
À partir du 2 juillet 2026, Ethiopian Airlines inaugure une nouvelle liaison long-courrier Lyon – Addis-Abeba. Dès la deuxième phrase du communiqué de presse diffusé par Vinci Airports qui est à la manœuvre à Lyon-Saint Exupéry, il est précisé qu’« Au-delà de la destination directe Ethiopienne, cette nouvelle ligne vers ce hub majeur renforce l’accessibilité vers l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient. » On se doute bien que les Lyonnais et les habitants de la grande région Auvergne-Rhône-Alpes ne se sont pas pris d’une envie soudaine de partir à la découverte d’Addis-Abeba et de l’Éthiopie. Encore moins, au point de remplir trois Boeing 787 par semaine. Cette nouvelle ligne connecte l’aéroport lyonnais au réseau mondial d’Ethiopian Airlines, via sa plate-forme de correspondances en pleine croissance.
La première grande compagnie extra-européenne à avoir connecté durablement Lyon à son hub est Emirates. C’était en 2012. Lyon a même été la deuxième escale de la compagnie de Dubaï à bénéficier quotidiennement des quatre classes du nouvel A350-900. Qatar Airways est arrivé plus récemment, en juin 2023, avec un Boeing 787 Dreamliner. L’expérience a été de courte durée.
Pendant longtemps, la capitale des Gaules, quand son aéroport s’appelait encore Satolas, rêvait de l’Amérique. Malgré plusieurs tentatives avec plusieurs majors américaines, aucune ligne transatlantique n’a duré. Aucune ? Pas tout à fait, puisqu’Air Canada qui est concurrence avec Air Transat sur Lyon-Montréal, se présente aujourd’hui comme une ouverture sur les grandes métropoles étatsuniennes.
Lyon n’est évidemment pas le seul aéroport régional français dont le trafic en correspondance est détourné à leur profits par les compagnies du Golfe et les transporteurs canadiens. Nice avec sa clientèle haut de gamme est gâtée en termes d’offres long-courrier. La porte d’entrée de la Côte d’Azur attire, non seulement les compagnies du Golfe, mais aussi les compagnies nord-américaines.
Les régions offrant un potentiel ne justifiant pas le déploiement de gros porteurs ne sont pas laissées pour compte pour autant. Bâle-Mulhouse est ainsi connecté au hub d’Emirates à Dubaï par FlyDubai. L’Euroairport, comme la plupart des principaux aéroports régionaux, est également connecté à l’impressionnante plate-forme de correspondances de Turkish Airlines.
En d’autres temps, quand un Lyonnais, un Niçois, un Toulousain, … voulait se rendre à l’autre bout du monde, il ne se posait pas de question. Il passait par Paris pour prendre un vol long-courrier d’Air France après avoir jeté un œil à l’offre de Lufthansa et de British Airways.
A l’époque, les majors européennes détournaient une partie du trafic en correspondance français vers leur hub. C’était de bonne guerre commerciale et la concurrence était à armes égales. Aujourd’hui, le siphonnage des clients à haute contribution opéré par les compagnies du Golfe se fait en coupe réglée. Beaucoup préfèrent voyager d’un bout à l’autre en A380, 777, A350 ou 787 plutôt qu’en A320 voire en A220. Et souvent pour moins cher…
Et cela risque de durer. Comme l’a rappelé Cédric Renard, le directeur France d’Emirates, lors d’une rencontre organisée par l’AJPAE (Association des journalistes professionnels de l’aéronautique et de l’espace), Emirates attend la livraison de 372 gros porteurs. 210 pour Qatar Airways. Depuis 2026, Ethiopian a commandé 9 Boeing 787 supplémentaires et a lancé la construction du plus grand aéroport d’Afrique à Addis-Abeba.