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L’Alat touchée au cœur par l’accident de Carcès 

Pourquoi et comment deux Gazelle, avec à leur bord des pilotes très expérimentés, ont pu entrer en collision en plein jour, avec une météo correcte ? Une question qui risque de hanter longtemps l’Alat…

La visibilité sur la Gazelle est excellente vers l’avant et sur les côtés. Mais des angles morts subsistent vers le haut et l’arrière…
© Frédéric Lert / Aerobuzz. fr

C’est un paradoxe douloureux et qui frappe durement l’Alat : 41 raids, 316 sorties en Libye pendant l’opération Harmattan, des incursions nocturnes en zone de combat face à un adversaire lourdement armée, et l’Alat s’en tire sans une égratignure. Et il suffit donc d’un vol d’entrainement au départ de la base du Cannet-des-Maures pour perdre en une fraction de seconde cinq officiers de valeur.

Des hommes unanimement passionnés par leur métier et dévoués à leur pays.

Le ministère des armées vient de communiquer sur les pilotes décédés hier dans l’accident ayant concerné hier deux Gazelle de l’EALAT. On trouve dans leur biographies le reflet de ce qui fait aujourd’hui la population des pilotes de l’Alat : du jeune lieutenant au lieutenant-colonel, des hommes unanimement passionnés par leur métier et dévoués à leur pays.

Le lieutenant-colonel Stéphane Chaon, le plus gradé de tous, était chef de la formation « hélicoptère reconnaissance et attaque » au sein de la base école général Lejay. Avaient pris place également dans les hélicoptères deux instructeurs très expérimentés, les capitaines Patrick Vasselin et François Mille (respectivement 5400 et 3100 heures de vol) et deux jeunes pilotes, le capitaine Quentin Gibert et le lieutenant Sébastien Grève, appartenant au 4ème RHFS, le régiment d’hélicoptères des forces spéciales. Tous deux étaient venus à l’EALAT pour suivre une stage qualifiant.

Une expérience cumulée de 13.000 heures de vol

Il sera sans doute impossible de connaître les circonstances précises de l’accident, à moins que les enquêteurs mettent la main sur une Gopro en état de marche dans les épaves des appareils. On peut tout de même dégager à priori quelques généralités : « l’hypothèse de travail est celle d’une collision entre les deux appareils » a déclaré Xavier Tarabeux, procureur de Marseille quelques heures après le drame.

Il a également exclu la piste d’une collision des deux appareils avec une ligne électrique à haute tension. Erreur de pilotage, inattention fatale, fausse manœuvre, perte de vue de l’autre appareil… les hypothèses sont légions. Il y avait dans les deux appareils cinq paires d’yeux et 13.000 heures de vol mises bout à bout.

La Gazelle est une Porsche conçue pour évoluer vite et près du terrain

La Gazelle est quant à elle un appareil fiable et largement éprouvé, offrant une excellente visibilité et des qualités de vol louées par tous ses utilisateurs. Si l’on en croit Wikipedia, qui offre un tableau relativement complet des pertes depuis la mise en service de l’appareil au début des années 1970, la plupart des accidents sont dus à des erreurs de pilotage. La Gazelle est une Porsche conçue pour évoluer très vite et très près du terrain et cela se paie parfois cash…

Lègère et très manoeuvrante, la Gazelle est une machine douée pour les vols près du sol, avec tous les risques que cela comporte…
© Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

Très régulièrement engagée au combat, la Gazelle a également souvent été victime de tirs venus du sol mais ceci est une autre histoire. On découvre également sur Wikipedia que les accrochages en vol ne sont pas nouveaux : le 13 juin 1977 deux appareils de la marine britannique sont perdus de cette manière. Plus troublant, deux Gazelle de l’EALAT ont été perdues le 10 avril 1984 suite à un abordage, mais il s’agissait alors d’un vol de nuit. Deux appareils des forces armées équatoriennes se sont également percutés en janvier 2007, tuant notamment le ministre équatorien de la défense.

De la nécessité d’un enregistreur de vol

La Gazelle n’est pas équipée d’un enregistreur de vol, mais il existe aujourd’hui des solutions simples et relativement bon marché pour doter les hélicoptères de tels systèmes. Le Vision 1000 d’Appareo Systems en est un bon exemple : il s’agit d’un boitier très compact, tenant dans la main, et qui regroupe accéléromètre, récepteur GPS, micro d’ambiance et caméra. L’enregistrement des données se fait sur une carte mémoire SD. Fixé au plafond du cockpit, il ne requiert qu’un câble d’alimentation en énergie.

Après plus de quarante ans de carrière, la Gazelle reste très présente au sein de l’Alat non seulement en école, mais également dans les régiments d’hélicoptères de combat.
© Frédéric Lert / Aerobuzz.fr

Le boitier est disponible sur une gamme croissante d’appareils légers pour moins de 10.000 dollars. L’emploi d’un tel équipement sera même obligatoire très bientôt pour les appareils EMS et il a fort à parier que son emploi va rapidement se généraliser dans le monde civil. En sera-t-il de même chez les militaires ?

Frédéric Lert

 

A propos de Frédéric Lert

Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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  • Moltobaleze

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