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Que peut faire le Qatar de ses 84 Rafale, F-15 et Eurofighter ?

Le Qatar dispose actuellement d'une aviation de combat miniature composée à peine d’une douzaine de Mirage 2000. Demain, il alignera sur le papier sept fois plus d’avions, parmi les plus modernes au monde. Comment une force aérienne composée de 1.500 hommes aujourd'hui, peut-elle envisager, d'ici quelques années, de gérer simultanément la logistique opérationnelle propre à chacun des trois types d'avions de combat ?

L'intention d'achat de 24 appareils, si elle se concrétise, serait un ballon d'oxygène inespéré pour le programme européen Eurofighter. Peut-être faut-il chercher ici un élément de réponse à l'apparente frénésie d'achat du Qatar. © Eurofighter

En moins de deux ans, le Qatar aura donc acheté 84 avions de combats à trois pays de l’Otan : 24 Rafale en mars 2016, 36 F-15QA (pour Qatar Advanced) avant l’été et donc aujourd’hui 24 Eurofighter. Dans ce dernier cas, il ne s’agit pour l’instant que d’une lettre d’intention. Le Qatar en a signé quelques autres dans le domaine aéronautique dont on attend toujours la concrétisation, mais faisons comme ci la vente des Eurofighter devait aller à son terme.

Un total de 84 avions de combat neufs

Placez donc ces commandes de 84 avions de combat dans un shaker, ajoutez les 3ème réserves mondiales de gaz et de pétrole du monde, une population de seulement 2,7 millions d’habitants et des sanctions économiques et diplomatiques imposées par des voisins pas toujours très sociables (Arabie Saoudite, Emirats arabes Unis, Bahreïn, Egypte). Secouez le tout vigoureusement et servez d’autant plus frais qu’il fait chaud dans le désert. Le résultat est gouleyant, une peu épicé, avec une pointe d’acidité. Comme aurait dit Audiard, « y’a pas seulement que d’la pomme… »

Un ballon d’oxygène pour l’Eurofighter

Tous les commentateurs s’accordent pour écrire que la lettre d’intention pour 24 Eurofighter est une bonne nouvelle pour les partenaires du consortium, à commencer par Airbus et BAe Systems. C’est un joli ballon d’oxygène pour un programme qui commençait à s’essouffler malgré la vente l’année dernière de 28 appareils au Koweït.

Si l’opération du Qatar devait se concrétiser, la production de l’avion serait assurée jusqu’au milieu de la prochaine décennie. C’est aussi la quatrième vente dans la région, après l’Arabie Saoudite, Koweït et Oman, ce qui est un beau résultat des diplomaties britannique et italienne qui ont réussi à vendre les mêmes avions à deux camps antagonistes.

Des problèmes à la puissance 3

En vendant à l’Egypte et au Qatar, la France ne s’en sort pas trop mal non plus cela dit. Pour en savoir plus sur les dessous de ce genre d’affaire, on se référera utilement aux aventures de Tintin en Amérique latine dans l’album « l’oreille cassée »… Pince sans rire, le ministre de la défense britannique, Michael Fallon, explique que la vente au Qatar est l’occasion de faire travailler ensemble les nations du Golfe pour améliorer la sécurité dans la région.

Le Rafale a trouvé son premier client export avec l’Egypte. Sont ensuite venues les ventes à l’Inde puis au Qatar. Les premiers mécaniciens et pilotes qatariens sont actuellement formés en France, respectivement sur les bases de Mont-de-Marsan et Saint Dizier. © Dassault Aviation – A. Pecchi

Avec les Eurofighter s’ajoutant aux Rafale et aux F-15, le Qatar s’offre donc trois flottes distinctes d’avions de combat, trois chaines d’approvisionnements et de stocks, trois filières de formation. Mais aussi trois avions aux capacités et missions relativement proches avec pour chacun un radar à antenne active, une polyvalence air-air et air-sol et la capacité de mettre en œuvre des missiles de croisière.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les trois avions, F-15, Rafale et Eurofighter, se sont souvent affrontés sur les marchés internationaux. Au moins le Qatar aura-t-il servi à réconcilier tout le monde…

Cherchez la différence

La gamme des munitions associées aux différents appareils et vendues au Qatar n’est pas connue avec précision. Les deux frères ennemis, Rafale et l’Eurofighter, ont des capacités d’emport relativement similaires (bombes guidées, missiles de croisière, missile anti-navire Marte pour l’Eurofighter, Exocet pour le Rafale, missile Meteor à longue portée pour les deux…), mais aussi quelques différences : à l’Eurofighter par exemple les missiles Brimstone de MBDA, au Rafale les A2SM de Safran.

Le F-15 a également été vendu à l’Arabie Saoudite. Nul doute que la version QA vendue au Qatar emportera un système d’armes plus moderne. © Boeing

Ces différences ténues prouvent que la logique opérationnelle n’est pas l’élément moteur de ces achats. Une explication la plus répandue est que le Qatar élargit sa base de fournisseurs pour s’assurer des appuis internationaux dans la crise qu’il traverse au niveau régional. Ce serait faire bien peu de cas des leçons de l’histoire…

Le facteur humain

Reste une question essentielle, celle des hommes : quand on a une population équivalent à celle de la Bourgogne Franche-Comté, quand la force aérienne n’est forte que de 1.500 bonhommes, quand elle n’a su jusqu’à présent utiliser que mollement une douzaine de Mirage 2000, comment multiplier une flotte de combat par sept tout en introduisant simultanément trois modèles d’avions distincts et parmi les plus modernes du monde ? Réponse : on ne peut pas, sauf à faire massivement appel à des intervenants étrangers. Et encore…

Ou bien en se contentant de stocker les avions neufs dans des hangars climatisés, comme d’autres stockent leurs collections de voitures de luxe pour les faire rouler de temps à autre quand il fait beau. A Mont-de-Marsan, où sont arrivés les premiers officiers mécaniciens qataris, à Saint Dizier où sont formés les premiers pilotes de Rafale, on reconnaît à voix basse que la partie s’annonce compliquée pour Doha…

Frédéric Lert

A propos de Frédéric Lert

Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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