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Bruno Guimbal et le Varieze

Le père de l'hélicoptère Cabri G2 raconte ici comment il est en venu à construire son premier avion et comment avec ce Varieze dessiné par Burt Rutan, il a accumulé 1.200 heures de vol en Europe et autour des USA. Cet avion qu'il a construit dans le garage de ses parents lui a permis de faire des rencontres extraordinaires. La dernière en date avec Jean Barbaud, ici même.

30.09.2017

L’idée de construire un avion m’a pris l’été de mes 18 ans comme une étape sympa et que je croyais sans conséquences. Je pratiquais la construction depuis toujours : après divers engins à roues, j’avais adoré construire un catamaran et apprendre à m’en servir, alors pourquoi pas un avion ?… Je n’ai pas réfléchi.

Il ne me venait pas à l’idée de devenir pilote : je n’en avais jamais rencontré un seul dans ma vie (à part Tanguy et Laverdure), et n’étais même jamais monté dans un avion

Du Cri-Cri de Colomban au Varieze de Rutan

C’est d’abord le Cri-cri de Michel Colomban qui m’a tapé dans l’œil depuis une revue : joli comme un avion de BD, il tenait dans mon atelier, aménagé dans la cave de la maison familiale, et il passait par la porte étroite. Dès la rentrée j’ai tapé dans ma tirelire pour « monter à Paris » chez Michel Colomban, qui m’a très bien reçu, mais sans me cacher que c’était beaucoup plus compliqué que je ne le pensais. 39 ans plus tard, je me souviens encore de l’adresse exacte à Rueil-Malmaison, de l’atelier de Michel Colomban et de la qualité de son travail d’ingénieur et de constructeur. C’est dire que cette rencontre a été un moment fort pour moi.

Et peu après, j’ai eu beaucoup de chance : je suis allé traîner à l’aéroclub de Saint-Etienne, et un vieux pilier, après m’avoir offert spontanément mon baptême de l’air en Rallye 100 ch (beuh…pas séduit et un peu malade), m’a montré un article tout récent sur le Varieze de Burt Rutan dans Les cahiers du RSA. Je suis toujours reconnaissant pour ce vieux pilote de club, et depuis je m’efforce de toujours bien accueillir un jeune qui vient à la pêche sur un aérodrome ou dans un atelier.

18 mois de construction

Biplace, gueule d’enfer, vanté pour sa simplicité, tout en sandwich composite – comme mon cata, je suis tombé sur le Varieze sans plus réfléchir.

18 mois plus tard – à 18 ans, 18 mois c’est une longue histoire ! – je me trouvais à plat-ventre dans l’herbe le long de la piste de Bouthéon, caché par le gros boîtier du VASI (les contrôleurs ont accepté de ne pas me voir), en train de regarder les premiers levers de roues de « mon » Varieze. Je n’oublierai jamais ce moment et je dois dire que c’est là que je suis vraiment tombé amoureux de cet avion. Rien de rationnel là-dedans, évidemment – c’est de l’amour.

Première collaboration avec un pilote

Le pilote était Claude Monnier, un pilote de Mirage III de Longvic, instructeur sur Cap 10, qui avait accepté au premier contact de faire ce premier vol. Personne n’avait même vu voler un Varieze en France en 1980, et notamment pas moi. C’était ma première collaboration avec un pilote, et là aussi, je m’en souviendrai toujours avec le plus grand respect. Arrivé en DR 400 une heure avant, il m’a posé des questions pendant une heure en faisant le tour de l’avion remonté la veille, qu’il n’avait jamais vu. Puis il m’a demandé dans les yeux : « ça va, tu es prêt ? »  … J’ai adoré cette question et la confiance qu’elle révélait !

Il n’a fait « que » les premiers vols, puis a passé le flambeau à Jean-Marie Joubert, le jeune instructeur de Bouthéon, en lui disant que ça volait très bien, comme un avion « normal ».

La découverte du pilotage

Sans ressources fiables, j’avais dû fabriquer toutes les pièces mécaniques comme les roues, les commandes et le bâti moteur. Après avoir payé une VHF d’occasion, l’assurance et les 250 litres d’essence pour faire les 15 heures de vol réglementaires, je n’avais plus un sou et autant de dettes qu’un étudiant peut contracter.

