Accueil » Une histoire du secours en montagne

L’évolution de la pratique de l’alpinisme et surtout l’accroissement de la fréquentation des massifs montagneux a obligé le secours en montagne à se remettre en question et à s’organiser. L’avènement de l’hélicoptère a révolutionné les opérations sans pour autant apporter une réponse définitive au problème dans son ensemble, comme l’explique Blaise Agresti dans cette nouvelle histoire, sans concession, du secours en montagne. Une histoire qui éclaire l’activité telle qu’elle est aujourd’hui.

1.12.2018

Alors que le débat autour de l'organisation et du financement public du secours en montagne monte en puissance, Blaise Agresti, ancien commandant du PGHM de Chamonix, apporte des éléments factuels de réflexion. © A. Pecchi / Airbus Helicopters

Si l’hélicoptère tire à lui la couverture, le secours en montagne a existé bien avant l’arrivée de l’Alouette dans le massif du Mont-Blanc. L’histoire de l’alpiniste est jalonnée de sauvetages périlleux. L’entrée en scène fracassante des voilures tournantes dans cette épopée reste associée à tout jamais à l’affaire Vincendon et Henry (décembre 1956).

« L’échec de ce secours est un électrochoc dans l’opinion publique et une histoire douloureuse pour la vallée de Chamonix. », écrit Blaise Agresti. « Mais la mort de Vincendon et Henry ouvre une nouvelle page de l’organisation des secours ». Jusque-là, le secours était l’affaire des guides de montagne et « le modèle était fondé sur le bénévolat ». L’Etat prend la main. Le premier PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne) voit le jour.

Le H145 a succédé à l’Alouette 3 dans le secours en montagne. © A. Pecchi / Airbus Helicopters

Au départ, l’hélicoptère était jugé peu fiable, rappelle l’auteur. « Il faut se souvenir des crashs successifs des premiers hélicoptères engagés dans le massif du Mont-Blanc, notamment celui du 2 août 1957, lorsqu’une Alouette 2, pilotée par le lieutenant Bernard Collard avec trois secouristes à bord, se crashe sous le refuge de l’Envers des Aiguilles. Au fil des expériences, les pilotes progressent et l’Alouette va apporter une aide précieuse ».

La Gendarmerie nationale, la Sécurité civile, les sapeurs pompiers départementaux… le partage actuel des prérogatives entre ces différents acteurs du secours en montagne reste encore à optimiser. © A. Pecchi / Airbus Helicopters

Blaise Agresti illustre la montée en puissance du secours héliporté, décrit l’évolution des techniques et évoque les machines successives jusqu’à l’arrivée, au début des années 2000 de l’EC145 qui « fera entrer le secours en montagne dans une ère nouvelle. Par sa puissance, ses équipements optroniques, ses capacités d’embarquement et son comportement en altitude, il va transformer le métier de pilote et de secouriste en imposant ses exigences : rapidité d’intervention, capacité au vol de nuit, capacité d’emport qui supposent une meilleure coordination et une plus grande professionnalisation des équipages et des secouristes ».

Les techniques du secours en montagne sont en évolution permanente. © A. Pecchi / Airbus Helicopters

L’auteur a vécu de l’intérieur cette mutation. Il a en effet été le patron du PGHM de Chamonix et du Centre national de formation des secouristes (CNISAG). Il a été chef d’opérations lors de différentes catastrophes d’ampleur et sur de nombreux secours. Il va à l’essentiel, avec une précision lumineuse. Sa passion pour son métier et son respect pour ses ainés ne l’empêchent pas d’être critique. Il n’élude aucun aspect du sujet. Il aborde notamment la compétition que se livrent les différents services, une compétition exacerbée avec l’arrivée des sapeurs pompiers, à laquelle, la Cour des comptes a dédié un rapport accablant.

