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Le supersonique successeur de Concorde ne sera pas européen
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Dans la course au supersonique du futur, les USA ont pris une longueur d’avance sur l’Europe qui reste coincée dans les starting blocks. La vitesse n’est plus politiquement correcte, de ce côté de l’Atlantique. De l’autre, l’industrie américaine, épaulée par la NASA, lève des fonds, et met le paquet pour faire évoluer les normes internationales à son avantage. La bataille se joue sur plusieurs fronts en même temps.

15.01.2019

Impossible de dire qui
d'Aerion, de Boom Superesonic, de QueSST, ou d'un quelconque autre challenger sera le premier avion de transport supersonique à entrer en service, mais une chose est sûre, avec l'aide de la FAA et de l'OACI, les américains ont pris une option. © Boom Supersonic

Début 2019, la start up américaine Boom Supersonic a réussi à lever 100 M$ pour amorcer l’étude d’un avion de transport de passager supersonique capable sur le papier d’emmener 55 passagers à Mach 2,2. Le projet est soutenu par plusieurs fonds d’investissements américains, ainsi que les firmes technologiques comme Google, Airbnb ou encore Dropbox. Dans la course au supersonique du futur, Boom rejoint Aerion qui depuis 2003 porte le projet d’un avion d’affaires sensé voler à Mach 1,6. Il se positionne également face au programme QueSST (Quiet Supersonic Transport) de la NASA et pour lequel Lockheed-Martin a reçu 247 M$ pour faire voler un démonstrateur dont le nom de code est X-59, en 2022.

Même si il est difficile de trier entre innovation technologique et communication, une chose est certaine : le sujet passionne les américains et il est capable de mobiliser des capitaux importants. Ce serait une erreur de le prendre de haut sous prétexte qu’il n’existe pas de motorisation ou qu’il est impossible de réduire les nuisances sonores.

Qui aurait imaginé il y a quelques années qu’à la fin des années 2010, la mise en orbite de satellites deviendrait une affaire privée ? Arianespace est dans les cordes. Les européens n’ont pas vu venir ces nouveaux entrants sur un marché qui paraissait réservé à tout jamais à la puissance publique.

Il ne faudrait pas que le même scénario se reproduise avec l’industrie aéronautique. Et pourtant le risque existe. Pendant que les laboratoires de recherche et les constructeurs américains se mobilisent sur des projets d’avions supersoniques, l’administration américaine s’est donnée pour objectif de faire évoluer les normes environnementales de l’OACI afin de rendre réglementairement possible l’exploitation commerciale d’avions supersoniques. A croire que la FAA a tiré, au profit de son industrie, les enseignements de l’échec de Concorde.

Quoi qu’il en soit, les négociateurs européens se sentent un peu isolés sur ce nouveau front, face à la détermination de l’administration américaine résolue à ouvrir la voie à son industrie.

Rien ne dit que l’avenir du transport aérien passera par le supersonique, mais l’Europe peut-elle prendre le risque de voir son industrie aéronautique absente de ce segment de marché ? L’Europe ne se pose même pas la question. Elle a adopté la cause de la Terre en surchauffe. Elle accepte de débloquer des fonds pour l’amélioration de la performance environnementale du transport aérien, pas pour permettre à des privilégiés de traverser la planète à Mach 2,2, dans le tumulte de réacteurs forcément bruyants et gourmands de pétrole.

Le problème n’est pas que sociétal et les industriels européens déplorent que les politiciens européens n’en perçoivent pas toutes les nuances.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

11 commentaires

  • JoJo

    Je parlais de critère environnementaux au sens large… c’est à dire pollution de l’aire mais aussi sonore!!!

