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Le château de famille d’Antoine de Saint-Exupéry sauvé !

La région Auvergne-Rhône-Alpes annonce le rachat du château de Saint-Maurice-de-Rémens (plaine de Ain), dans le but d’y installer un musée à court terme... Serait-ce l’épilogue d’un feuilleton de plus de 30 ans de tractations, de rebondissements et de tracas pour la famille d’Antoine de Saint-Exupéry et pour tous ceux qui trouvaient légitime que le château d’enfance d'Antoine de Saint-Exupéry vive une seconde vie ?

16.09.2019

La Maison d'enfance d'Antoine de Saint-Exupéry est depuis 2009 propriété de la commune de Saint Maurice de Rémens où il y est implanté. ©Succession St-Exupéry-d'Agay

Le Petit Prince et son papa peuvent être satisfaits… En ce 12 septembre 2019, lors de sa visite au Château de Saint Maurice de Rémens, Laurent Wauquiez,  Président du Conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes, a officiellement annoncé le rachat de la bâtisse. Au-delà de la surprise de l’annonce, qui venait confirmer les bruits qui courraient depuis déjà quelques semaines, c’est un immense apaisement aussi pour la commune de Saint-Maurice, élus et habitants confondus, qui se sont endettés pour sauver l’édifice.

Le président de Région s’est déplacé sur le site pour annoncer lui-même la nouvelle « Nous avons réalisé des économies pour rendre possible ce type de projet qui auparavant était irréalisable… nous y prévoyons un programme extraordinaire, à l’avant garde de la scénographie » a déclaré Laurent Wauquiez lors de sa visite. © Patrick Wolff – ASPME

« Cette acquisition par la Région est programmée avant la fin de cette année » précise le Président de Région. Entre temps, une estimation a été demandée au service des Domaines mais pour Eric Gaillard, maire de cette petite commune qui tout à coup sort de l’anonymat, l’évaluation du bien ne devrait pas excéder 950.000 €, somme que la municipalité avait déboursée en 2009 pour acquérir le château, afin de sauvegarder le patrimoine local et la mémoire du lieu.

Le château est implanté dans la plaine de l’Ain, non loin d’Ambérieu en Bugey au coeur du village de Saint Maurice de Rémens. Il s’élève depuis le 18ème siècle dans un parc de 5 hectares. © ASPME Saint-Exupéry

La maison d’enfance du pilote-écrivain

Le château de Saint Maurice de Rémens a été construit sous Louis XVI, par Claude Colabau de Rignieux,  ancien capitaine au régiment du Bourbonnais. La structure du bâtiment n’a pas subi de retouches ni d’outrages au moment de la révolution si ce n’est pour en abaisser les deux tours, « au nom de l’égalité ». N’ayant pas de descendance, le château fut transmis à son neveu, mort à Saint-Maurice, comme l’atteste son épitaphe conservée sous le clocher de l’église.

Plus tard, sous la Restauration, la famille de Lestrange acquit le domaine et le remanie dans le style du Second Empire, lui ajoutant deux ailes couronnées de terrasses  à l’Italienne et une chapelle, accessible depuis l’intérieur de la maison.

Gabrielle, comtesse de Tricaud, « tante » pour les 5 enfants que comptait la famille de Jean et Marie de Saint Exupéry, n’eut de cesse, les vacances venues, d’animer ces murs vénérables des jeux et des cris de la progéniture de sa nièce, devenue veuve à l’été 1904.   

« Il était, quelque part un parc chargé de sapins noirs et de tilleuls, et une vieille maison que j’aimais… », écrit dans Terre des Hommes le plus célèbre des 5 enfants. Il ne se détachera jamais de cette maison pleine de souvenirs de son enfance et la nostalgie qui en découle l’amènera souvent à la citer dans son œuvre.

