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Pierre Robin (1927-2020), une vie pour l’aviation légère

Instructeur, concepteur et fabricant d'avions, Pierre Robin, décédé le 5 août 2020, laisse derrière lui un héritage industriel et culturel exceptionnel. Avec plus de 30 ans de conceptions et productions d'avions légers, Pierre Robin aura marqué le ciel des aéro-clubs en France et à l'étranger. Près de 70% des aéro-clubs français sont équipés encore aujourd'hui d'un DR-400.

7.08.2020

Sur une photo issue de la brochure ventant les mérites du Sicile, Pierre Robin, sur l'aile, Léon Vuillemain, directeur de l'usine et Thérèse Robin avec Geneviève, premier enfant du couple Robin. Christophe, leur fils, naîtra plus tard. © Robin Aircraft

Menuisier de formation, puis pilote professionnel, instructeur planeur et vol-moteur à l’aéro-club de la Côte-d’Or, alors installé sur la base aérienne de Dijon-Longvic, Pierre Robin crée en 1957 sa société de construction aéronautique, sur le terrain dont il a participé à la création, l’aérodrome de Dijon-Val Suzon, rebaptisé plus tard Dijon-Darois.

Décès de Pierre Robin

Le goût de la construction amateure naît chez Pierre Robin bien avant la création de sa société, Centre-Est Aéronautique (CEA). Avant même de savoir piloter, à 19 ans, en 1946, il construit son premier Pou du Ciel avec deux amis. Pierre Robin prend ses premières leçon de pilotage de planeur à Tours, où il est breveté à 20 ans. Devenu instructeur vol à voile à la Montagne Noire puis instructeur vol-moteur à Challes-les-Eaux, Pierre Robin entreprend alors la construction de son premier Jodel, un Bébé D.9, en 1952.

Une rencontre décisive

Embauché à Dijon la même année comme instructeur et chef-pilote, Pierre Robin fait en 1954 une rencontre qui allait bouleverser ses projets et changer durablement le paysage de l’aviation légère en France. Jean Delemontez lui confie l’essai en vol de ses avions Jodel.

Le tout premier avion Delemontez-Robin, le DR.100. © Robin Aircraft

Pierre Robin s’investit encore dans la construction de Jodel : un D.112 puis un D.119 construits en deux ans. Le futur concepteurs des avions Robin échange alors avec Jean Delemontez sur un projet sur lequel ce dernier travaille depuis quelques années déjà, un Jodel triplace basé sur un D.119. Pierre Robin récupère le prototype, baptisé D.10, et travaille avec Jean Delemontez à la modification de l’appareil originel. Le premier avion à train classique Jodel-Robin, immatriculé F-PIER effectue son vol inaugural au début de 1957. Quelques mois plus tard, au rassemblement Jodel de Châlon, le triplace suscite un vif intérêt.

Le premier avion DR

Avec l’aide précieuse de Jean Delemontez, Pierre Robin travaille sur une version sous certificat de navigabilité. Le premier DR.100 (F-WIFR), DR pour Delemontez-Robin, sort des ateliers de CEA pour effectuer son premier vol en 1958. 790 avions, sous différentes versions, seront construits.

Après le DR.250 en 1966, Pierre Robin décide d’équiper le DR.253 d’un train tricycle. Les DR passent également du triplace au quadriplace. Le couple Delemontez-Robin poursuit inlassablement le développement de nouveaux appareils. Et c’est en 1972 que le plus célèbre d’entre eux prend son envol : le DR.400, dont plus de 2.700 exemplaires seront construits.

Bois, toile, métal, fibres de verre

Si le bois et la toile sont les matériaux préférés des DR, Pierre Robin s’intéresse également au métal. Avec l’aide de Chris Heintz, il met au point, entre autres, le quadriplace HR-100 et le biplace HR-200. Puis les matériaux composites entrent dans la fabrication de l’ATL (Avion Très Léger) en 1980.

Héritier du DR.400, le DR401 est produit aujourd’hui par Robin Aircraft à Darois. © Fabrice Morlon / Aerobuzz

En 1988, Apex International rachète la société des avions Robin. Une page se tourne, mais malgré les vents contraires, les avions Robin sont encore aujourd’hui construits à Darois. Si les avions DR sont désormais orphelins avec la disparition de Pierre Robin, sa vision de l’aviation légère et son génie industriel et commercial, soutenu par sa femme Thérèse et par Jean Delemontez parmi tant d’autres, demeurent bien vivant dans les aéro-clubs en France et en Europe. Et pour longtemps encore.

