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Meigs Field au cœur des municipales à Chicago
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Fermé brutalement en 2003 par Richard M Daley, maire de Chicago de 1989 à 2011, l'aérodrome de Meigs Field refait parler de lui à l'occasion de la campagne électorale visant à nommer un nouvel édile pour Windy City le 26 février prochain. Un des candidats, Willie Wilson, a fait de la réouverture de l'aérodrome un des points clés de son programme.

22.01.2019

16 ans après sa fermeture arbitraire, Meigs Field continue de hanter la scène politique à Chicago. © Google Earth

Aérodrome d’aviation générale, Meigs Field avait été inauguré en 1946 sur une île artificielle construite pendant les années 1920 sur le lac Michigan, en face de la ville. Sa piste 18-36 de 1200 mètres accueillait de nombreux avions légers mais aussi un trafic d’aviation d’affaires important et, au cours de son histoire, quelques lignes régulières. C’était aussi une plateforme très fréquentée par les voilures tournantes. Par sa situation, Meigs Field n’était pas sans rappeler London-City Airport, en plus modeste.

Une fermeture en forme d’abus de pouvoir

En 1996, le maire de Chicago, Richard M. Daley avait annoncé son intention de fermer la plateforme et d’ouvrir un parc municipal à son emplacement mais n’avait pas mis son projet à exécution jusqu’à sa confortable réélection en 2003. Avec un score impressionnant de 78% (à relativiser puisque la participation n’avait été que de 33% !) le 25 février, Daley ne perdit alors pas de temps : en raison des menaces que les avions basés à Meigs faisaient peser sur les gratte-ciels de Chicago (sic) il fallait fermer en urgence cet aérodrome abandonné (re-sic) !

Dans la nuit du 29 au 30 mars 2003, les bulldozer municipaux entrèrent sur la plateforme et défoncèrent la piste en creusant d’immenses croix afin d’en condamner l’usage. Les quelques avions basés qui n’avaient pas été évacués purent, dans les jours qui suivirent cette opération commando, utiliser le taxiway pour décoller une dernière fois.

La piste dévastée par les bulldozer de Richard M. Daley. © Zargnut

La brutalité de cette fermeture se doublait également de son illégalité et en dépit des poursuites engagés, la ville de Chicago ne fut condamnée qu’à 33 000 $ d’amende pour ne pas avoir prévenu à temps la FAA et dût ajouter un million de plus au titre du remboursement des subventions fédérales attribuées pour le développement des aéroports.

Ce caprice d’autoritarisme choqua bien au-delà de l’Illinois et pour une raison simple : depuis ses toutes premières versions, Meigs Field était l’aérodrome par défaut du toujours très populaire logiciel de simulation de pilotage Flight Simulator de Microsoft.  C’est depuis Meigs que sont nées d’innombrables vocations d’aviateurs !

Dernier virage pour la 36 de Meigs Field… sans sortir de chez soi ! Ici dans FS2004. L’aérodrome disparu était emblématique du logiciel Flight Simulator dans ses première versions. © F. Marsaly / Aerobuzz.fr

Depuis, un parc municipal a été construits, servant essentiellement à l’organisation de concerts et finalement assez peu fréquenté.

Les élections de 2019

Alors qu’on pensait l’histoire de Meigs Field désormais enterrée, un candidat démocrate à l’élection municipale de Chicago de février prochain a pourtant fait de la réouverture de l’aérodrome un des points clés de son programme électoral.  Willie Wilson présente plusieurs arguments en ce sens :

« Cet aérodrome pourrait être exactement ce dont une ville en expansion a besoin » puisque de nouveaux modes de transports aériens se développent, « comme les VTOL, les petits hélicoptères, les jets légers, les avions d’affaires en propriété partagée ou le « co-avionage ».  Mais plus encore : « Quand il était ouvert, il rapportait entre 300 et 500 millions $ de revenus chaque année, à comparer aux 55 000 que le parc rapporte à la municipalité aujourd’hui. » Il s’agit donc de faire de Meigs Field, le troisième aéroport dont Chicago a besoin, après O’Hare et Midway, pour le développement des transport aériens d’affaires et aussi « en tant qu’indispensable source de revenus ».

Willie Wilson a fait de la réouverture de Meigs Field un des points centraux de son programme électoral. © W. Wilson

Néanmoins, Wilson ne donne aucune estimation du coût de cette réhabilitation et n’évoque pas la présence, sur le site, d’une faune sauvage désormais protégée.

En novembre, Willie Wilson n’était crédité que de 9% des voix, devancé par trois autres candidats également démocrates, principalement Susana Mendoza et Toni Preckwinkle et l’une d’elles pourrait bien être la première femme à diriger Chicago. A moins que William M Daley, frère de Richard et candidat à l’élection également ne vienne jouer les troubles fêtes !

Au-delà de la proposition du candidat Wilson, le retour de Meigs Field dans les débats politiques, 16 ans après sa fermeture, constitue à la fois une surprise et un signe que cette histoire pitoyable n’a pas été sans conséquence pour la ville de Chicago.

Frédéric Marsaly

 

A propos de Frédéric Marsaly

chez Aerobuzz.fr
Frédéric Marsaly, passionné par l'aviation et son histoire, a collaboré à de nombreux média, presse écrite, en ligne et même télévision. Il a également publié une douzaine d'ouvrages portant autant sur l'aviation militaire que civile. Frédéric Marsaly est aussi le cofondateur et le rédacteur en chef-adjoint du site L'Aérobibliothèque.

Un commentaire

  • Frédéric Marsaly
    Frédéric Marsaly

    L’élection vient donc d’avoir lieu. Au premier tour, Wilson est arrivé en quatrième position, juste derrière le frère de Daley. Même si ça ne faisait guère de doute, ceci enterre définitivement l’histoire de cet aérodrome mythique.

    Heureusement, il reste Flight Simulator !

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