    • Jean-Mi

      C’est en effet l’excuse qu’avaient utilisé les américains envers le Concorde.
      Sauf que les quatre moteurs Olympus du Concorde polluent pas tellement différemment que les quatre JT8-D des Boeing 707 de l’époque. Et pour quelques dizaines de Concorde potentiels dans le monde il y a eu des centaines de Boeing 707 en service au mêmes endroits…
      Donc argument fallacieux…
      Le bruit ? Moui, argument vaguement recevable. Quelqu’un se souvient-il du « son » des Boeing 707 équipés en JT8-D ? Des Caravelles aux réacteurs RR Avon ? Moi je me souviens très distinctement d’une visite à Orly tout gamin sur les terrasses vers 1980… Au royaume de ces avions… Mon souvenir c’est le sifflement strident et continu de ces avions en grande quantité pour un gamin comme moi… Donc ici encore, pour quelques dizaines de Concorde potentiels dans le monde il y a eu des centaines de Boeing 707 en service au mêmes endroits…
      La technique est connue, quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage et tout le monde est d’accord pour le tuer…
      Comme les USA avaient totalement abandonné les projets de transport civil supersoniques, ils n’avaient aucunes raisons de se refuser ce dénigrement du Concorde.
      Maintenant que c’est eux qui veulent développer des jets privés supersoniques « made in USA », ils vont bien entendu nous démontrer tout le contraire et même demander les vols supersoniques au dessus des zones terrestres…
      On prends les paris ?

  • francois h.

    Révélateur: les réactions sont au règlement de compte avec les EU et la hargne contre l’Europe. Essayons d’être un peu constructifs. Nos industriels doivent se positionner: projet propre ou association avec un projet américain. Non? En tout cas merci à Aerobuzz de rappeler cet enjeu!

  • Nicolas

    J’espère bien qu’après l’échec de la commercialisation du Concorde, pour raisons politique uniquement des USA, nous saurons faire de même et interdire le survol de l’UE à ce futur avion !!!!! On s’est fait mettre une fois, pas 2 svp…….

  • Frédéric Lucas

    Affaire très significative de l’illusion européenne. On ne peut rien faire de grand et d’avenir dans cette zone qui est juste un terrain de jeu pour businessmen américains et chinois en laissant des miettes aux allemands. Elle est conçue pour cela depuis le début et cela fonctionne très bien. Et il est bien évident que les supersoniques américains auront l’autorisation de se poser en Europe. Les accords transatlantiques négociés en « discretion » par nos soi-disant représentants européens permettront un jour aux grandes entreprises d’attaquer les états récalcitrants (cf TAFTA en sursis).

  • JoJo

    J’espère que l’europe saura faire face à l’appel gourmande et néfaste de la croissance à tout prix.
    J’espère que l’europe ne changera pas ses standards pour quelques privilégiés et n’assouplira pas ses standards environnementaux.
    Comme le dis jac1013, les états unis n’ont pas été très conciliant pour accueillir en son temps le concorde, pour des raison « environnementale ».

    • Jean-Mi

      Environnementales, les raisons ? Laissez-moi rire !
      Vers 1970, quand les USA interdisent le Concorde, ils n’ont (déjà) que faire de l’environnement ! On est même avant le choc pétrolier de 1973 qui va réveiller les consciences…
      L’interdiction du Concorde était purement politiques et protectionnistes pour empêcher les compagnies américaines d’acheter cet avion « non-USA »… Ne cherchons pas plus loin ! L’excuse environnementale, venant des USA, ne me cache pas le reste…

      • David

        Euh…un minimum de courtoisie et de respect mutuel..
        C’est vrai qu’avec les Gilets Jaunes l’ambiance s’y prête mais ce côté bagarreur commence à me « sortir des oreilles » comme on dit en Italie….

      • Jean-Mi

        Sans problèmes, désolé si je blesse… Je me marrais au dépend des ricains et de leur hypocrisie protectionniste, pas aux dépends de Jojo que j’imagine un peu ironique aussi…

  • Jean-Mi

    C’est pas grave !
    Les riverains des aéroports européens obtiendrons l’interdiction des vols supersoniques au dessus des zones habitées… 🙂 Pas besoin de l’EASA !

  • jac1013

    Si j’ai quelques souvenirs, il me semble que les Etats Unis n’avaient pas été réceptif, c’est le moins que l’on puisse dire, à l’ accueil de « CONCORDE » en son temps.
    Mais les temps changent, saurons nous, « Européens », renvoyer l’ascenseur!!!!

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