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Aviation d’entreprises

A Lorient, les dirigeants des PME locales ont une opportunité unique de tester l’aviation d’affaires en vraie grandeur. Avant qu’Air France multiplie la fermeture de lignes domestiques pour des raisons purement économiques, la sous-préfecture du Morbihan était connectée à la France via le hub de Lyon et au reste du monde via Paris. Deux vols directs seulement, mais une infinité de destinations finales. Cette époque appartient au passé et les déplacements professionnels sont devenus un casse-tête pour les entreprises. D’où l’idée des élus locaux de se tourner vers l’aviation privée pour apporter, dans l’urgence, une solution de substitution.

Régulièrement, les opérateurs d’aviation d’affaires et les chambres de commerce organisent des événements sur des aéroports dits de proximité pour convaincre les entreprises locales que l’aviation d’affaires est faite pour elles aussi. Exposition d’un turbopropulseur et d’un biréacteur d’entrée de gamme devant une aérogare défraîchie, présentation d’un comparatif entre les différentes solutions de transport existantes, échanges de cartes de visite, un verre à la main… En général ça ne va guère plus loin.

Méfiant face à un devis incompréhensible, le chef d’entreprise se rabat vers une solution éprouvée : la ligne, le chemin de fer ou la voiture…

La route restant, aujourd'hui, leur seule alternative, les entrepreneurs lorientais peuvent être tentés de franchir le Rubicon. D’autant que l’un des principaux freins au passage à l’acte est en partie levé par l’aide financière directe apportée par la communauté de communes.

Il n’en demeure pas moins, que l’appréhension de voler à bord d’un petit avion à hélice retient certains également. Des clients peuvent prendre goût aux turbulences des basses couches, ou à défaut s’y accoutumer. Mais la plupart ne seront jamais vraiment rassurés. Reste un point à ne pas négliger : le signe extérieur de richesse supposée que renvoie le voyage en avion privé. En France, pour beaucoup d’entreprises c’est encore rédhibitoire.

Autant d’inconvénients qui peuvent être compensés par la souplesse et le gain de temps qu’offrent l’aviation privée. La possibilité pour le client de fixer les horaires et d'opter pour l’aéroport de destination au plus près de sa destination finale, peut faire rêver… Mais, c’est à l’usage que les intéressés verront réellement de quel côté penche la balance. Entre les inconvénients et les avantages, c’est au fil du temps que les PME lorientaises se feront leur opinion.

La communauté de communes de Lorient amorce la pompe en mettant en relation les parties prenantes – propriétaires d’avions, pilotes professionnels et passagers – et en subventionnant à hauteur de 30% les vols. Si l’activité monte en puissance, elle pourrait se passer de subventions. Elle pourrait aussi déboucher sur d’autres types d’organisation comme par exemple la cogestion d’un avion à travers un Groupement d’intérêt économique. Il existe plusieurs GIE en France et certains fonctionnent très bien, notamment dans l’ouest de la France. D'autres collectivités locales, délaissées par la ligne et déconnectées du réseau ferré à grande vitesse, pourraient aussi s'inspirer de leurs collègues de Lorient.

Quoi qu’il advienne, il faut saluer le pragmatisme des élus locaux de l’agglomération de Lorient. Leur courage aussi. Pour soutenir leurs entreprises, ils prennent le risque de heurter la sensibilité écologiste de leurs administrés.

Au passage, il n’aura échappé à aucun d’entre vous que la solution avancée passe par l’aéroport. Puisque les gros ne veulent plus venir à Lorient, essayons les petits ! Une preuve de plus que le maillage aéroportuaire est une chance pour la France. Nous ne le répèterons jamais assez. Merci à Lorient de le démontrer !

Gil Roy

 

 

 

 

 

25.04.2021

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

13 commentaires

  • Bernard B

    C’est marrant l’histoire se répète : Il y a 50 ans ou plus des Cies aériennes sont nées de ce concept (Air Rouergue, TAT, Air Alpes …et d’autres)

  • Jean-Louis Chollet

    Voila plus de vingt ans que defends ce type d’organisation du territoire. Je l’avais démontré en 1996 avec la creation du concept « Aviobus ».
    J’ai ensuite soutenu l’aviation d’affaire que j’ai baptisée, à la fin des années 90 « Aviation d’Entreprise ». Appellation largement réutilisée depuis…

  • Exxellent article qui incarne bien la réalité du terrain. Pour l’avoir testé à de nombreuses reprises lors de tournées de démonstration., les réactions du public n’ont guère évolué en 20 ans. La réglementation européenne en matière de transport reste trop ontraignante comparée à la part 135. Du coup seules des solutions de type location coque nue ou propriété partagée semblent viables économiquement.

