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C’était le scoop de la semaine. Dès 2026, des compagnies aériennes du nord de l’Europe opèreront des avions de ligne électriques sur des vols réguliers ! Les « spécialistes scientifiques » de la presse écrite et audiovisuelle française y sont allés de leurs chroniques. Nous avons assisté ces derniers jours à un embrasement généralisé des grands médias. C’est un dossier du quotidien « Les Echos » qui a mis le feu aux poudres.

En d’autres temps, Jean-François Kahn a théorisé ce phénomène qu’il a identifié comme le syndrome du rhinocéros. Une capacité des journalistes à foncer tête baissée, tous au même moment, tous dans la même direction, de peur de se faire décrocher. Hors de toute réflexion, une réaction spontanée et brutale. Le troupeau renverse tout sur son passage. Les réseaux sociaux ont encore amplifié ce travers de la presse. Pas de salut pour celui qui est l’objet du déferlement sauvage.

Cette semaine donc, tête baissée, les chroniqueurs ont surenchéri sur un dossier du quotidien « Les Echos » qui faisait le point sur les recherches et les développements en cours sur l’aviation électrique. Un tour d’horizon factuel qui au passage a démontré que pendant que la France vote une loi pour interdire les vols domestiques, la Suède et la Finlande investissent dans la transition énergétique pour permettre les sauts de puce électriques avec des commuters 100% décarbonés.

Le spectacle des médias reprenant en boucle les mêmes informations est affligeant à la longue. Sauf quand il peut servir nos intérêts. Intellectuellement, c’est discutable, mais pour une fois que l’aviation n’est pas la cible, ne faisons pas la fine bouche. Laissons les médias et avec eux, le grand public, s’enthousiasmer pour les avions de ligne électriques. Et s’il faut rajouter une couche, pourquoi pas ? Il sera toujours temps, en 2026, de voir qui aura tenu ses promesses. Un peu de répit dans le dénigrement ambiant de l’avion ne peut pas faire de mal…

Parmi les auditeurs de France Inter, qui avait entendu parler de Tecnam ou d’Aura Aero avant que, cette semaine, une "chroniqueuse scientifique" ne cite ces petites entreprises en exemple. L’avenir de l’industrie aéronautique ne passe pas forcément par le duo Airbus-Boeing. La solution peut aussi venir de « petits poucets ». La presse aime raconter des histoires de « petits poucets ». Ce n’est pas le moment de ramener le débat au niveau des batteries.

Depuis des années, les grands industriels de la filière prêchent dans le désert. Trop rationnels. Leurs arguments chiffrés et leur calendrier font polémique. Et voilà que la presse annonce à l’unisson que les avions de ligne électriques c’est pour 2026. « Dans cinq ans », comme pour souligner que ça va aller très vite. Il y est même question de « prouesse ». Le plane bashing se craquèle.

Et pendant ce temps, Southwest commande 100 Boeing 737 MAX de plus et Ryanair ouvre 33 destinations au départ de Bordeaux et 44 de Beauvais, à partir de 19,99 €. En attendant les avions électriques que nous promet désormais la presse, il faut bien faire la soudure !

Gil Roy

4.04.2021

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

18 commentaires

  • Arminius

    Effectivement, de plus en plus l’information ressemble à un discours politique ou il faut chercher une vérité épurée bien plus mince que son support. Ce qui est remarquable quand on y réfléchit bien, c’est d’entendre de lourds reproches de la part des élites sur le prétendu manque de mobilité des français et d’un autre coté fermer les lignes locales qu’elles soient aériennes ou ferrées, de tout faire pour limiter l’utilisation de véhicules terrestres, et même de cesser d’entretenir les canaux. Pourtant les infrastructures sont les artères qui permettent à la logistique d’irriguer l’économie. Celle ci se flétrit dès que les flux qui la font vivre sont réduits… Il est toujours possible de s’enthousiasmer sur de futurs moyens de communication, mais pour les rentabiliser il faudra des clients et ce n’est pas en tuant aujourd’hui les besoins en logistique qu’il seront rentables. La politique menée ramène le pays très loin en arrière, à un moment ou les productions vivaient un marché aussi local que captif, une sorte d’autarcie. Alors l’enthousiasme médiatique pour de nouveaux moyens de transport, pourquoi pas, en Norvège peut-être mais en France la suite n’est pas évidente…

