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Le drone MQ-9 Reaper prend du galon dans l’armée de l’Air
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A Cognac, où de nouveaux appareils sont attendus, les contractuels américains ont passé les commandes du Reaper aux pilotes français. D'autres évolutions se profilent : création d’un escadron de transformation opérationnelle et pourquoi pas d’une escadre, autonomie complète en matière de mise en œuvre et ouverture des postes aux sous-officiers. Et si, à l'image de la Grande-Bretagne, la France regroupait ses moyens de surveillance en faisant cohabiter drones et avions légers ?

Traditionnellement réservée aux officiers, la spécialité « opérateur capteur » vient de s’ouvrir aux sous-officiers de toutes spécialités. Une raison de plus de regrouper sur une même base, drones et avions légers affectés aux missions ISR. © Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

L’escadron de drones « Belfort » dispose aujourd’hui de quinze équipages complets (pilote à distance, opérateur capteur, coordinateur tactique et opérateur image) dont quatre se relaient à Niamey pour y faire la guerre… La présence d’un drone à Cognac permet d’y conduire maintenant les actions de formation qui se faisaient auparavant à Niamey. C’est infiniment plus simple à gérer et on apprécie au sein de l’escadron « un retour à une situation plus saine ».

La France s’affranchit de la tutelle de General Atomics

L’autre nouveauté, c’est que les pilotes à distance et opérateurs capteur français formant le LRE (Landing & Recovery Element) sont à présent formés aux Etats-Unis sur la base de Creech. La France n’est donc plus dépendante de l’assistance de General Atomics pour les phases de décollage et atterrissage. A Cognac, la dizaine de contractuels américains ne s’occupent plus que de la maintenance et de la mise en œuvre des appareils au sol.

On reconnaît d’ailleurs facilement ces opérateurs américains avec leur casquette anonyme vissée sur la tête, la barbe soigneusement taillée et le pantalon de toile couleur sable. Avec en toile de fond le haut mur en béton qui isole l’activité drone au milieu de la base, tout cela donne de faux airs de Kandahar à la base charentaise…

Fin de service pour les drones Harfang

Là question des contractuels américains va encore évoluer d’ici quelques mois, puisque des mécaniciens français partiront aux Etats-Unis dès l’année prochaine pour y être formés sur le Reaper. Les stages, organisés à Syracuse dans l’état de New York, dureront de 4 à 9 semaines suivant les spécialités. A noter que le Belfort va directement former sur Reaper ses mécaniciens jusque là affectés au drone Harfang. Une évolution rendue possible par la fin des opérations sur l’appareil d’origine israélienne. Après avoir bourlingué en Afghanistan et au Niger, les quatre appareils (pas un seul de perdu en neuf années d’opération soit dit en passant…) sont revenus à Cognac en juillet 2016. Ils quitteront le service actif début 2018 et rien n’a filtré sur leur devenir après cette date.

Pilotage 100% français à Cognac seulement

Revenons d’un mot sur les LRE : une équipe américaine de General Atomics est toujours employée à Niamey, mais c’est là un choix de l’armée de l’Air pour épauler les équipages militaires qui travaillent en flux très tendus. Le LRE américain réalise une partie des décollages et atterrissages et passe la main aux militaires pour la partie opérationnelle proprement dite.

Le drone MQ-9 Reaper n°612, au-dessus de la France, en patrouille avec deux Epsilon de la BA de Cognac. © Anthony Jeuland / armée de l’Air

A Cognac en revanche, les LRE sont donc 100% français et l’escadron tourne à plein rendement avec des missions de transformation opérationnelle et de maintien des qualifications pour les équipages déjà formés. La mise en service d’un simulateur l’an prochain permettra encore d’accélérer le rythme. Le simulateur n’est en fait qu’un simple émulateur, une grosse boite électronique qui se greffe sur les cockpits déjà existant. Ce qui paraît simple à obtenir et à mettre en service ne l’est apparemment pas tant que ça…

Entre transformation et opération

Si l’on résume, la montée en puissance de l’escadron drone va faire passer ses effectifs de 170 à 300 personnes dans les trois ans à venir. Avec entretemps, à l’horizon 2019, l’arrivée de nouveaux appareils et la mise en œuvre de deux Reaper à Cognac.

Cette croissance va avoir un impact profond sur la structuration de l’activité drone au sein de l’armée de l’Air. La cellule « transformation opérationnelle » du Belfort devrait par exemple prendre du volume et se transformer en escadron de transformation opérationnelle drone (ETOD), à l’image de ce qui se fait par exemple avec les avions de combat (Escadron de Transformation Rafale à st Dizier ou Mirage 2000D à Nancy…). Le 1/33 Belfort se recentrera alors sur son cœur d’activité, l’activité opérationnelle.

Vers une escadre ISR à Cognac ?

Ces deux escadrons étant en place, il serait alors légitime de penser à la création d’une escadre pour chapeauter leur activité. On regarde avec envie à Cognac du côté de la base britannique de Waddington où la Royal Air Force a regroupé dans une même unité toutes ses compétences ISR (Intelligence Surveillance Reconnaissance). Un mouvement similaire en France pourrait donc aboutir – le conditionnel est de rigueur – au regroupement sous l’ombrelle d’une escadre cognaçaise des drones et des avions ISR légers que l’armée de l’air s’apprête à mettre en service.

Base aérienne (BA) de Cognac, le drone MQ-9 Reaper n°612 a réalisé mardi 4 juillet 2017 son premier vol au-dessus du territoire national. © Anthony Jeuland / armée de l’Air

Deux appareils seulement sont pour l’instant commandés et ils seront basés à Evreux. Mais si leur nombre devait augmenter, la tentation serait grande de les faire migrer vers Cognac… « Car il y aura des synergies à développer au niveau des opérations, mais aussi des opérateurs de charge utile et des pilotes » plaide-t-on en Charente.

Une filière de formation spécifique

Car dans ce domaine aussi la situation est bouillonnante ! Traditionnellement réservée aux officiers, la spécialité « opérateur capteur » vient de s’ouvrir aux sous-officiers de toutes spécialités, même si certaines se révèlent plus adaptées que d’autres : on songe par exemple aux moniteurs simulateurs, aux interprétateurs photo ou encore aux opérateurs de défense sol-air.

Tous ont une bonne pratique de l’anglais aéronautique et sont familiers des opérations dans la troisième dimension. Cinq sous-officiers ont d’ailleurs déjà suivi leur formation aux Etats-Unis et sont intégrés dans des équipages du Belfort. Hors de question pourtant d’ouvrir le poste de pilote à distance aux sous-officiers. L’armée de l’Air souhaite garder l’exclusivité de cette position aux pilotes qualifiés, qui sont obligatoirement des officiers dans le système actuel.

L’intégration dans des espaces aériens complexes et demain l’arrivée de l’armement renforcent les militaires dans cette logique. Une évolution possible pourrait être toutefois la création, qualifié à Cognac de probable, d’une filière de formation drone spécifique. Après un tronc commun sur avion léger avec les autres pilotes, les futurs « pilotes à distance » rejoindraient directement l’ETOD sans passer par la case Pilatus PC21 ou Alphajet. Mais quid ensuite de l’acquisition des compétences tactiques pour le tir des armements ? La question demeure posée, mais il reste encore quelques années pour lui apporter une réponse satisfaisante…

Frédéric Lert

 

A propos de Frédéric Lert

Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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