  • Speedjojo

    La ligne régulière ne vient plus car imposé par les écologistes. Le bilan carbone sera t’il meilleur avec l’aviation d’affaire?

  • PETIT

    Si notre Administration française était moins compliquée; pourquoi pas?…
    Mais, ce n’est pas le cas car trop psychorigide pour bien faire avancer les choses……

    • Pilotaillon, peace'nd love warrior

      L’administration applique ce que le législateur a défini comme ligne directrice, après toutes les circonvolutions politiques et gestuelles, pestacle de la comaedia del Arte pour grands zenfants devenuzélus, et plus particulièrement ceux qui ont embrassé les thèses extrèmes, doux et dangereux rêveurs s’imaginant Rois sur les bancs des assemblées.
      Mais ce n’est pas simple.
      Même si l’étage Europe allonge les circuits d’élaboration règlementaires, c’est avec un soucis millimétrique et virgulesque très français que sont traduits les texte communautaires : l’administration répond donc aux attentes des populations, sans être populaire.
      Il n’y a pas de psychorigidité, juste des précautions car il y a 50 Millions de Gens d’armes prêts à tirer le bulletin des extrêmes, sitôt dépassé un Rubicon décidé le matin même en se levant.
      Quant on voit rouge et que ça brille : le Rubis Con, pierre précieuse de la république !
      Donc l’Agent fait ce qu’il peut, se préserve, s’abrite des mouvements de foule. Ne perdons pas de vue que beaucoup de ces personnes font beaucoup à condition de les reconnaitre comme des personnes au travail, non comme des cibles, encore moins des défouloirs…
      Nonobstant, M et Mme Michu ont tord de ne pas réfléchir à 2 fois avant de dire tout et son contraire dans la même phrase, à sortir dans la rue pour se défouler. Ces postures épidermiques ou méta-philisophico-politiques à 2 balles (pour dire quelque chose et exister sans doute) le couple Michu complexifie sa propre vie….
      En effet, avant de donner une ligne d’action claire, le politique veille en priorité à ne pas prendre d’orages populaires sur la tête. Et là pas de météo, ni d’avis de turbulences : c’est du spontané !
      Alors soyons responsables, passons chez les groupes dignes de foi, c’est à dire adoptons une ligne claire et serrons les rangs pour que la réglementation accompagne nos initiatives positives.
      Et si nous commencions par dire que les Lorientais ont raison d’essayer, que le monde de l’aéro est solidaire d’une hypothèse intéressante et que nous attachons à verdir nos mécaniques ?
      Assez différent de les rouler et de râler n’est-ce pas ?

  • LE FLOCH

    L’avantage de l’aviation d’affaires c’est l’absence d’odeur des sandwichs bon marché.
    décidément l’écologie pour accroitre les difference sociale est un moyen très efficace. Cela a commencé par la nourriture bio, la suppression des industries polluantes et maintenant la discrimination (basée sur les moyens matériels) . Vive l’écologie et les sociétés a deux vitesses : combien de temps cela va t il durer ?

