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Les pilotes du Cal Fire en surchauffe sur les feux de forêt de Californie
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En Californie, les moyens aériens déployés pour combattre les gigantesques feux de forêt sont impressionnants. Les DC-10, BAe 146, MD-87 et B747-400 Supertanker sont appelés en renfort. Mais le mot clé est l’attaque initiale. C’est le travail des Grumman Tracker associés aux OV-10 Bronco. Témoignage d’un pilote français de Tracker de la base de Santa Rosa, en Californie.

13.11.2018

Les moyens de première intervention en Californie, ce sont les Tracker du Cal Fire, moins médiatiques que les autres avions de lutte anti-incendies, mais toujours décisifs. Le pilote français Jérôme Laval explique son quotidien sur les grands feux de Californie. © T. Hays.

La stratégie globale d’intervention contre les feux aux USA repose sur l’Initial Attack. En Californie, ce sont les Grumman Tracker qui en sont chargés. En effet, cet État a la particularité d’être le seul à s’être doté d’une flotte spécialisée. Les 23 Grumman turbinisés, capables d’emporter 4.200 litres de retardant et mis en service au début des années 2000, sont répartis par paire sur une dizaine de bases situées au plus proche des zones à risque.

La coordination des Tracker assurée par un Bronco

Lorsqu’un départ de feu est repéré, les avions décollent sur alerte, accompagnés d’un OV-10 Bronco chargé de l’observation et surtout de la coordination des moyens d’intervention terrestres et aériens. En un ou deux largages, le feu est arrêté et éteint.

Les pilotes du Cal Fire sont saisonniers. Ils débutent leur période d’activité début juin et la terminent lorsque les risques d’incendies diminuent ou avec l’arrivée des premières grosses pluies. Le pilote français Jérôme Laval est l’un d’entre eux, affecté au Tanker 85 de la base de Santa Rosa : « C’était un travail saisonnier, c’est devenu un travail à l’année. Il y a 23 ans, quand j’ai commencé dans le métier, la saison durait trois mois, mais maintenant, c’est six ou sept mois… voire l’année pour certains de mes collègues ! »

De retour à Paris depuis une dizaine de jours, après 5 mois à survoler la Californie où il a effectué un peu plus de 200 heures de vol et 400 largages, il s’apprête à repartir parce que la situation l’exige. « Notre rythme de travail est épuisant, six jours opérationnels pour un seul jour de repos. Quand les saisons faisaient trois mois, c’était supportable, mais sur les longues périodes actuelles, c’est un système qui est devenu archaïque et que nous essayons de faire évoluer. »

Pénurie de pilotes de bombardiers d’eau

La situation est effectivement compliquée car dans cette période où les compagnies aériennes embauchent à tour de bras, les pilotes « aventuriers » prêt à se lancer dans un métier difficile sont moins nombreux. « Un pilote de Tanker ne se forme pas en un clin d’œil. Il n’y a pas de simulateurs de vol pour ça. Il faut deux ans avec un instructeur et nous avons parfois des échecs ».

Le Cal Fire publie régulièrement les cartes des zones à fort risque incendiaire. Voici celle du 12 novembre 2018. L’ensemble de l’État reste menacé par la sécheresse et les vents. © Cal Fire

Aujourd’hui, le Cal Fire manque de pilote, les vétérans expérimentés comme Jérôme, sont donc surexploités. « L’impact sur nos familles est de plus en plus lourd » déplore-t-il alors qu’il comptait profiter de trois mois de repos avant le début du printemps et la reprise des vols d’entraînement.

Cette saison, la sécheresse ne s’est pas atténuée et le début de saison a été marqué par le feu dit du « Mendocino Complex » qui a, entre juillet et août, dévoré plus de 200.000 ha dans les massifs du nord-ouest de Californie, un record mais au cours duquel un seul décès, un pompier, fut à déplorer. Le reste de la saison estivale fut intense mais moins dramatique.

Sur tous les fronts

Le Camp Fire, a éclaté le 8 novembre dernier dans les montagnes du nord-est de la Californie au-dessus de la ville de Chico où se trouve une des bases du Cal Fire. Avec 44.000 ha brûlés, il est loin d’être le feu le plus important de la saison, mais il a dévasté plusieurs villages, piégeant des dizaines de personnes et à l’heure où ces lignes sont écrites, le bilan officiel fait état de 34 morts, nouveau triste record, et une centaine de personnes disparues. Il est possible que les manquants soient sains et saufs et ne se sont simplement pas encore signalés aux autorités, mais le pire reste toujours possible.

Dans le sud du pays, le Woolsey Fire a également éclaté le 8 novembre dans les collines au-dessus de Malibu et a dévoré plus de 30.000 ha entraînant l’évacuation de plus de 250.000 personnes, dont de très nombreuses stars. Deux personnes ont perdu la vie dans le sinistre.

