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Confinement prolongé pour le transport aérien

Le maintien de la plupart des frontières fermées et les mesures de quarantaine imposées sans préavis n’incitent pas le public à prendre l’avion. En juillet 2020, le transport aérien est en retrait de près de 80% par rapport à juillet 2019. A l’international, le recul est de près de 92%. Les compagnies aériennes continuent de bruler leur trésorerie.

3.09.2020

À l’exception de quelques marchés intérieurs, les résultats du trafic aérien diffusés par l'IATA, ne montrent pas de signe de reprise rapide du transport aérien mondial. © Aéroport de Munich

L’Association du transport aérien international (IATA) n’hésite pas à qualifier de « médiocre » la reprise du trafic aérien en juillet 2020, c’est-à-dire au cœur de ce qui devrait être la haute saison. La demande du secteur passagers (mesurée en kilomètres-passagers payants, ou RPK) s’est maintenue à « un niveau dangereusement bas en juillet », à 79,8 % sous le niveau de 2019.

En juillet 2020, la capacité a chuté de 79,2 % et le coefficient d’occupation des sièges a perdu 33,8 points pour s’établir à 55,1 %.

Maigre consolation : ce résultat était toutefois meilleur que le déclin de 86,6 % en glissement annuel enregistré en juin, principalement à cause des marchés intérieurs, notamment la Russie et la Chine .

La réouverture du marché dans l’espace Schengen a contribué à stimuler la demande internationale en Europe, mais d’autres marchés internationaux ont peu évolué depuis juin. Les transporteurs d’Europe ont enregistré une baisse de la demande de 87,1 % par rapport à 2019, soit une amélioration comparativement au déclin de 96,7 % observé en juin 2020, en glissement annuel, ce qui reflète l’assouplissement des restrictions de voyage dans l’espace Schengen.

« Ce qui tue l’aviation est le fait que les gouvernements ne gèrent pas les risques associés à la réouverture des frontières. À la place, ils maintiennent la mobilité mondiale en état de confinement. » IATA

Pour l’IATA, « les politiques gouvernementales telles que la fermeture des frontières, les restrictions de voyage et les mesures de quarantaine continuent d’éliminer la demande de voyages aériens. » L’association presse les gouvernements de diriger leur attention sur la réouverture des frontières, le maintien des mesures d’aide et la concertation mondiale. Elle estime que les protocoles mis en place dans les avions et aux aéroports sont suffisamment efficaces pour garantir un bon niveau de sécurité sanitaire et donc rouvrir les frontières.

« L’aide gouvernementale a constitué une bouée de sauvetage essentielle. Mais l’aide offerte s’épuise rapidement. » IATA

Concernant les aides, l’IATA encourage les gouvernements à s’orienter vers des aides financières et un assouplissement réglementaire. « Avec des pertes financières de 84,3 milliards de dollars pour l’industrie en 2020, une réduction des recettes de 50 % et des coûts fixes élevés pour les aéronefs et la main-d’oeuvre, la viabilité financière de plusieurs compagnies aériennes est menacée. Il sera essentiel que des mesures gouvernementales viennent fournir des coussins financiers supplémentaires pour éviter les faillites, et ces mesures ne doivent pas augmenter les niveaux d’endettement déjà énormes ».

L’assouplissement réglementaire souhaité concerne les créneaux horaires. L’IATA demande que la règle dite « on s’en sert ou on le perd » demeure suspendue. « La grave incertitude qui pèse sur le marché fait en sorte que les compagnies aériennes ont besoin de flexibilité pour ajuster leurs horaires selon la demande, sans subir la menace d’une sanction pour non-utilisation des créneaux attribués. Les compagnies aériennes ne peuvent se permettre de faire voler des avions vides lorsque la demande chute. De même, elles ne peuvent se passer des revenus lorsque les possibilités se présentent. »

« Pour réussir à sortir de cette crise, il faut une gestion de risque judicieuse et des mesures efficaces. » IATA

Plusieurs gouvernements, dont ceux de la Chine, du Brésil, du Mexique, de Singapour, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ont accordé des exemptions pour la saison d’hiver 2020 (octobre 2020 à mars 2021), reconnaissant les graves contraintes en matière de planification des horaires en cette période de profond bouleversement. « Malheureusement, la Commission européenne (CE), dont plusieurs espèrent un leadership en matière de politiques de transport aérien, sous-estime la gravité de la crise et se traîne les pieds ». La Commission européenne table sur un rétablissement de l’ordre de 75 à 85% du trafic par rapport à février 2020 pour la saison hiver qui arrive. Les compagnies aériennes la trouvent très optimiste.

L’IATA reproche aux gouvernements de ne « pas coopérer » pour faire en sorte que le redémarrage se réalise effectivement. C’est ce qui explique que 90 % des vols internationaux sont interrompus. «  Lorsque les frontières seront ouvertes sans mesures de quarantaine, les gens prendront l’avion. Mais il y a beaucoup trop d’incertitude sur la façon dont les gouvernements gèrent la situation pour que les passagers reprennent la confiance nécessaire aux voyages. »

Gil Roy

 

 

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

5 commentaires

  • fildru

    On pourrait essayer la théorie du skytrain, des étapes d’environs +- 700 km linéaires comme un Madrid Paris Berlin Varsovie ou un Edinburgh Paris Rome Athènes, un Brest Strasbourg Munich Heraklion… Etc, ça occuperait économiquement les compagnies? Faut tenter l’aventure, le commerce continue.

  • kaderos

    Je pense qu’il ne restera que 8 à 10 compagnies aériennes sous l’effet de toutes ces données.Une étude a montré qu’il y a 3000 avions à mettre à la casse .De toute manière la faillite de Boeing et de Airbus ne fait aucun doute .Espérons que les compagnies rescapées (je vois Lufthansa+Air France+American+Emirates…) ne feront pas dans le monopole en nous sortant des billets d’avion à 1000 Euros.De toute manière le retour du tourisme de masse à son niveau de 2019 n’aura pas lieu avant 20 à 30 ans.

  • ROUVIERE

    Je reste optimiste dans mon pessimisme, cher Gérard, mais néanmoins, la situation de ce secteur, ressemble à Fort Alamo, à la bataille des Thermopyles, ou à celle de Camerone. Il y aura des survivants, mais au prix de pertes élevées, et pour s’en convaincre, il suffit de scruter le ciel… . Les chiffres économiques de l’article, et les déclarations de l’IATA, sont édifiants !. Cette situation ne peut durer plus longtemps, sous peine d’exploser, et ce ne sont pas nos khmers verts teintés de rouge, qui vont jouer les démineurs ( https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/rennes-defile-de-cyclistes-nus-une-demande-officielle-deposee-en-prefecture-6960928 ).

  • ROUVIERE

    Dire qu’il y a une amélioration de la demande, en passant de -96% à -87%, me paraît discutable…. de -96 à +87, là oui, c’est de l’amélioration !.
    Je crains que l’on assiste, dans les mois à venir, à un véritable ball-trap, concernant les compagnies aériennes.

    • Bonjour,
      Dans l’absolu vous avez raison!
      Mais de grâce, au milieu de toutes les informations qui ne donnent que du pessimisme et de la morosité, ne regardons pas le verre vide mais plutôt le fond qu’il reste et qui est aussi bon!
      Il y a une diminution de la baisse , ce qui pour les optimistes est une légère hausse dans le bon sens.
      Évidemment les comptables préfèrent votre formule.
      Gardons espoir pour défendre malgré tout le milieu aéronautique attaqué de partout: coronavirus, kmers verts…….

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