Alors que tout au long de l’année scolaire le jeune Antoine était pensionnaire de divers établissements éloignés, les vacances signifiaient le retour à Saint Maurice, les courses effrénées dans le parc, les expériences, le plus souvent dangereuses telles la adaptation d’une voile sur une bicyclette pour tenter de voler ou encore un système d’arrosage à vapeur pour augmenter le rendement du potager… Ce parc de 5 ha et ses ombrages devint, au fil des étés, le lieu de toutes les aventures, le pays des fées et du « chevalier Aklin ».

Les cinq enfants des époux Saint Exupéry passaient toutes leurs vacances au château de Tante Tricaud à Saint Maurice de Remens et le parc devenait alors un univers propice à toutes les aventures. Antoine est le second enfant à droite sur la photo © Collection familiale. Succession Saint-Exupéry-d’Agay

A quelques kilomètres de la propriété, se trouve le terrain d’aviation d’Ambérieu en Bugey où des ateliers s’emploient à la construction d’aéroplanes. Antoine s’y rend souvent à bicyclette… Passionné par ces machines volantes Il se met à hanter les hangars et sa curiosité le pousse à questionner sans cesse les drôles de fous volants qui les peuplent. C’est dans le courant du mois de juillet 1912 (il avait alors 12 ans…) que n’y tenant plus, il brave l’interdiction de sa mère et s’installe dans l’un des appareils piloté par Gabriel Wrobleski, qui l’emmène pour un baptême de l’air. Il gardera aussi le souvenir indélébile de ce moment.

Le modèle W2 bis, (mars 1912), a été construit sur le « champ d’aviation » d’Ambérieu par les frères Wrobleski-Salvez. Cet avion est celui du baptême de l’air d’Antoine de Saint-Exupéry, quelques mois plus tard. © DR – Archives DA 278

On connaît la suite de la vie de Tonio « Pique la Lune » comme il était affectueusement surnommé… On connait la carrière d’écrivain, de pilote mais aussi d’inventeur (dépôt de 11 brevets à l’INPI de 1934 à 1939),  de scénariste (Anne Marie 1935) et de journaliste (L’intransigeant 1936), l’incroyable engouement pour son œuvre et le formidable succès du « Petit Prince », ouvrage de référence pour petits et grands, traduit dans près de 400 langues et dialectes.

Un avenir incertain

Mais que sait-on de la suite de l’histoire de la maison de son enfance ? En décembre 1931, Antoine, alors directeur d’exploitation de la Cie Aeroposta Argentina et dont la célébrité ne cesse de grandir à la suite de la publication de Courrier Sud (1929) et du récent Vol de nuit (1931), passe un dernier Noël à Saint Maurice, en compagnie de sa mère et de Consuelo, qui deviendra son épouse quatre mois plus tard.

Le château dans les années 20, au moment de l’héritage de la propriété en faveur de Marie de Saint-Exupéry, mère d’Antoine. © Succession Saint-Exupéry – d’Agay

La maison familiale, dont la mère d’Antoine a hérité en 1920 au décès de la tante Tricaud, devient une charge trop lourde et la maison sera vendue en 1932 à la Ville de Lyon, qui la transformera en colonie de vacances pour le compte de la Caisse des Ecoles. Le parc va servir, des décennies durant, de terrain de jeux à d’autres bambins, qui, à leur tour se créeront des souvenirs. Saint-Ex réalisera alors que toute une partie de son enfance s’éloigne mais si la maison n’est plus, sa présence s’ancrera définitivement au plus profond de lui-même.

Le château, après la construction d’un nouveau bâtiment  « moderne » dans le parc, et l’exploitation pendant quelques dizaines d’années par le Sou des Ecoles, fermera ses portes à l’aube des années 90…

Après sa fermeture, le château et ses dépendances se fanèrent lentement. Les pièces du rez-de chaussée, (vestibule, salle à manger et bibliothèque) toujours meublées de ses meubles d’origine,  et épargnées par les myriades d’enfants qui ont peuplé ses murs pendant 60 années, restent actuellement relativement bien préservées. © Succession Saint Exupéry – d’Agay

