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Les boîtes à chaussures d’André Prévot, mécano de Saint Ex

Le musée de Mehun-sur-Yèvre (Cher) conserve les souvenirs d’André Prévot, le mécanicien qu’Antoine de Saint Exupéry a entraîné avec lui dans ses raids aériens. Avec Saint Ex, Prévot a notamment vécu deux crashs en Caudron Simoun. Le 28 novembre dernier, le temps d’une journée, le musée a fait revivre ces souvenirs.

Saint-Exupéry au musée de la porcelaine ! Cela ressemble à une boutade. Pourtant, cette journée bien remplie du 28 novembre 2015, au Pôle de la porcelaine du musée Charles VII de Mehun-sur-Yèvre (Cher), dirigé par Philippe Bon, conservateur généreux, volubile et passionné, a permis de découvrir les boîtes à chaussures contenant des documents uniques donnés au musée par Michèle Prévot, belle-fille d’André Prévot, mécano de Saint-Exupéry sur ses Caudron Simoun.

Michèle Prévot demeure à Mehun, c’est le seul rapport entre St Ex et la porcelaine, qui n’est pas seulement une spécialité de Limoges, mais aussi du bassin de Vierzon comme le montre l’exceptionnelle collection de pièces de maîtres, dont certaines ont nécessité la réalisation de plusieurs dizaines de moules, voire de plusieurs centaines. Je ne suis pas spécialiste de cet art, mais je suis ressorti émerveillé de la visite du musée. A voir absolument. Le musée du château du roi Charles VII, dans un écrin de verdure et d’étangs, est aux antipodes des grands musées parisiens insérés dans un tissu urbain dense et minéral.

A l’initiative de la ville Mehun-sur-Yèvre, du musée et en collaboration avec l’Association pour la Renaissance du Caudron Simoun (ARCS) de Cergy-Pontoise, ces pièces inédites ont été présentées pour la première fois au public. D’intenses moments ont réuni François d’Agay, neveu et filleul de Saint-Exupéry, et Michèle Prévot. François se remémore ses quinze ans lorsque Saint-Exupéry et Prévot ont été déclarés disparus plusieurs jours après le crash de leur avion sur les bords du Nil, suite à une erreur de prévision météo.

Cet épisode de leurs aventures est raconté dans le carnet de notes manuscrit d’André Prévot. Ce fut la fin du F-ANRY, le premier Simoun de Saint-Exupéry, de couleur rouge et blanc selon ces mêmes notes. Trois ans plus tard, les deux hommes repartent pour un raid New York / Terre de Feu qui se termine par un crash au Guatemala, beaucoup plus grave encore, puisque les deux occupants ont gardé pour toujours des séquelles de cet accident. Encore le carnet de notes…

On se demande d’ailleurs, en voyant l’état du second Simoun (F-ANXK), par quel miracle ils ont survécu avec, dans le dos, un réservoir supplémentaire de carburant presque plein. Remarque personnelle : j’ai toujours été surpris de constater, dans les nombreux crashes de Cap, mono ou biplaces, sur lesquels j’ai eu à enquêter, que les réservoirs pouvaient être complètement « explosés » sans qu’un incendie se déclare. Principe de précaution, peut-être, les règlements FAA et EASA comportent maintenant un paragraphe qui interdit, pour les nouvelles certifications, l’installation de réservoirs en cabine, comme sur les Cap 10, les Cap 20L, 21 jusqu’au Cap 232 et aussi les DR.

Cette journée au musée de Mehun a permis à une cinquantaine de personnes d’assister, le matin, à la conférence sur Saint-Exupéry, visionnaire sur bien des sujets d’une actualité brûlante, animée par Jean-Pierre Guéno, historien et écrivain. L’après-midi, Jean-Pierre Chellet, bénévole de l’association, a présenté de manière vivante, la technologie des avions de l’époque et les causes probables de ces deux accidents. A noter qu’un des auditeurs, qui a osé annoncer qu’il était ancien mécano sur le Renault 6Q, spécialiste des carburateurs, a été recruté sur le champ par l’association !

Selon Stéphane Lanter, président de l’Association pour la Renaissance du Caudron Simoun (ARCS), si la restauration semble marquer le pas, les bénévoles ne restent pas les bras croisés et se concentrent sur des actions « collatérales » afin de préparer un environnement favorable au premier vol. Ainsi, il a été décidé de préparer trois moteurs (Renault 6Q) afin de tenir sous la main un petit stock de moteurs « neufs » (en cas de panne de l’un d’eux) et surtout de se faire la main en mettant en vol un de ceux-ci avionné sur le Nord 1000 de l’association, avion mieux connu, contrairement au Simoun. C’était d’ailleurs un précepte de Marcel Dassault : « on ne met jamais un moteur nouveau sur une cellule nouvelle ». Cela prend du temps, la progression ne se voit pas : aucune date n’est proposée pour le 1er vol, afin d’éviter de se mettre la pression. Pour suivre l’activité de l’ARCS : www.facebook.com/RenaissanceCaudronSimoun

Dernier détail d’importance, si vous décidez de passer un week-end pour visiter les musées de Mehun, à deux pas du Pôle de la porcelaine , et donc de la collection Prévot, le restaurant « L’Octroi », avec sa cuisine à la fois traditionnelle et innovante, vous réserve le meilleur accueil.

Jean-Marie Klinka

A propos de Jean-Marie Klinka

Jean-Marie Klinka est ingénieur (aussi pilote). Il a partagé sa carrière entre le bureau d’études, essentiellement aux Avions Mudry, la formation, à l’ENSICA de Toulouse et l’ESEM d’Orléans, la certification à la DGAC. Pour Aerobuzz.fr, il jette un regard personnel sur les activités de l’aviation légère.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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