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Deux points

61% des français seraient prêts à prendre l’avion, au moins une fois, dans les douze prochains mois. Ce sont deux points de moins qu’en 2019. « Les Français ont toujours autant envie de prendre l’avion » conclut la Chaire Pégase qui décortique le sondage réalisé à son initiative auprès, comme il va de soi, « d’un échantillon représentatif de la population française ». Échantillon de 1.010 répondants obtenu par la méthode des quotas, interrogé entre le 12 et 19 octobre 2020, respectant les proportions de la population en matière de genre, d’âge, de catégories socioprofessionnelles et de zones géographiques.

Deux points seulement. C’est peu, en effet, compte-tenu des incertitudes du moment, mais aussi au regard du matraquage subi par le transport aérien.

Les chercheurs de la Chaire Pégase expliquent cet écart modeste par une baisse du pouvoir d’achat et par le développement du chômage partiel qui entraînent le repli vers d’autres moyens de transport « a priori moins onéreux ». Le choix d’une alternative plus respectueuse de l’environnement aux yeux des consommateurs n’arrive qu’en neuvième position.

Un précédent sondage rendu public par la Chaire Pégase avait mis en lumière que les raisons environnementales entraient pour 15% dans la « non-consommation de transport aérien en 2019 », quasiment à égalité avec la peur de l’avion (16%).

A croire que les consommateurs finaux sont moins sensibles au « Flyskam » (honte de l’avion) que les médias et les réseaux sociaux. C’est ce que tendait à démontrer l’étude de la même Chaire Pégase sur le sujet parue fin 2019 ; même les suédois n’avaient quasiment pas modifié leurs habitudes de voyage. A ce propos, vous arrive-t-il souvent d’avoir besoin de défendre l’avion dans les diners en ville ou les repas de famille ?

Tout cela ne signifie pas pour autant que la filière aéronautique peut s’exempter d’une remise en question. Les annonces de l’année en cours démontrent qu’elle n’en a pas l’intention. Particulièrement de ce côté-ci de l’Atlantique. Mais le défi environnemental n’est pas le seul que le transport aérien doit relever, ni le plus vital à court terme. Le défi économique et financier est d’une autre ampleur.

Si les français se disent prêts à voyager en avion dans les 12 mois à venir, ils déclarent aussi ne pas être pressés de le faire. Ils se donnent six mois pour retrouver le chemin de l’aéroport. D’abord pour éviter les mauvaises surprises. Ensuite, parce que la période estivale a toujours été plus propice aux voyages.

Pour les compagnies aériennes, il va falloir tenir et même beaucoup plus que six mois. Selon Eurocontrol, le trafic aérien européen pourrait retrouver son niveau d’avant crise, au mieux en 2024, si un vaccin est disponible en 2021. Au pire en 2026, si le vaccin arrive en 2022. Sanofi a annoncé, le 11 décembre 2020, que son vaccin ne sera pas prêt avant fin 2021.

Tenir jusqu’en 2024, quand les caisses sont vides, même à finesse max, va demander un pilotage fin. D’autant que les investisseurs ne devraient pas se bousculer au chevet du transport aérien.

Lufthansa Innovation Hub a calculé qu’à fin octobre 2020, la capitalisation boursière de l’application Zoom (visioconférence) avait atteint celle des 15 plus grandes compagnies aériennes dans le monde réuniesSouthwest 25,2 Md$, Delta 21,6, Ryanair 16,9, Air China (14, China Southern 12,3, United 11, China Eastern 10,6, ANA 7,6, IAG 6,9, American Airlines 6,4, Lufthansa 5,6, Cathay Pacific 4,8, JetBlue 3,5, easyJet 3,1 et Air France/KLM 1,7. Soit au total 151,2 milliards de dollars pour les 15 premières compagnies aériennes mondiales, contre 151, 1 milliards de dollars pour Zoom. (source : Lufthansa Innovation Hub via Chaire Pégase) Les marchés financiers font le pari que les visioconférences vont l'emporter sur les voyages professionnels. Ils tirent peut-être un peu vite un trait sur l'avion.

Gil Roy

 

 

 

 

13.12.2020

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

14 commentaires

  • Vladimir_K
    Vladimir_K

    Je suis surpris tout de même que le fret aérien, lui ne soit pas en augmentation (peut-être l’est-il, je n’ai pas les chiffres).

    En effet, les gens ne pouvant plus se déplacer, commandent plus sur internet, faisant tourner les DHL, Fedex, UPS et autres, et je ne serais pas surpris qu’il y ait une forte demande.

    Moi-même étant français – ainsi que mon nom l’indique – installé au Canada, n’ayant pas pu me rendre en Europe cette année, j’ai besoin de faire venir des petits bouts de France qui me manque quand je ne peux pas la voir.

    Bien sûr, je ne me permettrais pas de généraliser sur mon cas, je ne fais que m’interroger.