Fabrice Morlon

Décès de Jean Délémontez, le père du Jodel

 

 

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A propos de Fabrice Morlon

chez Aerobuzz.fr
Après des études de lettres, Fabrice Morlon s’oriente vers le journalisme. Il a fondé l'agence de communication Airia en 2013. Pilote privé, il a rejoint la rédaction d’Aerobuzz, début 2013. Fabrice Morlon a, principalement, en charge l’aviation légère, l’avionique et les équipements.

11 commentaires

  • Megueulle

    J’ai eu le privilège de travailler avec Mr Robin du Sicile Record au DR400 comme pilote et ingénieur. Mr Robin fut donc mon patron pendant de nombreuses années. Un patron extraordinaire très humain toujours créatif à l’écoute à la fois des techniciens mais aussi des commerciaux. Il fut pour moi un modèle et une reference. Il fut aussi mon instructeur avec des seances de décollage atterrissage sur Dr 250 avec fort vent de travers à Darois ! La roue tourne mais il a marqué tous ceux qui l’on approché. Il laisse une trace indélébile dans l’aviation légère.
    Bernard Megueulle

  • christophe gosselin
    christophe gosselin

    La photo en fin d’ article est celle de Jean Delemontez…

    • Fabrice Morlon
      Fabrice Morlon

      Bonjour Christophe,
      Vous avez raison, c’est bien la photo de Jean Delemontez : c’est en fait une référence à un article paru sur aerobuzz.fr annonçant son décès en 2015. Parmi les figures de la construction aéronautique qui ont marqué les avions Robin, Jean Delemontez aura été au premier plan. Il me semblait important de lui rendre hommage, même modestement.

  • J’ai le souvenir gravé en moi de tours de pistes effectués en 1973 sur un dr220 F-BOCL . Un instructeur bienveillant de l’aeroclub du Giennois me voyant admirer ces beaux avions m’a fait signe de monter à bord. Je crois n’avoir jamais eu pareil bonheur que cette 1/2 heure ponctuée de décollages/atterrissages par cette chaude journée d’été. J’étais émerveillé, assis sur la banquette arrière rouge vif de ce magnifique avion vu de mes yeux d’enfant d’une douzaine d’années…. Depuis, j’ai piloté des Dr400 surtout et le mythique D112 du club. Le Charlie Lima, 47 ans plus tard , vole toujours…
    Respect à messieurs Robin et Delemontez. ( et à Max B l’instructeur qui n’a probablement jamais su le plaisir qu’il m’a procuré ce jour là ) .
    Bruno Mellet

  • ORTEGA

    Pierre Robin et Jean Delemontez que j’ai eu l’honneur de les rencontrer ils ont permis à beaucoup de personnes de devenir Pilote
    Et constructeur Amateur , j’ai moi même construit un D 18 !
    Pierre Robin est parti rejoindre Jean Delemontez au pays des Jodel et des
    DR 300 , 400 , 500 !!!
    BRUNO ORTEGA Vouziers

  • christophe gosselin
    christophe gosselin

    Merci pour cet article. Juste une petite erreur HR100 quadrillage et HR200 biplace!

  • Polisson

    Une époque, un contexte, un Homme, des Hommes et des Femmes, des bonnes idées, des moyens, de la détermination, de la chance, ainsi l’aventure ROBIN exista.
    Comme Pierre ROBIN le dit lui même : « j’ai eu de la chance d’être là au bon moment, à la bonne époque ».
    RIP.

  • Nicolas dijon

    Triste bien sur, depuis la vente de son entreprise, on le voyait toujours present a Darois,a surveiller entre autre l evolution du MCR Twin c etait les annees 2000. Un homme toujours affable, mais quelle heureuse idée, son association a jean Delmontez et quel parcours, pour l homme, pour ces DR. Merci et au revoir MONSIEUR!!!

  • fildru

    Bravo et merci ! Le meilleur métier est donc l’ Artisanat. Nous tristes.

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