  • Aff le loup

    La fuite en avant pour la posture…On n’a aucunement pris le problème en compte à partir d’une réflexion sur le thème d’avoir des ressources énergétiques écologiques c’est à dire renouvelables et non polluantes sur le cycle d’exploitation…On est dans le court terme et on décrète que l’électricité convient…Le seul avantage de l’électricité c’est sa souplesse de distribution…pour un rendement misérable…et on ne parle ni génération ni stockage…du moment que l’origine nucléaire permet de minimiser les rejets GES ! A long terme, il y a peut être une solution…

    • Pilotaillon

      Attention ne pas mélanger les sujets !
      La perspective de marché (la vraie valeur de l’entreprise) ne semble pas remise en cause, il semble qu’il s’agisse du manque de cash dans les mois qui viennent, suites à l’effondrement du nombre de courses Uber.
      Le savoir, stratégique pour repartir sitôt l’aléa sanitaire dépassé, est bien resté à la maison mère…
      Mieux, le test « en France » aura permis à l’état major d’évaluer l’efficacité de l’écosystème local, et d’en sortir au besoin, sans devoir avancer de justifications.
      Encore une fois, quelles que soient les circonstances, l’appropriation locale des sujet (bienveillante ou hostile) constitue le cœur de l’attractivité des pays.

  • lavidurev

    Excellent article.
    La Republique qui jadis se vantait d etre la Patrie des Droits de l homme et du citoyen, de la democratie, des Grands Hommes, terreau d inventeurs, terre d aviation creatrice de l aviation populaire qui protegeait ses associations aeronautiques par des lois. Aujourdh ui la Republique interdit… meme les vols domestiques. On s acquitte des charges, taxes, et surtaxes….
    Republique qui parle mievreusement de « social » autant qu elle supprime les acquis et que fondent les retraites …et la democratie .
    Judas cache bien son jeu.
    Joyeuses Paques a toutes et tous.

    • Aff le loup

      J’aimerais que dans votre laïus vous repreniez pour le béotien qui essaye de vous lire la définition de Démocratie, Patrie et République…Accessoirement de Droits de l’Homme et du citoyen sous la forme fractionnée : droits, Homme, citoyen

      • lavidurev

        @Aff le loup bonjour. Effectivement ce laius n etait peut etre pas assez explicite aussi il est bon, comme vous me le demandez, de ressortir les definitions qui s imposent .
        Libre a chacun de penser si elles sont galvaudees ou non.
        L article traite entre autres d un point non negligeable du monde de l aerien.
        Notre Republique Francaise INTERDIT les vols domestiques au sein de la nation a l heure ou des Royaumes europeens s evertuent a donner des possibilites a des formes de vols respectueuses de l environnement.
        Democratie : Forme de gouvernement dans laquelle la souveraineté appartient au peuple .
        Republique: Forme de gouvernement où le chef de l’État n’est pas seul à détenir le pouvoir qui n’est pas héréditaire.
        Patrie: Communauté sociale et politique à laquelle on appartient ou on a le sentiment d’appartenir. Pays habité par cette communauté.
        Nation: Groupe humain assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun.
        Droits de l homme et du citoyen (1789) Les hommes naissent(…). Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Art. (…) Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression(…).

  • Tirole Jacques

    Il est clair que la certification de ce type d’avions en Transport Public de Passagers va prendre quelques années.

  • Jean-Louis Chollet

    Dans mon métier, le design, il se dit que l’innovation vient toujours des challengers… La gestation innovative et creative, dans les grosses structures, est souvent freinée par des normes de toutes sortes.

    • Aff le loup

      Vous avez raison, normaliser est une forme de gestion de la concurrence…On réduit l’offre par la standardisation…On réduit les importations en imposant des processus qualité qui supposent des process et du personnel coûteux…

  • jacques Mali

    bravo pour votre article. vous avez mille fois raison. les journalistes , a qlq exceptions près, sont des moutons de Panurge , a la recherche de scoop, mais le font très souvent sans recherches, ni discernement. et de fait, perdent toute crédibilité…..