Il m’a fallu six mois pour passer le brevet, y compris obtenir une dérogation de la DGAC pour faire de l’école sur mon avion, dont la place arrière n’avait qu’un manche à balai pour l’instructeur – ni palonniers, ni gaz, ni instruments. J’avais de bonnes raisons d’être persuasif : il me coûtait 18 l/h à 1 F/litre contre 110 F/h le Rallye 100 ch d’école (MS 880).

Je ne vais pas rentrer dans le détail des 1.200 heures de vol que j’ai faites ensuite avec ce merveilleux avion, dans toute l’Europe et autour des Etats-Unis, du sud de la Corse au Cercle Polaire, et de Miami à San Diego (en passant par Oshkosh). J’y ai passé toutes mes permissions de bidasse, puis l’essentiel de mes congés de salarié.

Un avion de voyage

J’ai voyagé à l’étranger en campant sous les ailes, fait des rudiments de voltige avec un vieil instructeur de Stampe – un as, voyagé à 3 (et même une fois à 4) avec mes premiers bébés, fait le GR 20 avec mon épouse au départ de l’aérodrome de Calvi, le Kietsbuhl au départ de St Johann-Tyrol, avec tout notre barda dans l’avion, et mille autres petites aventures.

Le Varieze est un avion qui pousse à voler, sans appréhension. Il n’y a pas moins vicieux. Chasseur redoutable pour jouer au dog-fight – comme le Rafale, c’est un canard – et croiseur stable et efficace en longue distance.

Ceci dit les meilleurs souvenirs sont parfois tout simples, entre Saint-Etienne et Chambéry ou pour se baigner à Fréjus.

Le Varieze a fait de moi un pilote enthousiaste, bien que voler ne soit pas mon activité préférée, et a fait de l’aviation mon métier, définitivement.

Une histoire de complicité

J’en ai gardé plusieurs points. D’abord, c’est un excellent avion, particulièrement sûr et permissif, extrêmement facile à piloter dans un peu toutes les conditions. Ressemblant à aucun autre, et en même temps très facile à prendre en main. J’ai « lâché dessus », si j’ose dire humblement, des vedettes comme deux commandants de la Patrouille de France et les pilotes d’essais Claude Lelaie, Denis Legrand et Christian Briand, excusez du peu, mais aussi de nombreux pilotes peu expérimentés qui ont trouvé ça facile.

Aidé par l’effet de nouveauté à l’époque, il m’a permis de rencontrer un grand nombre de gens de valeur très engagés à différents échelons de l’aviation : pilotes d’essais, professionnels, ingénieurs, compagnons, constructeurs amateurs (y compris deux astronautes constructeurs de Varieze/LongEze).

Ensuite, il m’a appris la complicité délicieuse qu’il peut y avoir entre un pilote et son aéronef. Je retrouve la même aujourd’hui en Cabri, et c’est une addiction.

C’est sûr, j’ai eu une grande chance de rencontrer cet avion. Mais il reste que le meilleur qu’il m’ait apporté, c’est ce que j’en ai partagé avec mon épouse, mes copilotes d’un jour, et les autres pilotes et constructeurs amateurs, plusieurs devenus amis pour la vie. Et ça, il suffit de jouer pour gagner…

Bruno Guimbal

© Dessin de Jean Barbaud / Animation de Martin Roy

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A propos de Bruno Guimbal

chez Aerobuzz.fr
Bruno Guimbal est un ingénieur passionné par les machines, qu'elles soient "outil" ou "volantes". A la fin des années 2000, après avoir quitté Eurocopter, il a créé sa société "Hélicoptères Guimbal" pour produire un hélicoptère biplace léger, le Cabri G2.

12 commentaires

  • GARCIN YVES

    Je me souviens toujours de ma première rencontre avec Bruno j’étais à ce moment-là pilote instructeur sur fouga magister à Clermont-Ferrand sur la base d’Aulnat.
    Je construisais à l’époque un SIROCCO de Jurca.
    Bruno est arrivé avec son Vari « sous le bras »..(le taxiway qui menait à notre aéroclub amateur, le VOVOSSA actuel, n’étant pas très carrossable pour les petites roues du Vari..) il marchait donc à côté de son appareil en le pilotant aux gaz.. faite donc cela avec un autre avion..
    Il m’a fait faire un vol ce jour là.
    Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai rejoins la tribu en achetant un Vari que j’ai gardé 13 ans et 600h de vol .
    beaucoup de souvenirs et de partage avec les amis de Montpellier, ou j’étais basé avec feu Air Littoral.