Une histoire du secours en montagne. Par Blaise Agresti. Editions Glénat. 192 pages. 17,5 x 24,8 cm. 25 €. ISBN : 978-2-344-02913-8

Au-delà de l’organisation administrative du secours en montagne, Blaise Agresti analyse la dangerosité de l’activité avec la rigueur du pédagogue, là encore, en posant le problème objectivement. « Sur l’ensemble des morts en montagne de la gendarmerie depuis 1958, un tiers sont morts en sauvetage, le reste en entrainement, ce qui constitue un coût humain exorbitant. Des actions ont été engagées depuis 2013 pour corriger cette situation en développant une nouvelle culture du risque fondée sur les retours d’expérience, la vigilance partagée, le débriefing et l’amélioration continue ».

Au-delà d’une approche historique, Blaise Agresti dresse un remarquable état des lieux du secours en montagne.

Gil Roy

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

20 commentaires

  • Vigogne

    Un excellent livre qui trouve son inspiration dans la passion qui anime les secouristes et pilotes qui interviennent en montagne.
    Fier d’avoir partagé leur engagement

  • Pilotatillon, pilote Alpin

    Merci aux acteurs du secours de voler au secours d’une cause globale face à des énervés.
    De loisirs nous avons tous besoin, en maillot de bain comme comme en chaussures de treck, et ce, sans limites d’origine sociales. Dans les 2 cas, cette machine – qui a sauvé davantage de vie qu’elle n’en a supprimé (B Chabbert) – est indispensable.
    Merci aux équipages et aux fabricants de mettre en œuvre ces machines affûtées, même si personne n’a envie de la « barquette » pour un vol retour de ballade.

    PS : face aux milieux naturels, on retrouve ce que vaut un humain par sa taille et ses petites vanités, et on peut l’espérer, le calme et la raison.

  • LOISEL

    Yves
    J’ai commencé par faire le secours en mer en hélico, à l’époque on ne se posait pas la
    question de savoir s’il fallait y aller, un homme à la mer se noie rapidement. Puis j’ai fini ma carrière au secours en montagne et je me suis senti aussi utile. Il faut savoir que ce sont les secouristes qui déclenchent les secours et non les pilotes. On peut dénoncer certains abus mais il n’est pas évident de se rendre sur un secours sans connaître la gravité de la situation. Le secours en montagne a permis de faire évoluer les voilures tournantes(puissance, capacité, performance du treuil) sans quoi la france ne vendrait autant d’hélicos dans le monde!

  • Guy

    Soyons clair:
    Pour justifier les hélicos, le personnel, les vols d’entrainement il faut présenter des chiffres traduisant l’impérieuse nécessité de disposer de ces moyens couteux (un euphémisme) en grand nombre . En conséquence et dès que possible il faut envoyer les hélicos dédiés.
    Ajouter y le fait que le responsable de la veille « ops » ne prendra aucun risque, ainsi, dans le doute, il enverra les moyens dont-il dispose « pour le cas où ». Que, par ailleurs, les sportifs et autres ne dépenseront pas ce que coûte réellement leur sauvetage; nous avons, en la matière, les ingrédients d’une gabegie parfaitement organisée et qui continuera à faire flores tant qu’aucune décision « impopulaire » ne viendra pas y mettre le holà.

    • Un de la montagne

      Non, un appel téléphonique ne vaut pas un tour en hélico ! J’ai testé ! Super guidage et accompagnement par téléphone mais pas plus parce que ce n’était pas nécessaire (le débriefing l’a confirmé).
      Merci aux secouristes pour leur évaluation et leur accompagnement.

  • Un pilote pompier volontaire

    Peut-on connaître la teneur du « rapport accablant » de la cour des comptes sur l’activité de secours en montagne des sapeurs-pompiers ?
    Certes la concurrence entre PGHM et sécurité civile est une réalité, tout comme celle entre SAMU et pompiers ailleurs (l’hélico blanc vs l’hélico rouge) mais il est dommage que l’auteur de l’article n’ait pas fait appel à son jugement de journaliste pour comprendre le parti pris de l’auteur du livre qui défend bec et ongles la gendarmerie…
    C’est un livre d’histoire certaibement passionnant, mais aussi partisan, il faut juste objectivement le reconnaître.

