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Ultime campagne de recherche des débris du moteur de l’A380 d’Air France au Groenland

En mai 2019, une nouvelle campagne de recherche des débris du moteur de l’A380 d’Air France se déroule sur la pointe sud du Groenland. 19 mois après l'accident en vol dont a été victime le gros porteur, au-delà de la récupération d’une pièce à conviction, ce sont les techniques de recherche qu’expérimentent le BEA et l’AIB, son homologue danois, qui intéressent la communauté scientifique

12.05.2019

Pour les enquêteurs sur le terrain, le glacier où ont été dispersés les débris du moteur de l'A380 d'AIr France, est particulièrement hostile, tant par les températures, parfois extrêmement basses, que par la présence de crevasses et par son isolement. © BEA

Finalement, les seuls éléments du moteur N°4 de l’A380 F-HPJE d’Air France récupérés par les enquêteurs l’ont été dans les jours qui ont suivi l’avarie du moteur, le 30 septembre 2017, à la verticale de la pointe sud du Groenland. Le glacier a englouti toutes traces et il n’est pas prêt de les ramener à la surface, contrairement au glacier des Bossons, qui chaque été, depuis le début des années 50, exhume des reliques du Lockheed Constellation Malabar Princess d’Air India. « Cette zone, dite d’accumulation, ne subit pas suffisamment de fonte de neige en été pour que les pièces puissent réapparaître à la surface. », précise le BEA dans son rapport d’activité 2018.

Les seuls débris du moteur de l’A380 d’Air France ont été récupérés, immédiatement après l’accident, lors de la première journée de recherche. © BEA

Pour les enquêteurs français, il était néanmoins primordial de retrouver le moyeu en titane de la soufflante du moteur (fan hub). Des moyens de détection de pièces sous la neige ou sous la glace ont alors été mobilisés afin de tenter de retrouver le fan hub ou les fragments de celui-ci, le tout dans des conditions singulièrement exigeantes. « L’environnement y est particulièrement hostile, tant par les températures, parfois extrêmement basses, que par la présence de crevasses et par son isolement. »

Pour la première fois, l’ONERA a mis en oeuvre un radar de type SAR (synthetic aperture radar, ou radar à synthèse d’ouverture) avionné sous l’aile sur un Falcon 20 de l’AvDEF (Aviation Defense Service). © BEA

Une nouvelle campagne de recherche a été menée au printemps 2018. Le BEA a fait appel à l’ONERA qui a mis en œuvre un système expérimental qui n’avait encore jamais été utilisé dans des conditions similaires. « Il s’agissait de tenter de détecter et de localiser les débris sous la surface, à l’aide d’un radar de type SAR (synthetic aperture radar, ou radar à synthèse d’ouverture) avionné sous l’aile sur un Falcon 20 de la société privée française AvDEF (Aviation Defense Service) ; 3 campagnes de survol de la zone ont été réalisées pour un total de 3 semaines sur place. », précise le BEA. Dans un second temps, une campagne de recherche au sol a été menée pendant 4 semaines par une équipe de scientifiques de GEUS  (Institut de Géophysique du Danemark et du Groenland).

« Ces deux campagnes se sont succédées en avril et en mai 2018. À l’issue de la campagne aérienne, quelques cibles ont été identifiées, et leurs coordonnées ont été transmises à l’équipe de GEUS pour les recherches au sol. Au cours de celles-ci, il s’est avéré que ces cibles étaient de « faux positifs » : il s’agissait majoritairement de « lentilles de glace » (poches d’eau de fonte re-solidifiées sous la surface). », résume le BEA.

Les recherches n’ont finalement pas permis de retrouver le ou les fragments du fan hub. « Elles feront cependant l’objet d’un rapport dédié qui sera publié sur le site du BEA. Il a été jugé en effet que la recherche de débris en titane sous la neige, en déployant des technologies de pointe dans un environnement particulièrement exigeant, représente un challenge dont les enseignements doivent être partagés. »

À la suite de ces campagnes, l’ONERA a poursuivi un post-traitement des données qu’il avait acquises. Parallèlement, de nouveaux moyens de détection ont été envisagés : en particulier, le groupe d’hydrogéologie de l’Université de Aarhus (Danemark) a développé un détecteur électromagnétique dédié à la détection de pièces en titane. Cela a permis de préparer une Phase III : celle-ci a été lancée officiellement début février 2019. Elle consistera en une ultime campagne de recherche de 4 semaines supplémentaires sur le site dans les jours à venir et est cofinancée par le BEA et l’AIB son homologue danois.