    • Jean Baptiste Berger

      Totalement vrai.
      C’est dommage, AF était il y a peu la première compagnie aérienne mondiale en fret aérien (hors « intégrateurs », UPS, Fedex, etc.) .
      Mais la redoutable Mme. Parly est passée par là, et après avoir, sous les ordres de Juniac, privé AF de cet outil formidable (le fret c’est des avions mais aussi une logistique mondiale qui avait mis des décennies à se mettre en place) elle s’attaque maintenant, sous les ordres de Macron, au démantèlement de notre armée.
      Vive  » la mondialisation par les nuls » !
      Les Chinois (comme les Allemands qui ont entre temps acheté autant d’avions cargo neufs qu’AF en mettait à la poubelle….) et tous les autres doivent bien se marrer !
      Mais nous on a organisé la cop21 ! les autres peuvent polluer, nous on paye et on roule en vélo (chinois 😁😑)

  • Carbet

    Bonjour à tous
    Je souscris aux commentaires ci-dessus , tant qu’il y aura des avions ils y aura des gens pour monter dedans , ce n’est pas le flyskam , la pollution , le réchauffement climatique , qui feront changer le comportement humain …… tout au plus une augmentation importante du prix des billets pourrait repousser une partie des candidats voyageurs aériens .

    C’est ce qui se profil à l’horizon pas très lointain d’une vie d’homme avec l’épuisement des ressources énergétiques et minières . Cela n’est pas une vue de l’esprit , cela a déjà débuté !

    Ne pas trop compter sur l’électricité « verte » ou les énergies dites nouvelles , celles ci ne représentant que quelques % de l’énergie consommées dans le monde malgré des investissements très importants et ayant un handicap majeur pour se développer : Elles reposent toutes sur l’utilisation des énergies fossiles pour leur production , c’est un gros problème !

    Ex: éoliennes – Du fer entrant en grosse quantité dans le ferraillage de la base supportant le mat et la nacelle . Fer produit avec du bon charbon ……
    Les pales étant elles produites à partir de résines synthétiques issues du pétrole .
    Oublions le reste !! Si ce n’est le cuivre qui est « en tension » ……. Rire

    Après moi le déluge disait-on il y a quelques temps ……
    Salutations

  • Henri Defrance

    « A croire que les consommateurs finaux sont moins sensibles au « Flyskam » (honte de l’avion) que les médias et les réseaux sociaux » …… parce que vous en doutiez ?? ….. le matraquage des médias en la matière n’a d’égal que leur souci de se couler dans le moule du la « bien-pensance » ….. De toute façon ce que pensent les français en la matière n’a pas un gros intérêt, ce ne sont pas eux qui font le marché aéronautique ; et de leur cotés, les chinois continueront à vouloir se déplacer !!

  • Athos7

    Un petit mot sur le dernier paragraphe de cet article : la capitalisation boursière – choisie par Lufthansa pour illustrer la gravité de la situation – n’est heureusement pas un indicateur pertinent pour les raisons suivantes.

    (A) Tout d’abord si celle de ZOOM était de 151 M$ à fin octobre, elle s’est ensuite effondrée de 30% (!) puisqu’elle n’est plus aujourd’hui que de 113M$. A elle seule, cette effrayante volatilité devrait suffire à écarter un tel indicateur.

    (B) Il y a une autre bonne raison de l’écarter : même à 113M$, cette capitalisation boursière représente encore 276 fois le bénéfice annuel de ZOOM !
    Je traduis pour ceux que la finance rebute : il faudra 276 années à un actionnaire pour simplement récupérer son investissement, sans même parler de gagner encore le moindre sou.

    Pour comparaison, aujourd’hui, ce même ratio est de 33 en moyenne pour l’ensemble des entreprises cotées à Wall Street. (Un ratio jugé déjà très élevé, et que l’on n’avait plus connu depuis 2000).

    (C) On peut encore trouver pire : Airbnb – dont « la volaille qui fait l’opinion » s’émerveille de la culbute que son introduction en bourse cette semaine a permise à son jeune créateur (s’il se dépêche de revendre ses actions) – n’a pas encore dégagé de bénéfice depuis sa création !
    Sa perte de l’année dernière était même supérieure à celle cumulée des 4 années précédentes.

    (D) Enfin, s’il restait un doute sur la pertinence de cet indicateur, il suffirait d’observer que sur la centaine de nouvelles introductions à Wall Street en cette année 2020, 88 concernaient des entreprises n’ayant encore jamais dégagé un sou de bénéfice !
    Un chiffre que l’on n’avait pas connu non plus depuis début 2000.
    Qui se souvient du nom de toutes les jeunes entreprises qui faisaient alors le buzz en animant Wall Street ?

