Accueil » Défense » 3/4 – Des Mirage 2000B biplaces dont la France a aussi besoin…

3/4 – Des Mirage 2000B biplaces dont la France a aussi besoin…

Les Mirage 2000B vont être très demandés… Les futurs pilotes de Mirage 2000-5 français les utilisent seulement pour apprendre à maitriser l’avion. L’apprentissage de la mission se fait quant à lui au sein du Groupe de Chasse Cigognes » © Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

Emmanuel Macron s’est engagé à livrer à l’Ukraine les Mirage 2000-5 de l’Armée de l’Air et de l’Espace avant la fin de l’année. Il ne reste donc que six mois pour former les pilotes sur l'avion et sur la mission, mais aussi le personnel de maintenance. L'armée de l'Air et de l'Espace est invitée à s'investir lourdement dans cette tâche, mais rien ne sera simple !

La formation des pilotes et des techniciens est une question essentielle. Sébastien Lecornu avait expliqué en début d’année que le MCO (Maintien en Conditions Opérationnelles) du Mirage présentait « des défis terriblement compliqués ». Quatre mois plus tard, ce ne serait plus le cas ?

L’Ukraine, qui est sans doute impliquée jusqu’au cou dans la réception des premiers F-16, se charge là d’un sacré fardeau. A moins que la France ait fait le forcing pour livrer des Mirage pour des questions d’affichage ? Et que le président ukrainien n’ait pas eu la possibilité de refuser le cadeau ? Souvenons-nous que la Suède, ayant bien noté que l’Ukraine souhaitait se concentrer sur le F-16, a renoncé à donner des Gripen à Kiev.

Parlons maintenant de l’entrainement des pilotes. On sait que des jeunes pilotes ukrainiens sont actuellement en formation sur Alphajet à Cazaux. Si l’Ukraine compte sur eux pour mettre en oeuvre les Mirage, les choses sont claires : les avions ne pourront pas être utilisés efficacement dans le ciel ukrainien avant plusieurs mois ou plusieurs années !

Sans compter que tout escadron nouvellement formé ne possèdera pas de cadres expérimentés sur l’avion et la transmission du savoir sera pour le moins embryonnaire. A moins que des Français s’y collent ? Un passage des futurs pilotes sur Mirage 2000B biplace semble également indispensable, sans que cela soit toutefois une règle absolue. F-35 et F-22, pour ne citer qu’eux, ne donnent pas le choix à leurs pilotes en formation : c’est le monoplace direct après une bonne dose de simulateur. Mais la France n’est pas riche en simulateurs de Mirage…

La troisième escadre de Nancy, qui regroupe Mirage 2000D et Mirage 2000B, dispose de trois entraineurs de vol et un seul FMS (Full Mission Simulator). Tous offrent une cabine biplace… de Mirage 2000D avec pilote devant et navigateur derrière. Un antique simulateur monoplace de Mirage 2000C, hérité du 2/5 Ile de France, complète la panoplie. Les entraineurs de vol et FMS peuvent toutefois simuler des phases de pilotage « fines », comme le décollage en patrouille serrée ou le tir canon air-sol, ce qui pourra être utile aux Ukrainiens.

L’Armée de l’air ne dispose plus par ailleurs que de six Mirage 2000B biplaces. Donc trois ou quatre disponibles à l’instant « T ». Ces avions suffisent tout juste aujourd’hui à satisfaire les besoins français pour la formation des pilotes de Mirage 2000-5 et de Mirage 2000D de Nancy. Equipés de radars RDI, ils ne sont d’ailleurs pas adaptés à l’entrainement au combat avec les missiles MICA.

A la question des avions s’ajoute aussi celle des instructeurs : le vivier de pilotes disponibles, qui avait été largement hérité de l’escadron 2/5 Ile de France d’Orange, est pratiquement épuisé. Une première solution palliative mise en place à Nancy consiste à prendre des pilotes opérationnels de Mirage 2000D et à leurs confier également des missions d’instruction sur les 2000B. L’autre solution est de faire appel à des pilotes abonnés ou des réservistes. Mirage 2000D, 2000B et -5 : la communauté Mirage française jongle depuis plusieurs années déjà entre les avions, les standards, les missions et les équipages. L’arrivée des Ukrainiens va ajouter une délicieuse dose de complexité, avec sans doute quelques bouleversements à venir dans les planifications. Gros changements de couleurs en vue dans les tableaux Excel !

Frédéric Lert

Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense et voilures tournantes.

Un commentaire

La possibilité de commenter une information est désormais offerte aux seuls abonnés Premium d’Aerobuzz.fr. Ce choix s’est imposé pour enrayer une dérive détestable. Nous souhaitons qu’à travers leurs commentaires, nos lecteurs puissent apporter une information complémentaire dans l’intérêt de tous, sans craindre de se faire tacler par des internautes anonymes et vindicatifs.

  • Devant l’imprévisibilité du soutien américain, notamment dans la perspective des élections présidentielles et d’une éventuelle victoire de Trump, le Mirage présente, face au F16 et au Gripen, l’avantage d’un matériel non américain (les réacteurs et les commandes de vol électriques du Gripen son US).

    Par ailleurs, comme indiqué dans l’article 2/4, plusieurs nations envisagent de se séparer de leurs Mirage 2000-5 ou -9 dans les proches années à venir.
    Pour peu que ces cessions puissent être anticipées, les 24 grecs, les 18 qataris, et la grosse soixantaine des Emirats Arabes Unis, forment une petite centaine d’appareils « disponibles » à moyen terme.
    Sans compter une cinquantaine de 2000D qui pourraient abonder ce parc.
    Le Gripen étant un appareil plus récent, les nations qui l’emploient ne sont pas aussi enclines à les céder.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les commentaires sont reservés aux Abonnés premium

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.