Accueil » Aviation Générale » Où s’arrêtera Pipistrel ?

En dix ans, le producteur slovène d'ULM s'est propulsé à la première place mondiale de l'aviation innovante. Sa réussite d'avant-garde couronnée par deux contrats historiques en 2015 (fourniture de 194 ULM biplaces à l'armée indienne) et en 2016 (partenariat avec Sino Group) lui assure une très confortable autonomie. Parallèlement, les succès des expérimentations (quadriplace hybride Hypstair, quadriplace HY4 à pile à combustible, multimoteur électrique X-57 de la NASA) valident les promesses de ses recherches. Sur cette dynamique, Pipistrel pourrait bien décupler son activité avant la fin de la prochaine décennie.

Le "quadriplace à hydrogène" HY4 de Pipistrel décolle de l'aéroport de Stuttgart. Il est mû par un moteur d'une douzaine de kg, mais qui nécessite un réservoir d'hydrogène de 170 kg, 130 kg de batteries et 100 kg de piles à combustibles délivrant 45 kW. © HY4.org

 En 2007, la NASA lance Pipistrel sur la scène mondiale en couronnant le Virus à moteur Rotax pour cinq des sept challenges du concours de Comparative Aircraft Flight Efficiency. Le producteur slovène reçoit 160.000 $ de prix, et les ventes du biplace ainsi distingué sont multipliées. En 2011, il est de nouveau récompensé par la NASA, cette fois-ci pour le quadriplace électrique Taurus G4 qui emporte le 1,65 million de $ du Green Flight Challenge.

Leader électrique et hybride

L’expertise de Pipistrel pour la motorisation électrique d’aviation étant ainsi mondialement affirmée, celle de l’hybride est lancée dans la foulée avec le programme du Panthera, quadriplace de série annoncé dès l’origine en versions thermique, électrique et hybride certifiables en CS-23. En lien avec cette troisième version, Pipistrel est l’acteur majeur du projet Hypstair débuté en septembre 2013 et cofinancé par l’UE (la contribution européenne s’élève à 4.368.499 €), auquel collaborent Siemens et deux universités.

La solution hybride de Pipistrel liée au projet Hypstair est basée sur le Rotax 914 utilisé en générateur, via un réseau de batteries, du Siemens délivrant 200 kW en pointe. © Gil Roy / Aerobuzz.fr

« Avec ce principe modulable, nous pouvons nous attendre à ce que de plus gros avions utilisent une propulsion électrique« , communique Siemens. Le projet Hypstair est clos en août 2016 à l’issue des tests réussis au sol de son adaptation au Panthera. Etonnamment, Pipistrel parait en être resté là, sans mettre en vol cette solution hybride du Panthera pourtant déclarée opérationnelle.

La manne indienne

En octobre 2015, Pipistrel annonce la signature d’un contrat évalué à 20 millions de $ avec les forces armées indiennes portant sur 194 Garud, la version militaire du Virus. Selon l’avionneur, il s’agit du plus important montant au monde pour un contrat concernant un avion léger. Le cinquantième exemplaire de cette commande est sorti des ateliers d’Ajdovščina le 28 mars 2017.

L’énorme deal chinois

Le 24 septembre 2016, Pipistrel revient à la Une de l’actualité pour l’accord de coopération que l’avionneur signe avec la Sino GA Group Co, récente filiale d’aviation du très puissant promoteur hong-kongais Sino Group. Cette fois-ci, c’est une somme de 350 millions d’€ qui est avancée pour une joint-venture visant le long terme.

Les dirigeants de Pipistrel et du Sino Group, accompagnés de responsables de l’Etat slovène après l’accord de l’avionneur avec la holding chinoise, qui investit 350 millions d’€. © Pipistrel

En échange de transferts de technologies et de cessions de droits pour les marchés d’extrême-Orient, des Alpha Electro et des Panthera Hybrid commenceraient à être construits en Chine en 2019, puis vers 2025 dans un nouveau centre industriel et aéroportuaire d’où sortiraient 500 machines par an. Pipistrel assurerait de son côté le développement d’un très innovant commuter zero emission de 19 places à motorisation électrique alimentée par des piles à combustible utilisant l’hydrogène.

L’avancée hydrogénée

De fait, le 29 septembre 2016, l’aéroport de Stuttgart est survolé par le HY4, qui reprend l’architecture à trois fuselages (le central intégrant la motorisation, les deux extérieurs accueillant chacun deux occupants) du Taurus G4 couronné cinq ans plus tôt par la NASA. Mais la traction repose désormais sur l’hydrogène.

Le team du HY4 fête son premier vol public sur l’aéroport de Stuttgart. © HY4.org

Le zero emission air transport a décollé, c’est à nouveau une machine de Pipistrel qui assure cette première. L’institut allemand de technique thermodynamique DLR a assuré l’intégration du système motopropulseur lié au réseau de piles à combustible Hydrogenics. D’une masse maximale de 1.500 kg et d’une envergure de 21,36 m, le HY4 dispose d’une puissance de 80 kW autorisant jusqu’à 200 km/h, pour une vitesse de croisière de 145 km/h et un rayon d’action maximum de 1.500 km.

Slovenian Skunk Works

H2Fly, une spin-off de DLR, est en charge du développement, de la certification et de l’exploitation future du HY4, auquel un avenir d’avion-taxi est promis… Selon une information recueillie lors du salon Aero 2017, le quadriplace devrait revenir la Une début mai 2017.

En juillet dernier, la NASA s’est rapprochée de Pipistrel pour l’avion expérimental X-57 doté de 14 groupes électriques intégrés à sa voilure, car la solution du Taurus Electro G2, de fait la plus validée en utilisation, est retenue comme base d’étalonnage.

Ivo Boscarol, le fondateur et PDG de Pipistrel. © Gil Roy / Aerobuzz.fr

L’avenir reste secret. Après Hypstair, les ingénieurs de Pipistrel progressent désormais en suivant le beaucoup plus large programme MAHEPA, pour Modular approach to hybrid electric propulsion architecture. Le projet H2020 promet de nouvelles progressions hydrogénées… « Avec les perspectives chinoises, nos recherches prennent une très grande ampleur« , nous confiait un ingénieur en chef de Pipistrel lors du salon Aero.

L’ombre Panthera au tableau

Personne n’aurait imaginé que Pipistrel décrocherait coup sur coup deux contrats d’anthologie ; le premier parmi les plus importants de l’histoire de l’aviation légère, le second pulvérisant toute mesure sur le marché actuel et permettant a priori de mener à bien la totalité des recherches imaginées.

Le 50eme Garud du contrat indien est sorti fin mars des ateliers d’Ajdovščina. © Pipistrel

Des programmes lancés dans le contexte d’entreprise précédent pâtissent sans doute de cette phénoménale aspiration de Pipistrel vers l’avenir. Celui du Panthera montre des signes de retard. Difficile aujourd’hui de s’enthousiasmer à Ajdovščina pour sa certification avec un très rétrograde Lycoming…

Gabriel Gavard

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