Accueil » Défense » Virginie Guyot, du 2/33 Savoie à la Patrouille de France

Virginie Guyot, du 2/33 Savoie à la Patrouille de France

Virginie Guyot, leader de la Patrouille de France 2010, se dit gênée de tirer la couverture à elle, malgré elle. Mais elle assume sans état d'âme particulier son rôle de leader comme elle a assumé le commandement d'escadrille dans l'anonymat de l'escadron 2/33 Savoie. Celle que les lecteurs d'AeroBuzz.fr ont élue "Personnalité de l'année 2009" a accepté de répondre à nos questions, en toute simplicité.

arton468

arton468

Vous êtes la première femme-pilote à intégrer la Patrouille de France et vous en êtes même devenue, cette année, leader. Ce statut vous confère une notoriété exceptionnelle par rapport à vos équipiers et à vos prédécesseurs. Comment vivez-vous ce regain de popularité ?

Le commandant Virginie Guyot devient leader de la PAF.Il y a pour moi deux aspects : tout d’abord les encouragements que de nombreuses personnes me témoignent en tant que femme me touchent beaucoup. Cependant, la curiosité que je suscite parfois m’est assez pénible. Certes j’ai des compétences, mais comme les autres pilotes de la formation. L’idée que certains individus trouvent extraordinaire le fait qu’une femme puisse accéder à ce poste est, selon moi, plutôt « rabaissante » pour les femmes. C’est juste une question de motivation et de travail.

Au sein de la Patrouille, le fait que vous tiriez malgré vous la couverture à vous ne pose-t-il pas de problèmes relationnels ?

La Patrouille de France est avant tout une équipe et c’est aussi ce qui fait sa force. Dans notre magnifique unité, tout fonctionne grâce à l’esprit de cohésion et de camaraderie qui y règne mais aussi bien sûr grâce au professionnalisme de notre personnel, toutes spécialités confondues : des qualités qui ne sont pas plus féminines que masculines.

Saison 2009, avec le commandant Benjamin Souberbielle

Toute cette attention qui se focalise parfois sur la première femme à la PAF est donc particulièrement gênante pour moi vis-à-vis de mon équipe. Heureusement, je travaille avec des hommes intelligents et professionnels, ce qui permet de préserver facilement notre cohésion de groupe.

La Patrouille de France était-elle un objectif pour vous ?

J’ai toujours admiré la Patrouille de France. Mon père m’emmenait souvent en meeting et c’était vraiment le moment que je préférais. Quand je suis entrée dans l’armée de l’air, j’ai évidemment nourri secrètement cette envie, mais avant il fallait devenir pilote de chasse, puis chef de patrouille, poser sa candidature, … Il y a tellement d’épreuves au cours d’une carrière de pilote de chasse que je dois reconnaître que je me suis beaucoup concentrée sur mon métier et que j’ai gardé ce rêve dans un coin de ma tête jusqu’à ce que je puisse poser ma candidature (la patrouille ne recrutant que les pilotes ayant une certaine expérience).

Une vocation apparue à l'âge de 12 ans

A quel moment avez-vous décidé de devenir pilote de chasse ?

En fait je voulais être pilote d’hélicoptère. A l’âge de 12 ans, j’ai découvert le plaisir de voler lors d’un baptême de l’air. De là est venue l’idée de devenir pilote tout en faisant un métier utile.

Qu’appelez-vous « un métier utile » ?

Pilote d’hélico à la Sécurité civile ou au Samu… Mais en Prépa, j’ai été refusée aux tests médicaux pour la spécialité hélicoptère. J’ai alors passé le concours de l’Ecole de l’Air pour intégrer la filière chasse. C’était en 1997, l’armée de l’air s’ouvrait aux femmes, qui ne pouvaient alors devenir que pilotes de transport ou d’hélicoptère. De plus, il y avait des quotas qui limitaient le nombre de places réservées aux femmes. Pour ma promo, il n’y avait qu’une seule place pour les femmes et je n’ai pas été retenue comme pilote, les garçons classés après moi étant eux retenus, ce qui m’avait paru très injuste sur le coup !…

Heureusement, la politique de recrutement de l’Armée de l’air a changé à ce moment-là. Je venais d’entrer à l’Ecole de l’Air quand, Caroline Aigle qui était en troisième année, a pu commencer sa formation sur Tucano pour devenir pilote de chasse.

Le Commandant Virginie Guyot

Comment conciliez-vous votre métier avec votre vie de famille, d’autant que vous êtes mère d’un enfant de trois ans ?

La vie à la PAF est surtout difficile pour les proches, mais je ne suis pas sûre que ce soit plus difficile que lorsque j’étais en escadron de chasse. La vie à la PAF ressemble à la vie en unité opérationnelle.

Virginie Guyot, coqueluche des média et du public

Mais ce qui est certain aussi, c’est que le problème se pose de la même manière pour un homme que pour une femme. Aujourd’hui, les hommes ont pris une place importante dans la vie familiale et il faut gérer l’absence au quotidien. Quasiment tous les pilotes de la PAF ont des enfants en bas âge et ce n’est pas plus facile pour eux que pour moi.

J’ai la chance d’avoir un mari formidable qui me soutient beaucoup et nous sommes en outre très entourés par notre famille.

Vis-à-vis du public qui vient admirer les évolutions de la Patrouille de France, vous êtes regardée comme un être à part. Mais en interne, au sein du groupe, comment êtes-vous perçue ? Pour eux aussi, c’est une première d’être commandée par une femme…

D’une part, il faut savoir que le recrutement se fait par le biais de la cooptation, ce qui signifie que tous les pilotes qui intègrent la PAF ont été choisis par leurs pairs.

La Patrouille de France 2009 à Moscou

D’autre part, les relations s’apparentent tout à fait à ce que j’ai vécu en escadron de chasse. Avant d’arriver à la PAF, j’étais commandant d’escadrille à l’escadron de reconnaissance 2/33 Savoie à Reims, c’est-à-dire que je planifiais, en étroite collaboration avec les mécaniciens, l’activité aérienne de l’escadron. Du point de vue relationnel, c’est tout à fait comparable, sauf qu’à la PAF on travaille tout au long de l’année avec les mêmes personnes et que le leader l’est pour toute l’année et pour chaque mission. La Patrouille de France est une aventure à la fois technique et humaine extraordinaire qui se vit à « Mach 2 » comme on dit dans le jargon, et ce grâce à des hommes et à des femmes formidables quelle que soit leur spécialité.

Propos recueillis par Gil Roy le 7 janvier 2010

Photos : © Lieutenant Stéphane Azou, Sergent Vanessa Imber et Patrouille de France.

A propos de Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

29 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Protection anti-spam *

Sur Facebook

Sur Twitter