 2008.

Cela peut aussi vouloir dire que le motoriste pourrait continuer à fonctionner sans repreneur et sous la forme actuelle, pendant cinq ans encore, comme le droit allemand des affaires le lui permet. Et cela, ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour tous les propriétaires d’avions à moteur diesel qui se sont vu imposer de nouvelles conditions de garantie et qui ont également vu s’envoler le prix des pièces détachées. Ils misaient sur un retour aux conditions antérieures, consécutif à une reprise.

Cet apparent revirement de situation peut s’expliquer par la situation du marché qui a considérablement évolué depuis la mise en redressement de Thielert. En se déclarant candidats à la reprise, les investisseurs potentiels ont eu accès aux comptes de la société et ont donc pu évaluer par eux-mêmes la réalité de la situation de l’entreprise.

Une chose est sûre, Thielert a non seulement perdu son principal client, mais celui-ci est en passe de devenir son plus redoutable concurrent. Diamond Aircraft ne va plus monter de Centurion sur ses avions puisqu’il est en train de mettre au point ses propres moteurs diesel sous la marque Austro Engine. De plus, l’autrichien a d’ores et déjà annoncé que le retrofit sera possible.

Thielert a également perdu Apex comme client et en dépit des déclarations de Guy Pellissier, le PDG d’Apex, il y a peu de chance pour qu’un jour, la production des Ecoflyer soit relancée.

Enfin, le diesel n’apparaît plus comme la panacée. Les garanties initiales que proposait Thielert ont faussé la donne économique. Aussi bien d’un côté que de l’autre. Le prix de revient de l’heure de vol ne correspondait pas à la réalité du fait de la prise en charge de tous les problèmes mécaniques par le motoriste qui n’a pas pu tenir la distance. Une fois de plus, la démonstration a été faite que concevoir un moteur d’avion léger n’est pas chose aisée. Thielert est un nom de plus sur une longue liste de motoristes qui ont cru révolutionner le marché. Qu’en sera-t-il de d’Austro Engine ?

Le différentiel entre l’Av-Gas et le Jet A1 tend également à se réduire. La différence se fait encore au niveau de la consommation horaire, mais l’arrivée prochaine d’un petit moteur Continental moderne pourrait la réduire et redonner de l’intérêt pour les moteurs à essence dont la fiabilité fait rêver les propriétaires d’Ecoflyer ou de Diamond diesel.

Quoi qu’il en soit de l’avenir de Thielert et des chances de Kübler de lui trouver un repreneur, le nombre des avions diesel cloués au sol risque de se multiplier dès cet automne.

Gil Roy

Photos : © Gil Roy

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

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