DC-10 et B747-400 Supertanker en renfort

Face à la situation, les moyens du étatiques du Cal Fire ne sont pas les seuls à être engagés. Pour épauler ses avions d’attaque initiale, l’État de Californie a signé des contrats avec des sociétés de travail aérien afin de pouvoir disposer de moyens lourds. C’est ainsi qu’un des DC-10 de la société 10 Tanker LLc opérant depuis Sacramento McClellan a été activé.

Le triréacteur possède la capacité d’embarquer 45.000 litres de retardant lui permettant d’établir les barrières longues et efficaces mais c’est un autre avion géant qui monopolise l’attention puisque le Boeing 747-400 Supertanker, dont la charge utile est de 75.000 litres, a été à son tour réactivé. Il est, ces derniers jours, intervenu sur les deux fronts, sa vitesse de croisière lui permettant de rejoindre la région de Los Angeles en une quarantaine de minutes au départ de sa base californienne de Sacramento.

C’est la deuxième saison effective du Boeing et les autorités se félicitent de l’action du quadriréacteur, qui est intervenu dans tous les secteurs de l’Etat, y compris dans le relief, avec une efficacité notable qui s’est surtout doublée d’un impact médiatique indéniable.

Les moyens aériens US peuvent être suivis sur les sites de trafic aérien en temps réel, les avions étant équipés de transpondeurs ADS-B mode S. Ici le DC-10 Tanker 912 et le Boeing 747 Tanker 944 opèrent sur le Camp Fire sous la supervision d’un OV-10 du Cal Fire le 10 novembre 2018. © Flightradar24

Une véritable armada au secours de la Californie

Ces moyens sont complétés par les moyens fédéraux de l’US Forest Service, constitué de deux autres DC-10 affectés au secteur sud de l’État depuis l’aérodrome de San Bernardino où se trouvent aussi les BAe 146 de Neptune Aviation (12.000 litres), de RJ-85 d’Aero Flite (12.000 litres également) et de MD-87 d’Erickson Aero Tanker (15.000 litres).

Mais tous les appareils ne sont pas disponibles, une partie de la flotte est déjà partie vers l’Australie où la saison vient de débuter. Ces avions travaillent au retardant et ils laissent les opérations d’attaque directe à l’eau aux Hélicoptères bombardiers d’eau du Cal Fire (des UH-1) mais aussi de l’US Forest Service dont les machines les plus volumineuses et les plus spectaculaires sont des AirCrane, des Chinook, des S-61 mais aussi des appareils plus légers.

Renforcer les moyens d’attaque initiale

Au total, l’US Forest Service peut activer jusqu’à 300 appareils, avions et hélicoptères confondus, les opérations actuelles en monopolisant à elles-seules plusieurs dizaines. Des CL-415 Canadair venus du Québec selon un contrat de renfort annuel, opèrent également dans la région de Los Angeles et ont été impliqués dans les opérations du moment. Mais la vitesse de développement des sinistres n’a pas permis d’empêcher le pire.

« Nous parvenons à bloquer 97% des départs de feux avant qu’ils n’atteignent 5 ha, mais les 3% qui restent déclenchent des catastrophes telles que même si on alignait des centaines d’avions, on n’arriverait pas à endiguer ces murs de flammes ; c’est pour cela qu’il faut renforcer les moyens d’attaque initiale, c’est le meilleur moyen, le plus simple et le moins onéreux pour limiter ces drames » conclut Jérôme.

Bien que moins médiatiques que les Tanker lourds, c’est bien sur les Tracker que l’essentiel de la défense de la Californie repose. Leurs interventions ne sont pas les plus spectaculaires, mais elles sont toujours décisives.

Frédéric Marsaly

A propos de Frédéric Marsaly

chez Aerobuzz.fr
Frédéric Marsaly, passionné par l'aviation et son histoire, a collaboré à de nombreux média, presse écrite, en ligne et même télévision. Il a également publié une douzaine d'ouvrages portant autant sur l'aviation militaire que civile. Frédéric Marsaly est aussi le cofondateur et le rédacteur en chef-adjoint du site L'Aérobibliothèque.

3 commentaires

  • Pagnon

    Bonjour,
    Juste par curiosité, et pour avoir volé comme passager dans l’oc10 Bronco, aussi bien en tandem derrière le pilote que dans la bulle arrière, j’aimerai savoir comment on fait pour combattre le feu avec cette machine? Est ce juste de l’observation?
    Merci pour vos lumières.
    Guy

    • Le rôle du Bronco au Cal Fire mériterait un article spécifique effectivement, on y travaille. En gros, en place arrière on trouve un pompier spécialement formé qui assure les communications avec tous les intervenants, les HBE, les avions du Cal Fire, ceux de l’USFS, les pompiers au sol… et les hélicos des news télé ! L’objectif : avoir une bonne coordination des moyens, assurer le suivi du développement du feu etc.

      L’engagement des Bronco est sytématique sur les feux relevant du Cal Fire. Cette mission se nomme « Air Attack » mais effectivement, l’avion n’intervient pas directement. Néanmoins, c’est un rôle vital, d’une importance extrême et d’une efficacité opérationnelle largement démontrée.

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