    • https://www.ccomptes.fr/fr/publications/organisation-du-secours-en-montagne-et-de-la-surveillance-des-plages
      C’est sur la compétition entre services publics et pas spécialement anti-pompiers. 😉

      Et laissons les frustrés ci-dessous à leurs invectives… ne mettant jamais les pieds en montagne, ils ne peuvent constater que la très grande majorité des heures d’hélico y est professionnelle ; et je ne leur souhaite pas, s’ils ont un accident de la route dans un endroit difficile d’accès (ou bouchonné), de voir arriver le Dragon ou autre SAMUXX avec le lecteur de CB sur le côté…

    • Merci pour cette précision (sur mon parti pris…). J’ai essayé modestement de poser mon regard, que je revendique d’ailleurs comme subjectif dès la préface pour ne pas prétendre à l’acte d’historien, sur cette histoire complexe du secours en montagne. C’est une histoire passionnelle et le cœur du sujet est probablement d’arriver à sortir par le haut de ces querelles stériles pour construire un modèle moins dispendieux et plus efficace peut-être. Si vous prenez le temps de le lire (au delà de l’extrait de la cour des comptes), j’espère que vous nuancerez le postulat de mon « parti pris ». Bien cordialement. Blaise Agresti.

  • Paul

    Qui paye ces services de secours ? L’imprudent parfaitement conscient des risques qu’il encoure et dont il fait fi ?
    La sécurité sociale ? Donald Trump ? Sa propre assurance qu’elle sache réellement le futur montant de la facture du sauvetage ? Ou bien notre pognon par voies d’impots et taxes en tous genres ??
    J’aimais vu un mec affamé et sans emploi aller s’amuser à ce genre d’activité.
    Si on arrêtait les conneries tout azimut dans ce pays ??
    Des coqs en pâtes !!!

    • Pilotatillon, pilote Alpin

      Votre remarque me semble épidermique et déplacée.
      Le secours en montagne est une des composantes des loisirs de montagne qui fait vivre quelques milliers d’entreprises, justifie de nombreux emplois et qui pèse quelques milliards d’Euros de CA. Cette fréquentation constitue le principal trafic hivernal des aéroports de Chambéry, St Geoirs, Sy Ex, Cointrin…
      Le ski en Tarentaise c’est 1/4 des nuitées de Rhône-Alpes Auvergne.
      Alors de grâce, cessez de formuler des jugements à la hache, sans connaître une seule petite partie de la situation…
      Vous avez toutes ces infos sur le site du comité régional du tourisme.
      Allez vous battre ailleurs, là où vos allégations inconséquentes trouveront du sens.

    • Pilotatillon, pilote Alpin

      J’ai omis de dire (l’agacement certainement) que la plupart des utilisateurs de la montagne été ou hiver sont assurés, par le CAF, la FFS, la FFVL, la FFRandoP, des assurances sportives etc…
      Votre capacité à dire n’importe quoi est carrément magistrale !

      • Paul

        Vos réponses ne me surprennent pas et je m’y attendais. Vous faites partie de ces cocqs en pâtes qui ne travaillent pas pour manger tous les jours mais pour se payer des loisirs et des vacances.
        L’apanage du Français est souvent de justifier ses faiblesses et de considérer que les autres ont toujours tord, qu’il a toujours raison.
        Cessons de nous amuser comme des gamins qui ne pensent à jouer et à se détendre parce que c’est remboursé par la sécurité sociale, et travaillons d’avantage : il y aura moins de skieurs, la nature en sera preservé pour nos enfants, il n’y aura moins besoin dhelicos en montagne et encore moins de jambes cassés par la même occasion. Vos propos sont incenses mais correspondent aux événements Français du moment : des dirigeants, des hommes, des femmes, déconnectés de la réalité, qui vivent sur un nuage d’opium constitué de confort, d’acquis sociaux, de sommes d’argent indécentes. Heureusement que l’hélicoptère ne fut pas essentiellement conçu pour des vols rescue en montagne quand l’on sait le coût d’exploitation de ces machines. Imaginez des fusées rescues lancées dans l’espace car le tourisme spatial s’est développé. Laissons donc les grimpeurs de cailloux assumer leurs propres accidents et les skieurs assumer leurs glissades.
        L’assistance à personne en danger se justifie quand l’accidenté en accepte le coût. Cela s’appelle la responsabilisation !
        Laissons donc l’usage de l’hélicoptère la ou son coût se justifie. Les loisirs sont nécessaires, mais quand ils sont raisonnables !
        Donc soyons adultes et raisonnables ?

