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Cédric Lescop : « Nous avons décidé de rester ouvert »

Parce qu’elle opère la plus grande flotte de Pilatus PC-12 au monde et qu’elle était déjà engagée dans la digitalisation, Jetfly peut continuer à voler bien que tout soit plus compliqué. Cédric Lescop, le PDG de Jetfly, est persuadé que la crise va changer la donne dans l’aviation d’affaires qui ne s’était pas relevée de la précédente crise de 2008.

16.05.2020

"Tout est plus compliqué du point de vue opérationnel", admet Cédric Lescop (Jetfly), malgré une activité fortement réduite. © Aerobuzz.fr

Entre avril et juillet 2020, le groupe Jetfly (100 M€ de chiffre d’affaires) a prévu de réceptionner un monoturbopropulseur Pilatus PC-12 et trois biréacteurs Pilatus PC-24. Entre ses deux filiales, Jetfly (aviation d’affaires en propriété partagée avec 250 copropriétaires) et Fly7 (management de 20 avions d’affaires Pilatus), Jetfly gère une flotte d’une quarantaine de PC-12 et 8 PC-24. Il emploie 150 pilotes. Il est le plus important opérateur au monde PC-12, « un petit avion magique » selon Cédric Lescop, le PDG du groupe et pilote professionnel.

Le spécialiste européen de l’aviation d’affaires en propriété partagée vit la crise depuis deux mois. Une crise « soudaine et même brutale ». Sur les 50 à 100 vols par jour qu’il prévoyait de faire au printemps, il n’en réalise que 5 à 10 en ce moment. Et « tout est plus compliqué en termes opérationnels ». Les semaines à venir seront décisives. Cédric Lescop mise sur son positionnement en entrée de gamme de l’aviation d’affaires pour retrouver rapidement un niveau d’activité plus important.

Jetfly a développé avec le PC-12 un modèle qui rend accessible l’aviation d’affaires à un plus grand nombre. La part minimale est fixée à 1/16e de PC-12 (ou PC-24) soit un peu moins de 400.000 $. Le client achète ensuite des quotas d’heures de vol. Le minimum est de 15 heures par an pour un peu moins de 60.000 €. Pour le PC-24, il faut compter le double. « Nous garantissons la disponibilité de l’avion dans une trentaine de pays en Europe. Le client ne paye que le temps volé. »

Jetfly fonctionne comme une compagnie aérienne. Pour les pilotes qui travaillent en équipage à deux, même sur le PC-12 certifié monopilote, cela signifie notamment un planning de vols, des roulements sur une semaine et des entrainements récurrents. Au cours des dernières années, alors qu’elle était en pleine croissance, Jetfly a recruté entre 20 et 30 pilotes chaque année. Cédric Lescop affirme qu’il a été épargné par le turnover généré par les compagnies aériennes qui avaient pris l’habitude de débaucher les pilotes professionnels dans les sociétés d’avions d’affaires et des écoles de pilotages. Pour les années à venir, de ce point de vue, il n’aura plus de problème de recrutement.

Même si la période qui vient s’annonce délicate pour l’aviation d’affaires, Jetfly a commandé un simulateur de vol de PC-12 à Frasca. Il devrait être opérationnel d’ici 12 à 18 mois. Vu les effectifs et les ambitions, un tel outil se justifie. La compagnie confie par ailleurs ses pilotes à Apache Aviation pour la formation UPRT sur Epsilon. Et comme, ses pilotes fréquentent les Alpes, elle leur fait aussi passer une qualification montagne sur Mousquetaire. La formation est un gage de sécurité, répète Cédric Lescop.

Gil Roy

Interview réalisée le mercerdi 13 mai 2020.

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

6 commentaires

  • anemometrix

    @ Philippe Cantournet,
    Ce que j’ai voulu dire, par des exemples :
    Avant, lorsque j’arrivais à la PPV j’étais accueilli par mon prénom.
    Aujourd’hui on demande le numéro matricule.
    Avant, si on rencontrait un CB sur lAtlantique nord, hop, un petit changement de cap et une fois le contournement réalisé, retour sur la route.
    Aujourd’hui il faut envoyer une demande de changement de cap par ACARS et attendre la réponse avant d’éviter le CB.
    Avant, les amarres larguées on était maître après Dieu et libre de nos décisions. C’est plus complexe aujourd’hui.
    Aéro-club:
    Avant c’était un Aéro–club, c’est devenu un ATO (Approved Training Organisation )
    Le Baptême de l’air, si joliment dit est interdit : au mieux un vol découverte, ou d’initiation . A quand un acronyme ? ….
    Ceci étant si je pouvais reprendre les commandes d’un Airbus ou d’un Boeing je m’y précipiterais. Je volerai même gratis !
    Ceci pour dire que le grand vainqueur, et cette crise du Covid en est un exemple, c’est l’administration qui nous accable de règles, d’acronymes, de restrictions, de menaces.
    Philippe bonne chance ! Longue carrière !

  • Les salaires de demain?

    En effet, il y aura un avant et un après 2020…
    Avant un jeune pilote disposé d un salaire « moyen » de 3000 ou 5000€, demain, il y aura tellement de pilote au chomage, qu’il ne touchera plus que 1500 ou 2500€. Soit 100% de bais(s)e de salaire.
    Soit pour ce cas, avec 150 pilotes, une economie d’environ un PC12 neuf/an (4 ou 5 millions d ‘euros/an).
    Une economie salaires qui peut rapporter 5% du CA et peut etre doubler le resultat.
    Vive l après Covid, pour les jeunes gardez la pêche, financer vos études une fortune pour toucher moins qu’un conducteur de train ou de car…ouai bof…
    Dans les grandes compagnies aérienne, le Covid va devenir le bon pretexte pour virer les gros salaires, et les prochains « pilote » ne seront plus que des « operateurs système » payé avec un convention de m…. et un salaire de m….
    Sans oublier que le co-pilote va disparaitre d’ici peut de temps (remplacé par la technologie).
    Message à tous les jeunes pilotes optimistes, ouvrez les yeux, reflechissez, et si vous croyez les articles de presse qui mise sur la reprise des activités, n’oubliez pas de voir les conditions de cette reprise.

  • Philippe CANTOURNET

    Anémometrix même si tu as serré le frein de parc et décroché ton harnais , un pilote doit être prudent mais OPTIMISTE ! Alors pour les jeunes quand vous lisez « c’était mieux avant » dites vous qu’avoir son bureau au-dessus des nuages restera toujours du BONHEUR !!!
    bonne retraite à Anemometrix, en espérant qu’il transmette son expérience aux jeunes ….sinon quel gâchis …

  • anemometrix

    Je souscris aux compliments de JeanLM : Merci Gil Roy pour tout ce travail de recherche et d’investigation sur les sujets les plus,divers.
    Bravo bien sûr à JetFly, néanmoins, ayant débuté ma carrière sur Lear Jet il y a un demi-siècle je préfère avoir vécu cette époque de l’Aviation plutôt que l’actuelle et celle à venir.
    Même chose pour l’Aéro-Club …

  • HG

    Chapeau! Et longue vie a Jetfly!

  • JeanLM

    Tout comme vos précédentes interviews, celle-ci est très interessante, j’ai hâte d’en voir d’autres. Par exemple, nous savons tous que la crise 2008 et la faillite d’Apex Aircraft avait fait frémir les aéroclubs, pourquoi ne pas donc donner la parole à Robin Aircraft et Mr Pellissier à l’occasion d’une prochaine interview, je suis certain que c’est un échange qui intéresserait de nombreux pilotes en aéroclubs ?

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