C’est alors que débutera une longue période d’incertitude et de joutes entre plusieurs associations pour le rachat du château, période constellée de belles promesses de différents hommes politiques ou investisseurs potentiels et si le projet de la famille d’Antoine (Succession Saint-Exupéry-d’Agay) soutenue par quelques amis, d’acquérir la propriété pour en faire un lieu vivant de mémoire et de culture « Exupérienne » semblait bien légitime, cette dernière rencontra bien des difficultés pendant toutes ces années semées d’embûches. L’espoir d’aboutir survint en 2011 alors qu’un magnifique projet de réhabilitation de la propriété dans son ensemble se dessinait, présenté sur le site même par le réalisateur-scénographe Lyonnais Jean Christophe Piffaut et l’architecte Clara Cigalevitch… projet qui ne vit malheureusement jamais le jour. La maison du Petit Prince s’endormit à nouveau….

Le renouveau

Mais la léthargie de la demeure ne dura pas longtemps grâce à la volonté d’une poignée d’habitants de la commune, lassés de voir peu à peu se dégrader les lieux. L’Association pour la Sauvegarde et la Promotion de la Maison d’Enfance d’Antoine de Saint-Exupéry naquit et depuis sa création s’emploie, avec le soutien de la Municipalité, à animer le site, mobilise ses adhérents pour entretenir le parc et l’intérieur de la bâtisse et organise des visites de la propriété.

Ainsi, chaque année, à Pâques, une journée consacrée aux enfants (plus de 400 lors de la dernière édition) réunit, en un magnifique clin d’œil aux courses effrénées d’Antoine et de sa fratrie, les bambins de Saint Maurice et des communes alentours autour d’une grandiose chasse aux œufs dans le parc. Au mois de septembre le « grand public » peut assister face au château à une représentation totalement dédiée à l’homme qui passa ici, comme il le dit lui-même « les meilleurs moments de sa vie ».

Pour la seconde année, le parc et le château s’illuminent des feux de la rampe, proposant au public un retour en images et musique sur la vie du pilote écrivain © David Monzon Les Ailes du Petit Prince.

En cette mi septembre 2019, le spectacle son et lumière « Terres d’un homme, les escales de Saint-Exupéry » réunit une fois encore plus de 2000 spectateurs. A cette occasion, François d’Agay, neveu et filleul d’Antoine rappela  quelques moments partagés avec son oncle au château. Un témoignage empreint d’émotion qui aujourd’hui prend une valeur historique.

François d’Agay, fils de Gabrielle, (soeur d’Antoine) neveu et également son filleul, garde de nombreux souvenirs des moments passés avec son oncle où il écoutait ses histoires, assis sur ses genoux,… Il se plait à raconter à son tour, non sans une certaine nostalgie. © Patrick Wolff – ASPME

Un nouvel espoir

En ce début d’automne, avec l’annonce du président de la Région, l’espoir resurgit pour tous ceux qui n’ont eu de cesse de redonner vie à la Maison du Petit Prince. Pour Bruno Faurite, fils du jardinier du château, devenu pilote et co-auteur d’un ouvrage (*) révélant la vraie histoire de la disparition le 31 juillet 1944 du pilote engagé dans  le conflit : « …c’est  une immense satisfaction pour l’autre enfant que je fus, né au château, de voir l’aboutissement de plus de 30 années de lutte pour faire revenir St-Ex dans sa maison d’enfance et lui raviver ses souvenirs… »

Né dans une aile du château de Saint Maurice, Bruno Faurite (A gauche sur la photo aux côtés de François d’Agay), milite aux côtés de la succession familiale depuis l’origine, pour que « Le Petit Prince » revienne en sa maison. © Patrick Wolff- ASPME

L’avenir du lieu se profile mais fait l’objet d’un montage financier complexe dont le montant total pourrait avoisiner les 30 millions d’Euros. Plusieurs sociétés ont candidaté à la réhabilitation de l’ensemble de la propriété pour en faire, à l’image de celui d’Hakoné (Japon),  un grand musée et autre chose : « … ce sera un programme extraordinaire à la scénographie d’avant garde…  » précise Laurent Wauquiez qui exprime également la volonté d’aller vite pour réunir le financement.

