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Bastien Otelli : « Beaucoup de préparation. Beaucoup d’adaptation »

Deux Rafale Marine F3R de la 11F qui simulent un break par la droite avec tir de leurres anti-missiles (flares). Une photo rare qui a nécessité 5 mois de préparation pour Bastien Otelli, et qui fait aujourd’hui le tour du monde.

30.07.2020

Un mouvement figé au 1/800e de seconde. Des mois de travail entre le photographe Bastien Otelli et "Helmut", le Pacha de la flottille 11F et ses équipiers. © Bastien Otelli

« Les spécialistes remarqueront les becs baissés. Ils comprendront que les Rafale ne sont pas à haute vitesse », semble s’excuser Bastien Otelli. Il n’en demeure pas moins que le rendu de ce cliché est spectaculaire. La manœuvre d’évitement des missiles simulée est particulièrement réaliste. Le timing est parfait. Le photographe n’a pourtant déclenché que quatre fois. Preuve qu’il était sûr de lui et des acteurs de cette scène. « Cela ne sert à rien de rafaler. Tu uses le potentiel de l’appareil photo. Je prends le temps de vérifier que la photo est nette et on passe au tableau suivant ».

Ce jour-là, le 26 septembre 2019, Bastien Otelli avait préparé huit photos. Le Commandement de l’aéronautique navale avait mis à sa disposition cinq Rafale Marine F5R décorés aux couleurs du centenaire de la flottille 11F. La séance photo devait durer une heure. Les Rafale devaient être de retour à Landivisiau, où une cérémonie était organisée pour les 100 ans de la 11F. Un programme serré.

« Pour ce type de prise de vue, il est important pour le photographe d’avoir une culture aéronautique. »

Les chasseurs emmenés par le pacha, ont donc décollé de la base de Landivisiau. Le photographe, à bord d’un Zéphyr, est parti de Morlaix. Le regroupement s’est fait au-dessus de la baie de Morlaix. Ils avaient tous en tête les différents tableaux et les enchainements. Bastien avait conscaré près d’un mois à la réalisation du story board avant de le soumettre à « Helmut », le pacha de la 11F. Pour chaque plan, outre le positionnement recherché des Rafale les uns par rapport aux autres, mais aussi de l’avion-photo par rapport à la formation, il y avait chaque fois une série d’options prévues en cas d’impossibilité. Les incontournables « What if ». Et en cas de problème, chaque avion avait son lieu de repli et son altitude : le « sanctuaire ».

Il est évident aussi que les différentes séquences doivent s’enchainer de manière optimisée. Les premières prises de vues sont faites avec les cinq avions, dans des configurations évolutives. Ensuite, à quatre, puis à trois et enfin à deux.

« Les deux Rafale sont venus se positionner en échelon refusé, avec un étagement nul, espacé de 10 mètres. Le Zéphyr, verrière ouverte, était 30 m devant, en position de leader de l’échelon. On évoluait à 150 kts », explique Bastien Otelli qui donnait ses instructions au pilote du Zéphyr. « Habituellement je travaille en direct avec les pilotes, mais là, le commutateur du micro étant sur le manche, il n’était pas question que je le touche. »

Les séquences qui vont se dérouler devant son objectif, il les a répétées dans son bureau, avec ses maquettes.

« J’ai un gant blanc à la main gauche pour indiquer aux pilotes les mouvements que je souhaite qu’ils fassent. Le blanc ressort bien en contre-jour ». Même si le photographe est un grand adepte du contre-jour, en l’occurrence, il se positionne entre le soleil et son sujet. Autrement dit, les pilotes de Rafale, voient le Zéphyr à contre-jour.

Réglage des postions. Retrait, avancer, monter… C’est le moment où il faut ajuster les distances par rapport au story-board. Quand la formation est réglée, le photographe donne le top.

Bastien Otelli cite Jacques Bothelin : « Une mission photo s’apparente, en termes de technicité, à un vol en patrouille, à la différence près qu’il y a un facteur auquel on n’est pas habitué : le photographe ».

Bastien Otelli travaille avec un Nikon D5 : « son autofocus est d’une réactivité incroyable ». Le boîtier haut de gamme est équipé d’un zoom 24-70 mm : F2,8. « Ce n’est pas une longue focale, mais son piqué est exceptionnel. Il donne une grande netteté aux photos. Il n’a pas trop d’aberration chromatique. C’est l’optique de reportage par excellence ».

Malgré les automatismes du boîtier qui frisent l’intelligence artificielle, Bastien travaille en général en manuel. Cela a été le cas pour cette photo. « Dans le viseur, le collimateur donne l’exposition parfaite. Cela permet de jouer sur le diaphragme pour la profondeur de champ. Il est aussi possible de jouer sur les contrejours. » Pour figer le mouvement des deux Rafale et le tir de flares, le photographe avait choisi une vitesse d’obturation de 1/800e.

Cette photo fait partie d’un reportage qui a été publié dans plusieurs revues aéronautiques françaises, britanniques, allemandes et japonaise. En juin, elle a fait la couverture d’une magazine spécialisé sud-coréen. La diffusion des photos fait partie du deal avec la Marine Nationale.

Gil Roy

 

Bastien Otelli

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

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