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La France contre-attaque pour placer le Rafale en Belgique

Pour contourner l’obstacle d’un l’appel d’offres taillé, dit-on, sur-mesure pour le F-35 de Lockheed-Martin, le gouvernement français propose à la Belgique « un partenariat approfondi ». Le Rafale se replace dans la course, mais cela suffira-t-il ?

8.09.2017

La France joue la carte politique pour pousser le Rafale. La Belgique estime avoir besoin de 34 avions de combat pour remplacer ses vieux 54 F-16. © Dassault Aviation - Stéphane Fort

Stratégie osée pour l’équipe Rafale en Belgique, qui tente de contourner l’obstacle d’un appel d’offre jugé intenable par une offre industrielle globale, structurante pour l’industrie belge. On saura assez vite si cette stratégie est payante mais face à un avion non conventionnel, dans une compétition pour la fourniture de 34 avions où le F-35 est donné archi favori, la France a jugé qu’il fallait une réponse non conventionnelle.

Coopération élargie entre les forces aériennes françaises et belges

Plus qu’un avion, Paris propose donc à son voisin belge et à ses trois régions – la précision est importante pour ne pas faire de jaloux – une coopération très large entre les deux forces aériennes dans le domaine de la formation, du soutien et des opérations. A cela s’ajoute un volet industriel épais pour la production et l’entretien des avions si Bruxelles venait à sélectionner l’offre française.

Sur ce dernier point, Dassault Aviation fait valoir sa très large implantation dans le pays depuis la fin des années soixante, avec « neuf entreprises filiales, plus de 3000 salariés belges (…) un réseau de plus de 800 fournisseurs références et plus de 800 millions d’euros de commandes annuelles à la Belgique ». La référence aux années 1960 est essentielle puisque c’est à cette époque que le royaume opta pour le Mirage 5, suivi par l’Alphajet. Mais, patatras, Bruxelles optait pour le F-16 au cours de la décennie suivante, ce qui entamait durablement la relation avec Paris.

On notera au passage que la Belgique a acheté dans les années 1980 un total de 160 F-16 en différents lots et que son ambition s’est aujourd’hui réduite à la possession de 34 avions de combat. La question de posséder des avions moins coûteux mais plus nombreux et plus disponibles a-t-elle été posée en Belgique ?

L’Europe de la Défense face à l’OTAN

En poussant le Rafale dans le cadre d’un accord de gouvernement à gouvernement, la France tente donc de réécrire l’histoire et plaide pour l’Europe de la défense. Mais c’est ce que font aussi les Britanniques avec l’Eurofighter lancé dans la compétition. C’est aussi ce qu’auraient pu faire les Suédois avec le Gripen E s’ils n’avaient pas déjà jeté l’éponge.

Lockheed Martin et Washington jouent en fait sur du velours en Belgique. Ils ont beau jeu de rappeler que le F-35 permettrait à la Belgique de s’intégrer dans un ensemble européen cohérent, la Hollande, le Danemark, la Norvège, l’Italie et la Grande-Bretagne ayant déjà fait le choix du Lightning II.

En coulisse, on explique aussi que le choix belge sera également lié à la capacité du futur avion à mettre en œuvre la bombe atomique américaine B-61 dans un cadre otanien. Une bombe à gravité désuète dans son emploi sinon dans sa conception, mais qui présente au moins le mérite pour Lockheed Martin de lier la Belgique, qui tient à la mission nucléaire, aux productions US.

Le Rafale aura donc fort à faire pour remonter cette lame de fond politico-militaro-industrielle.

Frédéric Lert

A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.

12 commentaires

  • lavidurev

    Emettons l’hypothèse que les appareils se valent tous.
    Sachant les corruptibilités importantes au sein d’une même UE variant grandement d’un pays à l’autre. Partant de ce fait il devient impossible et superflu d’essayer d’analyser ou de justifier des choix de tel ou tel pays pour un appareil plutôt qu ‘un autre.

