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Foutage de gueule ?

© Vincent / Aerobuzz.fr

C’est l’été, et Aerobuzz.fr a bien compris votre envie de relâcher la pression. Voici donc quelques innocents jeux de plage, en commençant par une charade facile.

Mon premier est un peuple du nord de l’Europe, mon deuxième est le bruit que fait la main de Will Smith, un peu énervé, sur la joue de Chris Rock aux Academy Awards, mon troisième est le frère de Rac et mon tout est devenu un sport de compétition de l’industrie aéronautique et de défense.

Lapon-Paf-Ric bien entendu !

La pompe à fric se joue avec un gagnant qui ne peut pas perdre, en général un industriel toujours bien intentionné, et des perdants, investisseurs ou contribuables, qui n’ont rien à gagner.

La règle du jeu est bien connue de tous : il s’agit de lancer des études amont inutiles et très coûteuses qui ne déboucheront sur rien d’autre que l’obtention de crédits de recherche et de fonds publics ou privés. Pour gagner, le joueur doit montrer des maquettes, dessins et autres vidéos bien léchées de la future merveille technologique. S’il peut décrocher quelques publications dans des revues de référence, c’est encore mieux !

Ce petit jeu peut être éternel, pour peu que des gouvernements sans mémoire se succèdent à un rythme plus rapide que les sus-dites merveilles.

Le mois dernier, dans le cadre du projet SPRINT financé par la DARPA, l’agence de recherche du Pentagone, Bell a décroché haut la main une médaille d’or très méritée.  L’hélicoptériste a placé la barre très haut avec un engin convertible équipé de rotors basculants (pour décoller et atterrir à la verticale) mais aussi repliables (pour aller plus vite) et de réacteurs (pour aller encore plus vite). Tout ce qu’il faut pour sauver Taiwan et l’American Way of Life. C’est Goldorak sans les cornofulgures (les plus de 50 ans comprendront de quoi je parle).

On sent bien que chez Bell on aurait aussi voulu le faire supersonique, mais il s’est trouvé un chef pour taper du poing sur la table et remettre les choses au carré entre deux donuts : « non les gars, on le garde subsonique sinon on va finir par se faire repérer… » Et d’ajouter : « mais l’idée me tente bien quand même, on la garde pour une prochaine fois… »

Avec un tel engin, les eVTOL font figure d’amateurs. Et pourtant, en matière de levée de fonds, on a affaire avec eux à des athlètes, des grands seigneurs qui dominent la discipline de la tête et des épaules depuis plusieurs années.

Brûler des tombereaux de cash pour réinventer l’hélicoptère avec des performances médiocres au nom du développement durable, il fallait oser.

A ce petit jeu là, les avions à hydrogène, dont l’avènement est repoussé de dix ans tous les cinq ans, sont un peu largués. Les dirigeables, n’en parlons pas. Une couverture de magazine ici ou là (de préférence en plein été pour faire rêver sur les plages), de vains investissements de quelques dizaines de millions, c’est vraiment du tout petit jeu. A leur décharge, ça fait plusieurs décennies déjà qu’ils poireautent à la pompe. On comprend l’essoufflement de leurs promoteurs.

Terminons sur une idée fascinante qui refait aussi périodiquement surface, l’avion à effet de sol, de préférence de plus de 1.000 tonnes. Ne pas viser la Lune serait mesquin.

Des armées d’ingénieurs ont donné tout ce qu’ils pouvaient depuis plus de cent ans pour alléger les avions, les hisser au-delà de 10.000m, pour gagner en sécurité, aller plus vite et consommer moins. Ces besogneux sans éclat y travaillent encore aujourd’hui tandis qu’il se trouve des petits génies pour proposer d’alourdir les avions et les faire redescendre au ras des vagues. On apprécie.

Mon premier est un sport qui se joue en équipe de onze, mon deuxième coule à Lisbonne et mon troisième est un ancien militaire et grand homme politique français.

Frédéric Lert

Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense et voilures tournantes.

7 commentaires

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  • par Philippe BENEZECH

    Ouf!

    A force de relayer des communiqués de presse tous plus beaux les uns que les autres, je craignais Aerobuzz perdu .

    Mais attention, c’est un coup à se faire traiter de «  boomer » !

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  • par Catherine Bouroullec

    Et les drones-taxis en transport public de passagers au-dessus de Paris, on en parle ? Je les verrais bien sur le podium du « FDG » eux aussi, pas vous ?

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  • De mon premier, j’ai une paire qui m’est très précieuse,
    Mon second est le petit d’un ruminant domestique,
    Mon troisième n’est pas en conserve,
    Mon quatrième est très utile pour rechercher du pétrole,
    Et mon cinquième est le symbole mathématique de la Factorielle.
    Mon tout constitue ma première réaction à cet article…

    Ça fait plaisir de lire, par un beau dimanche matin, un peu de bon sens et d’esprit critique, mélangés en proportions stœchiométriques (vous savez, celles qui rendent explosif le mélange).
    Avec une mention spéciale de la part d’un humble soldat de « l’armée d’ingénieurs qui ont donné tout ce qu’ils pouvaient depuis plus de cent ans » pour révolutionner ou simplement améliorer les aéronefs.
    Je trouve Frédéric sympa – ou bon citoyen – ou simplement contribuable résigné, il n’a pas cité les spécimens français de ces pompes à fric. Nous en hébergeons pourtant une belle collection, qui drainent la grande majorité des crédits nationaux pour faire progresser l’aéronautique. « Crédits » est d’ailleurs le mot qui va bien, car l’état qui les donne, n’en a pas le premier sou, et doit les emprunter…
    Je vois avec satisfaction que le dirigeable est cité; il mériterait un article à lui tout seul, mais cela vient d’être fait par des journalistes à scandales.
    Je lis aussi avec plaisir le commentaire de Frédéric sur les ekranoplanes. Pourtant je ne crois pas lui avoir transmis le simple tableau excel qui explique en termes d’étudiant en première année, pourquoi c’est un concept idiot quant à économiser de l’énergie.
    En un mot, l’effet de surface économise 20% sur la trainée induite de l’avion, qui elle-même représente 10 ou 20% de la puissance de propulsion, soit un gain de 2 à 4%. Alors que monter à 30.000 pieds divise par 3 cette puissance totale de propulsion… ils sont bêtes ces anciens qui pressurisent les avions !
    L’ekranoplane, l’archétype de la pompe à fric, avec son côté mythique venu de l’URSS (à l’époque où les radars ne détectaient pas les envahisseurs volant au ras de la surface).
    Bref, un grand merci Frédéric ! A ta disposition pour contribuer à ta chasse; bien que je préfère contribuer à l’armée des miséreux qui travaillent pour l’avenir – avec peu de fric.

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  • Il me semble que le projet BOOM mérite d’être sur le podium !

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  • … et de grâce, ne nous dites pas qu’Allemagne et Pologne en ont déjà commandé 30 😜

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  • par Jean-Paul Troadec

    On pourrait aussi parler de Flying Whales

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