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La Russie et la Chine s’associent pour développer le moteur du C929
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Après s'être rapprochés pour le développement du C929, futur concurrent de l'A350 et du Boeing 787, la Russie et la Chine viennent de signer un accord de coopération pour le développement d'un moteur qui devrait équiper le bicouloir long courrier sino-russe. Les deux pays s'intéressent désormais à un autre secteur de l'industrie aéronautique pour obtenir leur "indépendance technologique" et envisagent également un hélicoptère commun.

Le C929 devrait faire son premier vol en 2023 et le moteur ne devrait être certifié qu'en 2027. © COMAC

Après le gros-porteur pour concurrencer Airbus et Boeing, un moteur pour concurrencer CFM, Rolls-Royce et Pratt & Whitney? La Chine et la Russie, qui étaient déjà liés par l’aéronautique militaire, développent encore leurs relations, cette fois dans le civil. L’objectif clairement affiché par les autorités chinoises et russes est de ne plus dépendre de la technologie des pays occidentaux.

Le C929 pour concurrencer Airbus et Boeing

Le constructeur chinois Comac (Commercial Aircraft Corporation of China) et le consortium russe UAC (United Aircraft Corporation, qui regroupe les industries de l’aéronautique russe) avaient annoncé en 2016, lors de l’Aviation Expo China, leur rapprochement pour le développement d’un nouveau bicouloir long courrier. Les deux entités se sont ainsi regroupées pour former la CRAIC (China-Russia Commercial Aircraft International Co., Ltd, basé à Shanghai) dans l’objectif d’aboutir au lancement du C929. Sur un créneau occupé par Airbus et Boeing, le C929 se présente comme un futur concurrent sérieux, qui devrait entrer en service en 2025.

Après le C929, un nouvel accord fait se rapprocher la Russie et la Chine pour le moteur du long-courrier © COMAC

Encore en 2016, Pékin avait souhaité le rapprochement des entreprises chinoises spécialisées dans la motorisation, dont le géant Avic. Une quarantaine d’entreprises se sont alors regroupées dans le but de rattraper le retard de la Chine en matière de motorisation pour l’aérien.

Concurrencer les motoristes occidentaux

Poursuivant dans la voie de la coopération industrielle engagée dans le milieu civil avec le C929, lors de l’Aviation Expo China 2017 qui vient de se tenir à Pékin, UEC (United Engine Corporation, membre de Rostec) et le motoriste chinois AECC CAE (Aero-Engine Corp of China, Commercial Aircraft Engine) ont signé un accord de coopération pour le développement conjoint d’un moteur, destiné au programme LRWBA/C929 (long range wide-body aircraft). Se rapprocher de l’UEC représente, pour l’industrie aéronautique chinoise en matière de moteurs, un saut technologique.

L’accord prévoit une recherche conjointe pour la définition d’un cahier des charges qui déterminera l’aspect du moteur et ses paramètres techniques. Les premiers tests sont espérés en 2022 pour une certification en 2027. Pour Rostec, ce partenariat s’inscrit dans la droite ligne de ses objectifs : augmenter la part de produits civils, y compris les éléments de haute technologie et les moteurs, pour atteindre 50% en 2025. L’objectif est également de retrouver une indépendance technologique.

Réduire dépendance technologique

C’est justement cette dépendance aux motoristes occidentaux qui pose problème : Russie et Chine travaillent chacun actuellement sur un avion : le MC-21 et le C919, tous les deux moyen-courrier et mono-couloir qui sont respectivement motorisés par l’américain Pratt & Whitney et le franco-américain CFM. Pour les deux appareils, les équipementiers européens ont été sollicités. Zodiac Aerospace, par exemple, fournit pour le MC-21 cinq systèmes principaux « Système carburant (circulation et jaugeage), système d’inertage, système oxygène équipage, distribution électrique primaire et intérieurs de cabine (sièges passagers et équipages, système de gestion de l’eau et des déchets, aménagement de la cabine et du cockpit, éclairages, oxygène passagers et bloc service passagers). Zodiac Aerospace est aussi le fournisseur de différents équipements comme les toboggans d’évacuation, le système de commande de la cabine et les essuie-glaces). » Source : site Internet Zodiac Aerospace… et plusieurs pour le C919 « toboggans d’évacuation, système oxygène passagers, sièges pilotes et équipage, système de gestion de l’eau et des déchets (water&waste), galleys (cuisines), lavatories (toilettes) et la porte blindée du cockpit. » Source : site Internet Zodiac Aerospace.

C’est cette « dépendance technologique » vis à vis de l’occident et des questions de compétitivité qui ont poussé les deux nations à se rapprocher. Pourtant, on annonce le C929 pour 2025 et la certification du moteur est espérée pour 2027, deux ans pendant lesquels il faudra bien trouver un moteur au C929.

De son côté, le russe UEC travaillait déjà sur un moteur équivalent, le PD-35, ainsi que sur le PD-14, destiné au MC-21-300, motorisé pour l’instant par Pratt & Whitney. Le PD-14, actuellement en développement, devrait être d’ailleurs décliné en plusieurs versions, allant d’une puissance de 9 à 18 tonnes de poussée.

Le PD-14, ici en test en 2015 sur un IL-76-LL, dans une version modifiée, devrait équiper le futur hélicoptère AHL sino-russe © UEC-Aviadvigatel

Hélicoptère sino-russe

Le rapprochement entre Russie et Chine est bien engagé et ne va pas s’arrêter de sitôt. UEC a également laissé entendre qu’il travaille actuellement à développer le moteur, basé sur le PD-14, qui équipera le futur hélicoptère AHL (Advanced Heavy Lift) imaginé sur la base du Mi-26 et lui aussi mené en coopération avec la Chine,notamment avec Aviation Industry Corporation of China (AVIC). Le projet de rapprochement, en cours depuis 2015, devrait aboutir sous peu. Le protocole d’accord sur le sujet « à l’état de brouillon« , devrait être signé avant la fin de l’année, comme l’espère Victor Kladov, directeur de la coopération internationale chez Rostec.

Fabrice Morlon

A propos de Fabrice Morlon

Après des études de lettres, Fabrice Morlon s’oriente vers le journalisme. Il a fondé en 2013, Airia Editions, agence d’éditions spécialisée dans l’aéronautique. Pilote privé, il a rejoint la rédaction d’Aerobuzz, début 2013. Fabrice Morlon a, principalement, en charge l’aviation légère, l’avionique et les équipements.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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