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Rolls-Royce suspend le développement de son moteur UltraFan

Le troisième motoriste aéronautique mondial vient d'annoncer le gel progressif du développement de son moteur Ultra-Fan qui devait constituer la prochaine évolution, haut de gamme, du programme Trent. L'avenir du transport aérien ne passe plus par les très gros porteurs.

12.01.2021

Virage stratégique de Rolls-Royce qui gèle son programme UltrFan pour se concentrer sur l'aviation décarbonée. © Rolls-Royce

L’UltraFan est un turbofan à engrenages qui utilise de nouveaux matériaux et un système de soufflante à pas variable offrant un gain de rendement énergétique « jusqu’à 25 % » par rapport au moteur Trent de première génération de la société (lancé en 1988 et qui équipe les A330, Boeing 777 et 787), et 10% par rapport au TrentXWB de l’A350.

500 M£ ont déjà été investis pour l’UltraFan qui devait entrer en service en 2025. Mais en absence de nouveaux programmes d’avions, la prolongation de ce développement perd sa justification.

Dans une interview accordé au Financial Times (4 janvier 2021), Warren East, le PDG (CEO) de Rolls-Royce, annonce que les essais sol seront conduits en 2021 jusqu’à une phase qui permettra de tout geler en 2022.

Le moteur UltraFan de Rolls-Royce vers les sommets

Cette mesure s’intègre dans ce que les observateurs décrivent comme une lutte pour la survie du motoriste et fait suite à une longue suite d’économies. En 2020, Rolls-Royce a supprimé des milliers d’emplois. L’action du motoriste britannique a perdu plus de 50% de leurs valeurs, passant de 232 pence il y a un an à 108 pence aujourd’hui, avec un bas à 42 p en octobre 2020. En comparaison, sur la même période, le cours de l’action de Safran est passée de 136 € à 115€, avec un bas à 53 € en mars 2020.

Pour Warren East, le redémarrage du transport aérien passe par les vols courts et moyens courriers et ce segment ne devrait pas récupérer le niveau de 2019 avant l’exercice 2024-2025. Il annonce en conséquence une nouvelle orientation vers la propulsion des moyens courriers et un accent accru sur les énergies vertes, y compris les carburants « durables » sans toutefois donner de détails. En parallèle, le groupe RR va accroitre ses efforts sur les motorisations des trains et bateaux à faible empreinte environnementale.

En soutien à l’industrie aéronautique britannique, le gouvernement de Londres a lancé une large initiative FlyZero visant à positionner la Grande-Bretagne en leader mondial de l’aviation décarbonée d’ici 2050. Un premier objectif vise à faire voler un avion premier avion de transport régional zéro émission d’ici 2030. Rolls Royce est au cœur de ce projet qui implique la totalité de l’industrie aéronautique du Royaume Uni.

Gilles Rosenberger

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A propos de Gilles Rosenberger

chez Aerobuzz.fr
Gilles Rosenberger se définit comme ingénieur (Socata, Aircelle, Safran, GECI-Skylander, Thales, Airbus-Voltair), pilote (aile delta, planeur et avion monomoteur) et entrepreneur. Il a découvert la propulsion électrique avec son implication dans le projet eFAN d'Airbus. En 2018, avec 5 autres spécialistes issus de Safran, Boeing, Valeo ou, comme lui, d'Airbus, il fonde Faraday Aerospace, une start up dédiée à la propulsion électrique et hybride pour aéronefs certifiés.

3 commentaires

  • mikeul

    « Gel progressif des tests de développement » alors que les principaux tests sont déjà lancés ( ailettes de fan , compresseur HP, chambre de combustion, par exemple) signifie à mon sens simplement que RR adapte son calendrier de développement post BREXIT aux demandes des avionneurs après avoir largement bénéficié des financements européens à savoir sur long range la remotorisation de l’A350 qui viendrait concurrencer un éventuel succès du 777X ( EIS reculé à 2022 voir 2023). On peut faire confiance à RR pour « ré-accélérer » lorsque cela sera nécessaire. Du coté de la concurrence direct ( GE, PW )il n’y a pas de développements spectaculaires annoncés publiquement donc il est normal de ralentir en cette période où le marché MRO ne remplit pas les caisses comme prévu : business as usual

  • bdd13
    bdd13

    Pendant les dix dernières années, je me suis toujours dit que l’ensemble de la filière aéronautique était présomptueuse en annonçant des chiffres de transport, d’avions et de pilotes démesurés, comme s’ils appliquaient la croissance à l’infini comme axiome (certainement le martèlement des économistes peu ouverts).
    Il aura fallu un événement fortuit (Covid) pour rebattre les cartes, et prendre conscience d’un certain nombre de choses. Retrouver les niveaux « d’avant » est encore une vue d’esprits bornés. Les contraintes du futur, à défaut de l’avoir préparé correctement, en feront déchanter plus d’un. Les efforts technologiques, sociologiques, et surtout de notre cerveau pour nous adapter, seront drastiques.

    • totoro

      belle méthode Coué, j’en ai une autre : vous allez être écœuré par la reprise post Covid, tout le monde ronge son frein, tous ceux que je connaissent de près ou de loin qui comptaient prendre l’avion comptent… les jours .
      ça ne va pas être « business as usual » ça va littéralement exploser tous les scores, et la seule chose qui pourrait à nouveau enrayer la machine est un nouveau virus ou un variant resistant au vaccin

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