  • Bridoux

    Les gens  »intelligents » ont encore frappé , relayés par des internautes de même poil et c’est donc la vérité ! puisque ce sont eux qui le disent

  • B707

    On a pas encore entendu Greta et nos bons EELV

  • Aff le loup

    J’aime bien JFK, mais dire que le réflexe moutonnier est exotiquement parlant du fait des voyages au long cours et en longs courriers devenu le syndrome du rhinocéros c’est pour faire des mots !

    Ceci dit ne pas généraliser ! Les pays dits nordiques sont étendus en latitude et relativement peu peuplés avec des concentrations liées à la geographie qui induit les ressources…Donc il y a effectivement une niche pour une aviation légère qu’elle soit électrique n’en justifie pas plus le besoin, mais si elle s’établit ce sera encore mieux, qui relie les hommes en faisant fi des autres réseaux, de la géographie et des saisons…Ce n’est pas le cas pour l’hexagone France dint le seul défaut à mes yeux est que Paris serait aussi bien à Clermont Ferrand…pour ne pas dire à Vichy !

  • Serge Rochain

    Je pense que l’avion électrique aura une partie à jouer avec les écoles de pilotages et donc des vols courts, mais aussi en commercial pour également des voles courts bien que plus long que pour les écoles de pilotage. Mais il faudra beaucoup de temps pour que cela aille plus loin et durant cette longue attente d’une révolution technologique concernant les batteries ou ce qui les remplacera il y a des possibilités avec des carburant moins producteurs de GES que ceux utilisés aujourd’hui. Et s’ils sont plus cher cela veut seulement dire que le vole coutera plus cher à celui qui l’utilisera, ce qui contribuera à élever la barre de ce que l’on considère comme un moyen de transport indispensable et en diminuera donc l’usage par la disparition de ceux qui était au-dessus de l’ancienne barre et qui seront en dessous de la nouvelle. Finalement que du progrès pour la planète et …. pour l’aviation.

    • Meunier

      Oui tout à fait raison sur le syndrome rhino!
      Une des explications est la non connaissance des réalités qui rejoint le syndrome du clavier numérique ( écrire sur un écran est facile, réaliser tout autre chose)
      L électrique aéro est loin d exister, Perfo et masse batterie plafonnent, recyclage non résolu pour de telles masses, réseau au sol sous dimensionné non prévu pour de telles charges instantanées, ( crash réseau devenu probable), les électrons ne se stockent pas, une montée en charge tranche nucléaire demande 8h,
      Si les commuters aéro ont une solution, les longues distances sont qu avec des carburants !

      • stanloc

        « réseau au sol sous dimensionné non prévu pour de telles charges instantanées »
        Visiblement vous ne connaissez pas les possibilités du réseau EDF au moins ponctuellement. Lorsque des centaines de stations de recharge pour de telles capacités, naîtront là oui il faudra qu’EDF avise.
        Un point qui a été récemment évoqué dans un document TV c’est que la demande en cuivre risque fort de se heurter à un TRÈS GROS problème d’approvisionnement et cela ne semble inquiéter personne. Il y a le cuivre des moteurs et le cuivre des extensions de réseau électrique pour alimenter des bornes de recharge. Et si le nombre de bornes ne croit pas assez vite cela augmentera les délais de recharge et dissuadera les clients potentiels d’engins électriques.

      • Michel

        Faut consommer local en électricité également (pour éviter les saloperies nucléaires et les lignes THT -en cu/al- disgracieuses ); Pourquoi tous nos hangars aéro ne sont-ils pas couverts de panneaux solaires ? A quoi rime l’interdiction d’éolienne en zone aéroportuaire ( plus précisément là où n’ira JAMAIS -sauf à se crasher- un aéronef en TdP ou en survol au-dessus du TdP !) ? la méthanisation des tontes de piste en herbe est donc si stupide ? Nos AD peuvent être à la fois des zones de bio-diversité et des centrales électriques et gazières, créatrice d’emploi pour les exploiter; il vaudrait mieux jouer cette carte que d’éructer contre les « écolos » !

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