  • Bob

    Les Belges ont pleuré lorsque Renault a lâché Vilvorde sous prétexte que cela provoquait du chômage, oubliant qu’ils roulaient surtout en Japonaises et qu’ils avaient provoqué du chômage chez Dassault en choisissant le F16.
    L’histoire va-t-elle se reproduire ou les habitants de l’Europe vont ils enfin devenir Européens ?

  • shiualilapa

    L’Europe s’occupe en priorite du diametre des fromages de chevres, pour les chose plus pointues, le business prend le dessus.
    En ce qui concerne le choix entre Rafale et F35, ce dernier a qqs pions de plus comme la furtivite et son unique moteur qui theroriquement engendre des couts d’exploitation moins eleves.
    Le Rafale est un avion remarquable mais il boxe plutot dans la categorie du F18 Hornet.

    • Grisez Ph

      Eh bien ..;on verra ça en opérations . L ‘avantage (? ) furtivité , on s’en balance en Afrique ,ou en Syrie … et un seul moteur ,en ops ,ça craint … non ?
      Et ,de façon générale ,les moyens euros sont de la taille de ceux des USA ,toutes proportions gardées ( étendue du territoire ,concentration ,etc ) alors ,pourquoi se disperser ,et jouer chacun perso , comme « au bon vieux temps » -des conflits fratricides du 20ème siècle .!.

      • michael tolini

        C’est vrai que pour neutraliser des 4×4 dans le desert africain la furtivite ne sert pas a grand chose, un Rafale ou un F35 non plus, un Cesna 152 peut aussi bien faire l’affaire …
        Pour votre remarque concernant le mono reacteur, une precision s’impose.
        Un chasseur bi reacteur n’est guere plus fiable qu’un mono, le 2eme reacteur n’est pas la pour la redondance mais pour apporter plus de poussee.
        Dans l’immense majorite des cas, un incident majeur sur un moteur provoque l’arret du second car ils sont cote a cote, alors se retouver en planeur en mono ou en bi c’est un peu la meme chose, le salut vient du mono parachute :))

      • Polaris

        @ michael tolini:
        – « Un chasseur bi reacteur n’est guere plus fiable qu’un mono »: en effet, c’est une évidence, toute choses égales par ailleurs, le fait d’avoir deux moteurs multiplie par deux la probabilité de panne moteur. Mais un bimoteur sera nettement plus sûr qu’un monomoteur. Vous confondez fiabilité et sûreté. En aéronautique comme ailleurs, la sûreté est souvent obtenue au prix d’une baisse de fiabilité.
        – « le 2eme reacteur n’est pas la pour la redondance mais pour apporter plus de poussee »: non, pas forcément. Mettre deux moteurs au lieu d’un est effectivement parfois un moyen d’obtenir une poussée que l’on ne peut obtenir avec un seul lorsque l’on ne trouve pas de moteur qui « pousse » suffisamment, mais dans la majorité des cas et notamment dans le militaire, le choix du bimoteur est bel et bien dicté par la volonté d’une sécurité supérieure. Ne serait-ce que parce qu’une installation à deux moteurs est beaucoup plus complexe et coûteuse qu’un installation monomoteur de même performances.
        – « Dans l’immense majorite des cas, un incident majeur sur un moteur provoque l’arret du second car ils sont cote a cote »: c’est inexact Lors de l’étude d’une installation multimoteurs, les concepteurs font une traque systématique et approfondie des modes de panne communs (cette étude dure souvent plusieurs années). Les systèmes sont conçus (en terme de redondance et d’indépendance) pour que les deux moteurs soient quasi-totalement indépendants dans leur fonctionnement et que la grande majorité des pannes – je dit bien des pannes – affectant un moteur n’affecte pas l’autre. Il reste bien entendu des modes de défaillances pouvant affecter les deux moteurs simultanément – la plus connue est la panne ou la contamination du carburant -, ou des probabilités qu’une panne d’un moteur se répercute sur l’autre – par exemple l’éclatement non contenu d’un disque qui viendrait traverser l’autre moteur -, mais ils sont vraiment très rares (car quasi-systématiquement classés ‘catastrophic’). Même en cas d’incendie, les deux moteurs sont séparés par une cloison pare-feu qui garanti le fonctionnement de l’autre moteur pendant une durée donnée. Bien sûr, dans le cas d’un appareil touché par un projectile ou une tête militaire (mais on parle là d’un tir et pas d’une panne), la séparation spatiale des moteurs nécessairement limitée sur un chasseur de taille réduite fait qu’il y a des chances que les 2 moteurs soient mis HS simultanément. Mais ce n’est pas non plus systématique, et la supériorité de la configuration bimoteur en terme de survivabilité au combat a déjà fait ses preuves (Jaguars français rentrés à la base en monomoteur avec un Adour HS criblé de balles ou de fragments de SAM-7 en 1991 pendant la 1ière guerre du Golfe, par exemple). Il y a déjà eu quelques – rares – pannes de M88 en vol sur Rafale, mais à ma connaissance jamais de double arrêt en vol. Alors que sur Mirage 2000, il y a déjà eu des éjections suite à une panne moteur… Autres preuves de la supériorité de la configuration bimoteur: les aviateur de l’aéronavale, qui n’aiment généralement pas trop la perspective de s’éjecter en pleine mer, préfère les bimoteurs. La configuration monomoteur du F35 a fait grincer les dents de l’US Navy… Même si dans l’absolu, la fiabilité des moteurs est devenue excellente. Et dans l’armée de l’air française, j’ai lu quelque part que les Mirage 2000 étaient plutôt réservés aux théâtres d’opération africains (une mission de sauvetage rapide en Caracal étant souvent envisageable sur ces théâtres d’opération), alors qu’au-dessus de la Syrie, les Rafale bimoteur sont privilégiés, le sort d’un équipage éjecté au-dessus de territoires tenus par les islamistes étant assez peu enviable…