      • stanloc

        Je partage entièrement l’avis de Paul mais en plus je dépasse l’aspect financier et je trouve parfaitement immoral de faire courir un risque VITAL à 3 ou 4 personnes chargées de famille pour aller secourir une personne qui a choisi de soigner son narcissisme en parfait égoïste et en prenant des risques totalement inutiles et mal évalués et/ou en parfaite inconscience. Les sports de glisse, l’escalade en montagne sont parfaitement inutiles et il est choquant que des gens risquent leur vie et la perdent souvent pour ces téméraires. On peut évoquer aussi l’enlaidissement de nos montagnes avec toutes les installations mécaniques et l’aspect écologique du fait de l’utilisation des canons à neige. Qu’on ne me parle pas des emplois car je renvoie ces gens en parler avec les mineurs de Lorraine et tous les ouvriers de nos usines.

      • Pilotatillon, pilote Alpin

        (Désolé pour le bruit à la marge du sujet aéro)
        Alors Messieurs, supprimons la voile, le vélo, la promenade en famille du dimanche qui parfois se fini en hélico, … tous les sports en milieux naturels car tout cela est parfaitement inutile. Nous pourrions aussi évoquer le SAR en mer,…
        Ces hélicos font également le transport des AVC, et des urgences pour des fumeurs,… des bagarres du samedi soir !
        Dans ce cas, effectivement c’est la sécu qui paie (nous payons), pas les assurances privées.
        Moins d’intervention = moins de bases alors il faudrait mobiliser une machine arrivant de beaucoup plus loin, ajoutez les risques liées à la météo qui ne sont pas moindre que ceux liées à la montagne… vol de nuit, brouillard.
        Prenez une paire de chaussure et montrez-nous que tout ce que vous faites avec, qui aurait tant de sens…
        Dans les Alpes, comme d’autres régions aujourd’hui « favorisées », nous voyons arriver – et somme heureux d’accueillir – des Lorrains et divers familles qui ont besoin de travailler.
        Et qui sait si je ne ferais pas le chemin inverse un jour ?
        Je vous approuve : soyons adultes.

    • Raphael

      Aerobuzz, par supplice, supprimez la possibilité de commenter vos articles…

      Cela permettra d’épargner à l’humanité de lire des âneries pareilles !

      Bonne continuation, le reste est super. 😁

      Raphaël

      • Paul

        Tout le monde peu s’exprimer et personne ne vous oblige à lire si vous n’aimez pas.
        Vos propos obtus ne me conviennent pas mais ce n’ai pas une raison pour les censurer.
        Néanmoins Gilles ROY censure/modére parfois, c’est son site internet après tout.
        Dans mes dires il n’y a aucune attaque personnelle contre aucun contributeurs, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Nous sommes encore en démocratie oui ?

      • Claudine Clostermann

        Non, Raphael, les commentaires pour les articles sont importants car chacun a encore le droit d’exprimer son ressenti ou son vécu à la lecture d’un texte. Ceci s’appelle la liberté d’expression littéraire. Ces commentaires ne sont ni injurieux ni calomnieux et vous n’êtes pas en droit d’en demander la suppression. Ils sont juste la réaction des personnes qui lisent l’article et s’expriment en fonction de leur ressentiment personnel. Vous aussi, « par supplice »(dixit), laissez-nous encore une de ces dernières libertés…c’est d’ailleurs ce que je viens de faire par cette réponse.

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