Gil Roy

 

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

17 commentaires

  • Luck

    Environnement y est particulièrement hostile, Températures, Crevasses et par son Isolement.
    Système de recherche donnant trop de « faux positifs »… Ben c’est pas gagné
    C’est comme cherché une aiguille, oups un moyeu en titane dans une motte, oups une immense calotte glaciaire

  • Pilotaillon, adepte de philosophie aérienne

    Certains on (peut-être) perdu un moteur, d’autres le sens de l’humour, d’autres encore le sens critique pour croire au premier fake qui passe : aurions-nous perdu la boussole ?
    Ca devient trop sérieux au bar de l’escadrille, je change de trottoir, je vais en face à la bibliothèque me refaire une cure de l’épopée de l’aéropostale ou de Manches et Manettes de Chabbert.
    Il y a des machines, des mécanos, de vrais pilotes, avec les turbulences et les cumulus qui vont avec. Pas les chemtrails.
    Au fond, on a rêvé un jour de voler et désormais c’est une activité de masse. On va rêver d’avion décarbonés et ce sera de toutes les manières possible demain.
    Simple non ?
    En tous ça pourrait l’être si tous les « esprits noirs » ne volaient pas en escadrille (espadrilles ?).
    Chiche !

  • fildru

    Vol interrompu : accident
    Vol poursuivi : incident
    Force et chance furent avec eux !

  • mcr59

    Deuxième ou troisième moteur sur A380 avec un problème ?
    Heureusement que chaque appareil en a 3 autres

  • Jean Sarfati

    Un moteur perdu mais… En restait 3. Donc passagers toujours vivants !
    Donc A380 avion le plus sûr du monde (avec son énorme gabarit anti-rabattant à l’atterrissage).
    Donc on… L’abandonne pour des bétaillères ! Bon, je prendrais le bateau.

  • Didier

    Ah, si seulement cette banquise se décidait à fondre comme le GIEC le lui demande avec insistance depuis si longtemps ! 😉

    • Giec

      Didier, lisez les rapports du giec, et de tous les scientifiques, et cherchez dans la mesure du possible à les comprendre.

      Ca vous évitera peut-être de dire des bêtises

      • stanloc

        Visiblement le GIEC, lui, ne comprend pas l’humour au second degré et il ne voit pas clair : le point d’exclamation et le smiley

      • Didier

        Oui Giec, lâchez un peu de GES, ça vous détendra 🙂

      • HG

        Qui êtes vous pour juger le post de Didier? Ne pas être d’accord avec le politiquement correct ne veut pas dire que l’on dit des bêtises…..C’est plutôt souvent le contraire!

  • Chabeney36

    Apparement un A.380 à perdu un moteur…..il y a 19 mois ce n’a pas fait les titre dans la presse, toujours aussi independante. . . . .

    • Jean-Mi

      Avant d’attaquer de manière aussi bête sur ce site, il faut avoir la mémoire plus longue que le dernier tweet à Donald…
      Voir ici : https://www.aerobuzz.fr/breves-transport-aerien/atterrissage-durgence-a380-dair-france-a-goose-bay/ et articles dérivés ensuite.
      A l’époque le sujet avec fait les gros titres et les ouvertures des journaux télé. Sauf que comme il n’y a pas eu de mort et que en fait il n’y avait rien à en dire, ben ca n’a pas duré longtemps.
      Comme cette casse n’est arrivée qu’une fois (détachement du fan complet, pas du moteur, d’ailleurs), il y a lieu de penser que c’était un problème isolé ou réellement accidentel et non lié directement à la conception.
      Et ces sujets là ennuient profondément la ménagère de moins de 50 ans.
      Par contre, dans les bureau d’études, on continue de vouloir comprendre ce qu’il s’est passé, pour en tirer un enseignement. Et ça fera pas les gros titres non plus.

  • Jorge Cruz

    Monsieur Roy,
    à propos du moteur de l’ A380 d’AirFrance il faudrait envisager la possibilité que par malchance soit-il tombé sur un cailloux et se soit desintegré voir complètement volatilisé. Et ce serait d’accord avec les nouvelles lois de la physique moderne entrées en vigueur le 11 septembre 2001.

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