  • PRADUROUX Walter

    J’ai fait la connaissance de Bruno lors d’un rassemblement mémorable de canards à Montpellier dans les années 90, il était venu avec le prototype du Cabri et nous avais séduit par ses évolutions, mais qui pouvait croire, à part lui, du succès à venir. Pour ma part je n’avais pas encore été contaminé par ces « volatiles » bien qu’à Montpellier le nid de canards était le plus actif d’Europe avec deux Varieze construits en 1983, qui volent toujours. D’autres suivirent et la portée s’éleva à 7 oiseaux, Varieze, LongEZ et Cozy. Bien entendu tout ce beau monde était en relation avec Bruno depuis des années et le sont encore aujourd’hui. Notamment notre gourou local Ernest MAGALLON- GRAINEAU historien incollable des canards toujours en relation constante aussi avec l’autre gourou américain, Klaus SAVIER, détenteur de toute une série de records avec son Varieze, j’ai fait un vol avec lui à OSHKOSH, vitesse lue 217 Kts avec 100cv à peine amélioré. C’est aussi le concepteur des allumages électroniques montés sur tout nos canards, des centaines d’avions « expérimental » de toutes sortes aux USA, mais également sur tous les Cabri actuels, comme quoi. Après une première construction en bois, Piel CP90, j’ai fini par construire un LongEZ bien amélioré grâce aux visites en France de Klaus SAVIER et à ses précieux conseils. Se sont des avions remarquables, chaque vol est un enchantement, la lecture des aventures de Bruno avec son Varieze et la proximité des premiers constructeurs de Varieze à Montpellier, les deux Patrick, Philippe, Ernest notamment avait fini par me convaincre, belle aventure.

  • Etienne Ribard

    j’ai souvenance d’avoir fait un looping en 1980 avec mon bon de soutient (je ne me souviens plus du montant)
    Sal’s Tienn’

  • POTELLE Jean - Marie

    Bruno GUIMBAL est un personnage que j’aime bien, la dernière fois que nous nous sommes rencontrés c’était ROUENaux Championnats du monde d’hélicoptères où avec OLIVIER GENSSE ils avaient battus le record du monde d’altitude avec le CABRI.J’aurais aimé voler sur CABRI qui remporte un gros succès commercial bien mérité. Malheureusement il n’y en a pas à ALBI. Bravo a l’ ami BRUNO et continue à faire de beaux avion et hélicoptères pour nous faire encore rêver;

  • Christian Briand

    Merci Bruno de nous rappeler les bons souvenirs, lorsque les  » vols d’essais « étaient intégrés dans le classement du jury du RSA a Brienne le Château, à la Grande Époque du mouvement et de son président Louis CARIOU. Je pense aussi au pilote d’essais Jacques COSTES qui était mon chef au CEV à cette époque et qui ne craignait pas lui non plus de toucher à tous les manches et manettes. Encore bravo pour ton service rendu à l’aviation française et internationale.

  • Christophe Hernoult

    Bonjour Bruno,

    J’ai conservé dans ma bibliothèque le N° 25 d’EXPERIMENTAL diffusé en Avril 1993. Tes articles sur l’hélico en construction amateur et sur le F-PILA sont toujours d’actualité.

    Christophe

  • Yves Juhen

    Une vraie aventure comme je les aime, faite de passion , d’audace et de ténacité. Bravo et félicitations Bruno.
    Yves

  • stanislas

    Bonjour, ayant été un des premiers constructeurs de Varieze en France, moi aussi j’ai croisé Bruno Guimbal et son Varieze lors de rassemblements de constructeurs amateurs et plus particulièrement un jour mémorable à La Ferté Alais. C’est un plaisir de voir qu’il a si bien réussi ensuite dans la fabrication d’hélicoptères. Chapeau bas Monsieur.

  • PIERRE

    Bonjour Bruno,
    J’ai toujours en mémoire une rencontre incroyable à Moulin dans les années 90.
    Un Varieze s’était posé avec toute une famille à son bord 🙂
    Bien cordialement,
    Pierre

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