  • stanloc

    J’ai terriblement peur que cette démarche à Lorient ne soit pas suivie par d’autres communautés. J’évoquerai le cas de Lannion qui avait AUSSI sa liaison HOP avec Orly et un tissu d’entreprises pour alimenter en passagers cette liaison. Or je crois que cette liaison a été abandonnée car justement la communauté de communes ne voulait plus participer à son financement.
    J’ai connu il y a très longtemps un directeur d’un centre de recherche national (disparu aujourd’hui) qui avait constaté qu’en France le grand nombre d’aérodromes pouvait offrir une solution aux nombreux déplacements professionnels de ses cadres. Il avait donc donné au CE une somme d’argent en plus de sa dotation annuelle pour aider des cadres à passer leur brevet de pilote. C’est ainsi que mon premier degré ne me coûta que la moitié de ce qu’il coûtait normalement. Ce directeur visionnaire ne vit pas ses efforts couronnés de succès. Aujourd’hui on parle de transport professionnel à la demande. C’est un autre contexte mais il se heurtera aussi à des contraintes nombreuses et pas seulement financières. Beaucoup de gens ont très peur en avion et la perspective de choisir entre voyager dans un avion 4 places ou de prendre leur voiture, leur fera choisir tout sauf l’avion. Quant à emprunter un biréacteur ou même un TBM si c’est pour une ou deux personnes cela risque de ne pas être acceptable financièrement. Il faudrait inventer pour l’aviation à la demande ce qui existe dans certains pays avec les taxis à savoir le taxi partagé. Un premier client monte et donne sa destination et d’autres clients sur le chemin peuvent aussi emprunter le même taxi, avec des coûts partagés bien sûr.
    Je souhaite vivement que l’initiative de Lorient fasse tâche d’huile

  • anemometrix

    D’un côté la panacée du travail à domicile pour tous sensé avec la vidéo-conférence de se substituer profitablement aux rapports humains, de l’autre la fiabilité des monomoteurs à turbine, bientôt équipés du pilote automatique remplaçant le mono-pilote défaillant pour amener les passagers à bon port.
    Un monoturbine + un pilote + des passagers + un bouton rouge sur lequel un passager en appuyant déclenche le processus de déroutement, le système étant capable de choisir le terrain le plus proche en fonction de la météo et des capacités opérationnelles et de s’y poser sans encombre.
    Les jets haut de gamme soutenus par une aviation d’affaire financièrement accessible à un marché nouveau ….

  • Dan

    Excellente initiative des Lorientais à qui je souhaite de réussir leur pari. Espérons que les « fâcheux » ne leur mettront pas trop de bâtons dans les ailes!

  • Pierrot

    Vous oubliez juste un détail Gil, c’est le problème des aptitudes médicales des pilotes qui devient de plus en plus aléatoire. Le principe de précaution devient tellement aberrant que les entreprises auront de plus en plus de mal à en trouver et à pérenniser une activité aéronautique. L’application de la réglementation européenne n’aide même pas, d’autant que le système ne permet pas d’obliger le CMAC à appliquer cette réglementation.
    Les turbulences en basse couche sont également un obstacle de taille. J’ai plus de 11000 heures de vol, et je n’arrive toujours pas à m’y habituer. Je ne fais que les supporter.

  • PlasticPlane

    Bonjour,
    Il y à certainement dans la pratique promue par Lorient une voie à explorer. Au moins y a t il une démarche de la Collectivité, et c’est déjà très bien. S’agissant de flottes d’entreprises (hors, évidemment, celles de transport aérien…), l’un des facteurs limitatifs pourra être le financement – par les entreprises elles-mêmes – d’avions d’affaires. L’investissement n’est pas négligeable et nécessite le recours au financement ad hoc. Or, dans le milieu bancaire, dont l’avis n’est certes pas sacré mais souvent déterminant…, il existe une catégorie d’actifs qui s’appelle « les danseuses ». Aïe… on risque la discrimination avec cette terminologie du passé, donc précisons qu’il s’agit, en tout bien tout honneur et entre autres… des avions, et autres passions dévorantes.. dont, entre autres (bis), le golf, la bagnole (pas la twingo électrique !), etc…, bref, plein de domaines très-très sympa… (méchants banquiers, encore bien pires qu’Air France 🙂 ). Caractéristiques communes : ces actifs/activités, pour justifiables qu’ils puissent être dans certains principes, sont parfois financés par des ressources sociales dans une mesure disproportionnée vs les besoins sociaux. Ils constituent une cause ponctuellement rencontrée de difficultés pouvant survenir, soit par leur coût, soit par la place qu’ils prennent dans l’agenda… Reste la solution du groupement, avec une gestion pointue et consensuelle du planning pour gérer les conflits d’agendas.

  • Pilotaillon, vivant et réaliste

    Merci pour ce résumé !
    Je plussoie : jouons le jeu, de l’essai, de la rigueur dans l’exécution, de la diffusion (communiquons positivement) et surtout de cesser dans le milieu de semer le doute et développer le French bashing.
    Wingly et tant d’autres démontrent qu’il est possible de faire bouger les lignes (aériennes) pour pérenniser nos passions.

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