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« C’est en grande partie ce jour-là que l’aviation est définitivement entrée en moi. »

A bord du Vickers Viscount d'Air Inter (1968) : « ça te ferait plaisir de rester avec nous pour l’atterrissage ? » © Michel Gilliand / Airliners

Jean-Noël Bouillaguet

En 1968, j’habite alors depuis mon plus jeune âge à quelques encablures de la Base aéronavale de Hyères et les avions de chasse bercent ma vie au quotidien, à un point que je me prends très souvent à aller rêver le long des grillages qui entourent les pistes, j’ai 11 ans.

L’aéroport civil vient d’être inauguré, il n’est encore qu’une demi-lune qui ressemble à une serre agricole et mes parents ont rapidement compris que voyager en UM pour un enfant était une facilité non négligeable… Ce jour-là, j’embarque donc sur le vol Air Inter qui rejoint Lyon-Bron d’où je continuerai ensuite vers Clermont-Ferrand pour rejoindre ma famille.

La responsable au sol qui s’occupe de l’enregistrement est une connaissance et sachant mon engouement pour les avions, elle glisse un mot au Commandant de Bord afin qu’il me permette en vol une petite visite du cockpit – l’appareil est un Vickers Viscount dont le bruit strident des moteurs me fait vibrer…

« Nous voici au-dessus des nuages et une hôtesse vient me chercher pour aller visiter le poste de pilotage… Je suis à la fois très intimidé et très fier…« 

Je suis accueilli par un équipage d’une gentillesse extrême, debout entre les deux sièges des pilotes qui m’expliquent tout un tas de choses aussi passionnantes les unes que les autres… Puis le vol suit son cours et nous commençons notre descente vers Lyon, descente au cours de laquelle le pilote assis en place gauche, dont je sais qu’il est le Commandant, me demande : « ça te ferait plaisir de rester avec nous pour l’atterrissage ? » Vous vous doutez de ma réponse !

Je suis toujours debout, il me dit « OK, alors, mets-toi juste derrière mon siège et tiens-toi bien !» L’atterrissage fut très doux et je n’ai regagné la cabine qu’une fois l’avion arrêté au parking…

Ces paroles résonnent encore à mes oreilles aujourd’hui, j’en revois la scène exacte, c’est en grande partie ce jour-là que l’aviation est définitivement entrée en moi…

Par la suite toujours en UM, à chaque vol, demander non seulement à visiter le cockpit était ma seule obsession mais surtout, de jour ou de nuit, rester pour l’atterrissage…. Sur l’ensemble de ces faveurs je ne reçus qu’une seule fois une réponse négative sur un Fokker 27 « c’est strictement interdit !»  J’ai souri mais une tristesse m’envahit !

Comme quoi, on s’habitue rapidement aux bonnes choses…

En 1971, avec mon copain Bernard, nous sommes âgés de 14 ans et partageons les délices de l’aéromodélisme, vol circulaire mais aussi un peu de radio-commande… Notre inscription à l’aéro-club du Var à Cuers en tant qu’élèves-pilotes est quasiment en vue et notre vie est orientée essentiellement autour des machines volantes, civiles et militaires et nous passons une énorme partie de notre temps à graviter autour de la Base aéronavale d’Hyères, voire même d’en enfreindre les règles de sûreté pour être toujours au plus près des pistes…

Le père de Bernard est alors en poste en Israël et nous devons nous y rendre, en UM, afin de le rejoindre pour trois semaines de vacances… Le départ est programmé au mois d’avril depuis l’aéroport de Nice Côte d’Azur, par le vol régulier Air France vers Tel-Aviv.

Nous avons préparé notre affaire, car nous espérons bien pouvoir obtenir l’autorisation de visiter le cockpit du Boeing 707 affecté sur cette ligne, aussi, afin de paraître « mieux intégrés », nous avions acheté des chemises blanches à épaulettes que nous arborons fièrement…

Nous embarquons, nos sièges sont en fond de cabine, comme c’est pratiquement toujours le cas pour les UM – après le service du dîner, nous arriverons de nuit vers 23H locales à Tel-Aviv, nous demandons à « une Cheffe hôtesse » que nous avions repérée, s’il serait possible de visiter le poste…

Après un « je vais voir si le Commandant accepte », une réponse positive nous revient et hop nous voilà partis vers l’avant…

Très impressionnés en entrant dans « le temple », il fait nuit, l’équipage nous souhaite la bienvenue, ils sont cinq, oui il y a encore en plus du mécanicien, un navigateur et un radio…

Nous sommes bien serrés, je suis assis sur un jumpseat, mon copain Bernard est debout…

Le Commandant est d’une gentillesse extraordinaire, il nous montre le radar météo, nous explique l’ensemble du vol et désigne à la fois sur le radar la côte qui approche, comme il nous fait voir au loin derrière le pare-brise les lumières qui commencent à scintiller …

« Il s’appelle Monsieur Malaussena et il pilote le Boeing 707 « Château de Chambord », jamais je ne l’oublierai…« 

Mais, il y a un mais, peu de temps après il se retourne vers nous alors que la descente est déjà commencée et nous dit « je ne peux en garder qu’un avec nous pour l’atterrissage… ! » Nous nous regardons avec de tristes mines, chacun pensant que çà serait l’autre « le puni »… ! Le Commandant voyant la scène, cède à son grand cœur et lance au radio « xxx, tu peux faire la phonie debout pour l’atterrissage ? », réponse positive du radio !

On nous installe, moi j’ai un siège et Bernard sur celui du radionavigant qui lui, même se « tient aux branches » le micro à la main… Nous nous posons magistralement sur la piste étincellante de l’aéroport de Lodd, des étoiles plein les yeux, des rêves plein la tête et nous ne rejoindrons nos places qu’après le débarquement de tous les passagers…

Ce fut un carton plein et l’on nous fit cadeau de la carte d’identification du trajet qui était affichée à l’entrée de la cabine l’appareil…

Chapeau Monsieur, chapeau messieurs, alors est-ce l’effet des chemises à épaulettes, je crois surtout à l’effet de l’humain, des valeurs à transmettre et des responsabilités…

Jean-Noël Bouillaguet

Jean-Noël Bouillaguet est le président de France Spectacle Aérien

Sur le Jump Seat

C’est la série de l’été 2022 proposée par Aerobuzz.fr. Des lecteurs évoquent leurs souvenirs de vols dans le cockpit, assis sur le jump seat. Le jump seat, c’est ce strapontin qui se déplie entre les deux pilotes. C’est la place du testeur. C’est le meilleur point de vue sur le travail de l’équipage. En certaines occasions devenues rares, le jump seat peut-être occupé par un observateur privilégié. En d’autres temps, il était rarement vide. Nous vous encourageons à partager vos souvenirs de vol sur un jump seat. Laissez un commentaire…

Un commentaire

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  • par Jean-Louis Dupont

    En 1967, avec 2 ans de plus que le narrateur, j’ai eu le plaisir de faire un Paris – Los Angeles sur le Château de Chambord avec un accès permanent au poste de pilotage.
    Il est vrai que j’étais pistonné car mon papa était le Commandant de Bord.
    Pour moi qui n’a pas fait carrière dans l’aviation, j’en garde des souvenirs inoubliables.

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