  • Weber gerard

    2% dans un sondage, quelles que soient les brillantes analyses faites par les instituts, celà n’est absolument pas significatif.
    Donc l’envie d’utiliser l’avion est intacte et c’est tant mieux.
    On utilise ce qui est le plus pratique, c’est tout.
    Le train pour remplacer l’avion sur des trajets , même de moins de 2h30 est une idée de gens qui vivent en ville ou qui n’ont jamais eu besoin de se déplacer par exemple sur Bordeaux Paris : tous les tgv ne mettent pas 2h05, contrairement à ce que tout le monde croît.
    Viendrait il à l’idée à ces mêmes personnes de ne pas accompagner leurs enfants à l’école qui est à 2 KM et donc à seulement 1/2 heure de marche.
    Vont ils au super marché à 5 KM en vélo?
    Non! Bien entendu.
    La transition energetique ne se fera pas si on passe par des interdictions.
    Nous sommes dans une période où la privation de liberté (je préfère dire la limitation de certaines libertés…) est un sujet quotidien.
    Je rappellerai pour mémoire un célèbre slogan de mai 68: il est interdit d’interdire!
    Il faut convaincre les personnes d’évoluer en s’attaquant avant tout aux gros problèmes plutôt qu’attaquer par le petit bout de la lorgnette, même s’il est plus médiatique et fait plus le buzz….
    L’aviation ne reste pas les bras croises!
    Beaucoup d’initiatives ont vu et verront encore le jour pour diminuer l’impact écologique et supprimer à moyen terme le recours aux énergies fossiles(nous y sommes à terme condamnés de toute manière…)
    Arrêtons de vouloir imposer des choses, les systèmes évolueront, car la prise de conscience est là et donc l’inflexion a eu lieu.

  • CROS

    Bonjour Gil,
    Message pertinent. Ne faut-il pas y rajouter le souhaitable changement de comportement des consommateurs que nous sommes tous ? Ainsi, et notre planète sourirait, si nous remettions en question le bien fondé des voyages de 3 ou 4 jours à des prix cassés de 20 à 50 € . Et ainsi favoriser, à budget égal, les « vrais voyages » de quelques semaines permettant une vrai découverte du pays visité et aussi un réel lâcher-prise du quotidien.
    D’autant que ces compagnies à bas coût pompent l’argent public sous forme de subvention et de rabais sur leurs charges.
    Retrouvons un peu de logique. Si je paye mon voyage 1000$ et mon voisin de siège 100€ je me dis qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas correctement.
    Suis-je le seul, pourtant amoureux de l’avion, à me réjouir qu’à tous les deux Airbus et Boeing ne vont pas mettre en vol en 2020 des centaines voire un millier d’avions ….
    Il faut raison retrouver. non ?
    Merci Gil et belle journée, bons vols.

  • francis boudaud

    C’est ce qu’on appelle …..le décrochage .

  • Aff le loup

    Quand on aura le vaccin francais bien sûr, tout ça ne sera qu’un mauvais souvenir…c’est sûr que je reprendrais les voyages encore plus qu’avant sachant ce qui m’aura manqué…La loi de la vie contre la loi de la trouille !

  • Derry GREGOIRE
    Derry GREGOIRE

    Privilégier la visio conférence pendant les périodes de pandémies telles celles que nous subissons…avons nous vraiment le choix? L’être humain a besoin de « contact physique » pour établir des liens de confiance, notamment dans le monde des affaires et d’une manière ou d’une autre l’humanité sera contrainte de se déplacer, car la mobilité à l’échelle de la planète est l’essence même de notre statut d’être pensant évolué. Reste à savoir comment faire pour reprendre notre « frénésie de bougeotte » en diminuant son empreinte polluante? Bio-carburant (accessibles dés maintenant avec peu de modifications sur les moteurs existants), avion électrique, à hydrogène?
    La question n’est donc pas de savoir si nous nous déplacerons encore en avion, mais plutôt quand et surtout comment.

  • stanloc

    Il suffit de regarder la cohue des voyageurs qui veulent aller passer les fêtes aux Antilles (c’est à dire là où c’est possible aujourd’hui sans trop de contraintes) pour pouvoir dire que tous ces organismes qui consultent leur boule de cristal, sont à côté de la plaque dans leurs prévisions.

    • lavidurev

      https://www.researchgate.net/publication/24131027_L%27efficience_informationnelle_des_marches_Une_hypothese_et_au-dela
      Les véritables dangers viennent d’ailleurs, des manipulations intentionnelles, des prétendus fonds « sans risque » en fait investis en produits hautement volatils, des analystes peu scrupuleux qui orientent en fonction de leur stratégie personnelle leurs conseils de placement, etc., bref des escrocs qui sévissent sur les marchés financiers. L’enjeu de ces actes délictueux est colossal. Il est donc essentiel de protéger au mieux les investisseurs au travers d’un arsenal juridique et d’un contrôle soutenu et vigilant du bon fonctionnement des marchés. Cette
      protection ne peut que contribuer à l’efficience opérationnelle et informationnelle des marchés financiers !

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