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Des drones costauds pour les pompiers

Une citerne de 300 litres flottant dans les airs et une lance à incendie volante, l’imagination des start-up spécialisées dans le drone n’a pas de limites… opérationnelles.

3.11.2017

L’appareil d’Aerones à quelques dizaines de mètres de hauteur, alimenté en eau et en électricité depuis le sol : une plateforme élévatrice capable de monter à plusieurs centaines de mètres… © Frédéric Lert/Aerobuzz

Drone Hopper est une start-up espagnole qui a mis au point un appareil massif et surprenant dans sa conception : alors que la chasse au kilogramme est le credo des fabricants de drones, les Espagnols font le pari de faire voler à la verticale une véritable citerne. Certes de capacité modeste, 300 litres, mais tout de même…

L’appareil des Espagnols de Hopper Drone est très compact mais aussi très coûteux, avec ses 36 turbines ! Chaque cavité doit recevoir six moteurs et leurs batteries. © Frédéric Lert/Aerobuzz

Citerne volante multirotors

Le principe est de hisser ces quintaux à bonne hauteur pour ensuite les larguer à la verticale sur un foyer. Le projet actuel comporte pas moins de 36 turbines électriques de faible diamètre assemblées en six grappes de six. Puissance totale : 324 kW. Les batteries sont placées au centre de chaque grappe de moteurs et le réservoir d’eau est dans le carénage ceinturant l’appareil. La vaporisation de l’eau par le souffle les turbines est un effet recherché.

 

Gros plan sur une grappe de turbines. Les batteries sont figurées par des maquettes en carton jaune. © Frédéric Lert/Aerobuzz

Le démonstrateur est en aluminium, avec une masse maximale de 450 kg, mais Drone Hopper prévoit de passer au carbone pour gagner quelques précieux kilogrammes. La start up reconnaît par ailleurs le coût très élevé de la motorisation électrique de son projet et envisage une construction en série avec une motorisation thermique plus classique…

L’alternative à la grande échelle

Si l’idée de faire monter et descendre un drone pour larguer 300 litres d’eau à chaque voyage vous semble incongrue, peut-être serez-vous plus séduit par l’appareil présenté par une autre jeune pousse, la société lettone Aerones. La motorisation est également électrique, avec 28 rotors classiques. La masse à vide est de 70 kg et la capacité d’emport de 200 kg.

L’appareil d’Aerones au sol : 3,5m de côté. La prochaine version sera rectangulaire de manière à pouvoir être emportée facilement sur le toit d’un camion. © Frédéric Lert/Aerobuzz

L’appareil est équipé de 16 batteries dont le seul rôle est d’assurer un retour sur terre en toute sécurité en cas d’urgence. La sécurité est également assurée par des parachutes. Mais l’intérêt de l’appareil est que la source d’énergie principale est au sol, le courant électrique étant amené par un câble. Idem pour l’eau et la pompe d’ailleurs : le drone d’Aerones est en somme une simple plateforme élévatrice permettant de monter à plusieurs dizaines de mètres de hauteur une lance à incendie.

Gros plan sur la motorisation du drone d’Aerones, avec au centre la lance à incendie. Aerones travaille sur des solutions techniques pour apporter plus de pression à des hauteurs dépassant cent mètres. © Frédéric Lert/Aerobuzz

L’appareil mesure aujourd’hui 3,5m de côté mais une deuxième version actuellement en développement fera 2,5m x 4m et il pourra prendre place sur le toit d’un camion. L’ambition d’Aerones est de remplacer une grande échelle par son appareil relié au sol. Le drone a pour lui de ne pas exposer de pompier, d’être plus facile à mettre en œuvre dans les rues étroites et de monter au moins deux fois plus haut qu’une échelle : avec de l’eau poussée à 50 bars, Aerones indique une hauteur de travail de 100m. Avec de la mousse, il pourrait monter à plus de 400m. Un concept très séduisant !

Frédéric Lert

A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.

8 commentaires

  • Alex MOUTET

    La photo montre que cela fonctionne …….. du moins dans le vide, quand le jet frappera une surface solide, c’est là que l’on verra si le drone est capable d’encaisser le retour de pression.

    • stanislas

      Oh, la la. Vous avez besoin de vous pencher sur les travaux de Robert Esnault-Pelterie.
      Juste à votre avis, une fois qu’elle a quitté son pas de tir, la fusée Ariane continue de s’élever parce que sa flamme s’appuie sur quoi ? et lorsqu’elle est dans le vide au delà de l’atmosphère ?
      Le « pipi de sansonnet » que l’on voit sur la photo ne risque pas d’éteindre un incendie.
      Je lis aussi qu’un de ces drones auraient une puissance installée de 324 kW. C’est à peu près 3 fois la puissance du moteur de l’hélicoptère de Monsieur Guimbal, le CABRI G2. Quel exploit !!!!

      • Jean-Mi

        300kg de flotte = environ la masse de 4 passagers.
        Quelle puissance il y a dans un Robinson R44 pour comparer… L’ordre de grandeur de puissance semble bon, ce qui confirme que ça fait un gros moteur ! (pour un drone)

      • Alex MOUTET

        Je ne fais pas de grand calculs dans le vide, je me contente d’expérimenter et mon expérience personnelle me prouve que le retour de force que l’on ressent en tenant une lance a incendie est bien plus grand quand le jet vient frapper un objet inamovible que quand il retombe du simple fait de la gravité. Vous pouvez faire l’essai vous même, un simple tuyau d’arrosage suffit a en faire la démonstration, bien évidement plus la puissance de sortie est grande, plus l’effet sera ressenti . Je laisse les spécialistes de la propulsion par fusée nous expliquer l’application pratique de la loi de Newton.

  • stanislas

     » ………d’être plus facile à mettre en œuvre dans les rues étroites et de monter au moins deux fois plus haut qu’une échelle : avec de l’eau poussée à 50 bars, Aerones indique une hauteur de travail de 100m.  »

    J’espère qu’ils ont prévu comment « encaisser » la poussée (actionréaction) provoquée par l’éjection de l’eau à telle pression .

    • Frédéric Lert
      frédéric lert

      bonjour,
      la poussée de 50 bars est obtenue au sol en sortie de surpresseur. La gravité se charge ensuite de réduire la pression au niveau du drone évoluant à quelques dizaines de mètres du sol…
      frédéric

      • Dominique BRESSON

        Sauf erreur, on perd 1 bar tous les (environ) 10 mètres. Donc 50 bars pour 100 m, ça laisse un certain excédent, non ? Donc la question de Stanislas n’est pas saugrenue…

    • Jean-Mi

      Juste pour donner un ordre d’idée : on a tous vu ces images d’incendie de foret, ou il faut deux pompiers costauds et pieds solidement ancré au sol pour tenir une seule lance à main. Il va en effet falloir une sacré puissance pour empêcher le drone de reculer par simple appuis sur de l’air…
      Finalement, la puissance nécessaire pour maintenir le drone en vol n’est qu’une petite partie de la puissance nécessaire…
      Ca me fatigue ces startup qui balance des bonnes idées en croyant inventer le beurre mou alors qu’ils donnent l’impression de ne pas avoir réfléchi plus loin que ça techniquement… Ou alors, il faut le montrer ! Qu’un drone soulève 300kg, pas de problème, on va bientôt avoir des taxis volant qui font ça, mais que ce même drone résiste à cette très forte poussée latérale, j’attend du concepteur qu’il me montre qu’il y a pensé même s’il n’a pas à me dire comment il va faire. Sans parler de la stabilité dans un air surchauffé et turbulent d’incendie…

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