  • Philippe Darroux

    Après les dernieres declarations de M.Trump, les Européens doivent assumer leur propre défense, la Belgique devra réfléchir qui sont ses vrais alliés? La Coopération aerinne et militaire de Dassault Aviation et du wRafale s’inscrit dans la logique de l’avenir.

  • Ph Grisez

    Une seule solution : délocaliser ,le bizeness français ailleurs ,et réduire les aides UE . Quand les petits pays européens (Roumanie , etc ) comprendront que les aides de l’UE sont conditionnées à une bonne participation  » continentale  » , ..ils réfléchiront . Le fric , y q ‘ça de vrai …

  • Toni

    Pierre à totalement raison. C’est la raison pour laquelle l’Autriche a fait volte-face et préféré l’Eurofighter au Viggen. Cela a été prouvé au cours d’une commission d’enquête parlementaire.

  • Pierre

    Dans toutes les affaires il y a ce que l’on appelle les commissions et donc les rétro commissions, c’est cela qui dirige les affaires et uniquement cela, le reste c’est de la sémantique.
    Les rapports humains sont à la base des affaires, les com et retro com en sont le ciment et pas l’inverse.
    L’Europe n’est rien comparé à l’avidité des décideurs.

    • glider

      Lorsque la Belgique a choisi le F 16 , elle a surtout obtenu la sous-traitance et la fabrication des chasseurs de 4 pays européens en compensation. 40 ans plus tard, on peut juger de la pertinence de ce choix : l’industrie aéronautique (surtout en Wallonie) est en croissance permanente et produit des éléments de voilures ou de moteurs pour toute une série de partenaires qui reconnaissent son savoir-faire acquis avec le contrat F16.
      Acheter européen, pourquoi pas ! mais l’Europe elle même interdit désormais ce genre de compensations, so what … ? A budget égal, faut-il acheter un avion qui a 20 ans, et qui ne se vend à l’export que depuis peu (et avec quelles compensations..?) ou investir dans l’avenir, forcément plus risqué.
      La question reste posée, mais les gens qui décident savent en général de quoi ils parlent.

  • vitet

    Nous ne sommes pas Européen pour tout ,il-y-a trop de divergences en matière militaire entre européens voyez la Pologne ils ont signé avec la France pour l’achat d’hélicos ,et pour finir ils se tournent vers les USA nous ne sommes pas solidaire dans ce domaine les usa on le monopole ,allez savoir pourquoi ( politique )

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