Nouvelles révélations sur la disparition de Saint-Exupéry

Ce dossier de création d’un espace muséographique, confié à la Sté Belge Tempora à la suite de l’appel d’offres lancé par Jean Louis Guyader, Président de la Communauté de Communes de la Plaine de l’Ain, fait actuellement l’objet d’une négociation financière. L’avenir nous apprendra si les « économies » de la Région pour rendre possible la réalisation du projet porteront leurs fruits.

A Hakoné au Japon, à quelques kilomètres de Tokio, le château et ses dépendances ont été reconstitués (ici la chapelle). Le parc du petit Prince accueille chaque année 400 000 visiteurs. La commune de Saint Maurice de Rémens est-elle prête à vivre une telle affluence ? © Museum Little Prince – Hakoné

Si nous devions employer une formule qui aurait sans doute plu à St-Ex, « l’alignement des planètes » se révéla optimal en ce 12 septembre, grâce à l’action combinée des élus locaux (Eric Gaillard, Sylviane Bouchard et les adjoints de la mairie de Saint Maurice), de L’Association pour la Sauvegarde et la Promotion de la Maison d’Enfance d’Antoine de Saint Exupéry, de la famille (Succession Saint-Exupéry d’Agay) et de tous ses soutiens, qui à aucun moment n’ont renoncé.

Philippe Chetail

 

Lire le livre Cinq enfants dans un parc de Simone de Saint Exupéry / Editions Gallimard 2000

A propos de Philippe Chetail

chez Aerobuzz.fr
Président d’Airshow, spécialiste de l’organisation de manifestations aériennes, Philippe Chetail a organisé plus de 230 meetings aériens depuis 1973. Egalement co fondateur de France Spectacle Aérien, il est l’un des meilleurs connaisseurs européens de tous ceux qui gravitent autour des spectacles aériens. Il a rejoint Aerobuzz en juillet 2011. Philippe Chetail couvre, en particulier, l’aviation de collection et les évènements aéronautiques.

4 commentaires

  • Francois Henriot

    J’ai le sentiment que le fait que LW ait permis de débloquer le dossier suscite quelques aigreurs… Cela dit, il convient bien sûr de demeurer vigilant quant au développement d’un tel projet et à son coût.

  • On croit rêver

    Encore un éléphant blanc qui viendra grossir les rangs des projets somptuaires et inutiles de notre état obèse. Les régions se plaignent de ne plus avoir d’argent, elles devraient se soucier de le consacrer à des choses utiles.
    Les projets culturels, réhabilitations et autres sont à laisser à l’appréciation du secteur privé…

  • Jean-Louis Chollet

    Bonjour,
    Après l’argent, la politique ?
    Ou bien les deux ensemble ?
    De grâce, arrêtons d’exploiter Antoine de Saint Exupéry et son Petit Prince !
    Laissez reposer en paix et continuez de lire leur poésie…
    Amicalement,
    Jean-Louis Chollet

    • marcaurélien

      Oui mais dans ce cas que fait-on de la propriété .. les japonais on reconstruit le site chez eux, ils en ont fait un lieu de mémoire avec 400.000 visiteurs par an et nous on a l’original et on ne fait rien ?.. cela fait des dizaines d’années que la bâtisse se dégrade alors peu importe la couleur politique de la région à cet instant ce projet vient de naître et je lui souhaite d’aller à son terme .. j’étais au spectacle  » la terre d’un homme  » dans le parc le 14 sept dernier et j’ai vécu un moment merveilleux et question poésie j’ai fait le plein .. Cette vieille bâtisse et son parc appartiennent à notre patrimoine national mais compte tenu du caractère universel de l’oeuvre de cet écrivain en fait c’est beaucoup plus , il s’agit de celui de la terre des hommes ..

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