Accueil » La demande en avions d’affaires se rétracte

La demande en avions d’affaires se rétracte

C'est un rituel immuable. La veille de l'ouverture de la convention annuelle de la NBAA, Honeywell rend public son étude prospective annuelle sur la demande d'avions d'affaires sur la décennie à venir. Cette année à Las Vegas (10-12 octobre 2017), la tendance est à la baisse. De quoi plomber le moral d'un secteur fragilisé qui cherche à se raccrocher au moindre frémissement qui pourrait annoncer la reprise tant attendue depuis 2008. 

10.10.2017

Honda Aircraft a récemment annoncé renforcer la présence du HondaJet en Chine en mettant en place un service client à Guangzhou © Honda Aircraft

Alors que la grand-messe de l’aviation d’affaires vient d’ouvrir à Las Vegas, Honeywell publie sa 26ème étude prospective sur la demande en biréacteurs d’affaires. Sur la période 2018-2027, l’étude prévoit une demande de 8.300 appareils pour un montant approchant 249 milliards de dollars. Honeywell revoit ainsi à la baisse son étude de 2016, de 2 à 3%.

En cause : « la baisse des prix des avions d’occasion, la faiblesse persistante du prix des matières premières et les incertitudes économiques et politiques qui restent des préoccupations à court terme pour les nouveaux achats de jets, entraînant une croissance modeste en 2018« , analyse Ben Driggs, président d’Honeywell Aerospace. Toutefois, Ben Driggs relativise en précisant que « des appareils innovants vont arriver sur le marché, qui assureront une croissance durable à moyen terme.« 

Embraer, qui a annoncé récemment le Phenom 300E, a livré 59 jets d’affaires en 2017 dont 20 appareils au cours du 3ème trimestre 2017 (4 Phenom 100, 9 Phenom 300, 2 Legacy 450, 1 Legacy 500 and 4 Legacy 650) © Embraer

L’étude estime que 620 à 640 bizjets devraient être livrés en 2017, ce qui représente une diminution de 30 avions environ, au regard des chiffres de 2016. Un ralentissement qui s’explique, selon l’étude, par « une baisse modérée en 2016 attribuable au ralentissement des commandes pour les modèles d’avions arrivés à maturité et par l’arrivée de nouveaux modèles sur le marché, prévus pour la fin  2017 et pour 2018. »

26 mois après son entrée en service, Textron Aviation célèbre au salon NBAA de Las Vegas la 100e livraison du « midsize jet » Cessna Citation Latitude © Textron Aviation

Les opérateurs focalisés sur les larges cabines

Dans un sondage envoyé à 1.500 d’entre eux, les opérateurs quant à eux envisagent d’acheter l’équivalent de près de 19% de leur flotte actuelle en remplacements ou en augmentation de flotte, soit une baisse de 8% comparé à l’étude de 2016.

Les opérateurs continuent de se concentrer sur les avions à large cabine, allant des « super mid-size » jusqu’aux « ultralong range » qui devraient représenter plus de 85% des achats de nouveaux appareils pour les cinq prochaines années. 19% de ces ces acquisitions devraient être entreprises d’ici à la fin 2018 et 17% puis 14% respectivement en 2019 et 2020.

Les « ultralong range » ont le vent en poupe qui rerésente 85% des intentions d’achat par les opérateurs d’ici à cinq ans © Dassault Aviation

Une situation incertaine en Europe

En ce qui concerne la zone Europe, l’étude d’Honeywell relève que « les opérateurs font face à une croissance léthargique, suspendue aux effets encore incertains du Brexit d’une part, de l’afflux des réfugiés et des migrants, de la menace continue du terrorisme, les intentions d’achat ont fortement baissé au cours de cette année« , passant de 30% en 2016 à 19% en 2017. Toutefois, la demande en jets sur les cinq années à venir en Europe reste stable à 14% des besoins. 45% des intentions d’achat sont envisagés par les opérateurs à partir de 2022.

Trafic en hausse en Europe

Si les ventes sont quelque peu apathique, le trafic des jets d’affaires ne cesse de croître en Europe. Alors que paraissaient les chiffres du sondage d’Honeywell, l’European Business Aviation Association (EBAA) a publié les chiffres fournis par Eurocontrol pour septembre 2017. On note une hausse de 5,7% du trafic en comparaison avec la même période en 2016, ce qui représente 3.500 vols supplémentaires sur un an. « Concrètement, cela représente une moyenne de 120 vols d’aviation d’affaires par jour supplémentaire entre janvier et septembre 2017 comparé à la même période l’an passé » résume le président d’EBAA, Brandon Mitchener, qui conclue : « cela confirme la relative bonne santé du secteur. »

Cessna remporterait la mise avec 23% des livraisons totale. Son Citation Hemisphere devrait effectuer son premier vol en 2019 © Textron Aviation

L’Amérique Latine seule en hausse

Pour le reste du monde, les résultats de l’étude d’Honeywell sont plutôt moroses. La zone Brésil, Russie, Inde, Chine (BRIC) poursuit sur la tendance relevée en 2014, pour toutefois s’aligner sur les intentions d’achats relevées au niveau mondial, à 19%. L’Asie-Pacifique est elle aussi en déclin, de même que l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient et l’Afrique. Seule l’Amérique Latine enregistre des intentions d’achats supérieures en 2017. 29% de la flotte latino-américaine de business jets devrait être remplacée d’ici à cinq ans.

Dassault veut rester optimiste

« L’environnement de l’aviation d’affaires reste complexe » a déclaré Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation dans son discours prononcé à l’ouverture du salon NBAA à Las Vegas, qui tempère « mais il y a toutefois de la place pour un peu d’optimisme, en particulier aux USA, en Europe et en Asie. »

Pour Dassault, les USA et l’Europe donnent un sentiment mitigé : d’un côté les ventes d’occasion augmentent mais de l’autre, la vente d’avions nouveaux reste timide. Prenant le contrepied de l’étude d’Honeywell, Eric Trappier met en avant la léthargie du marché latino-américain et a contrario la Chine qui montre des signes d’activité allant crescendo. Le PDG de Dassault précise également que sa société a noté la diminution du nombre d’avions Dassault sur le marché de l’occasion depuis un an. Les Falcon ont diminué d’un tiers, représentant 7% de la flotte totale et les prix, s’ils continuent à baisser, restent « meilleurs que ceux des concurrents. »

Malgré une conjoncture morose en Europe, Dassault reste optimiste. Depuis le Falcon 20 en 1965, les Falcon ont totalisé 19 millions d’heures de vol avec 1.230 opérateurs © Dassault Aviation

Des prix en augmentation

Une autre étude, parue au même moment, prédit une hausse de 33% de la flotte des avions commerciaux d’ici 10 ans. Jetcraft estime les livraisons précisément à 8.349 appareils, confirmant ainsi les prédictions d’Honeywell. Cette nouvelle étude prospective précise quant à elle que « au cours de la dernière décennie, le prix courant moyen des avions a augmenté de 56 %. » Ce chiffre devrait progresser de 16% d’ici à 2026, alors que 98 % des revenus prévus concernent des modèles à fuselage large comme l’Hemisphere, le Global 7000 et le Gulfstream 500 et600.

Enfin, Jetcraft précise que Cessna reste leader en termes de livraisons avec 27,3%. Bombardier « récupérer la plus grande part de marché en termes de revenus pendant la période de la prévision, avec 29,2 %. »

Fabrice Morlon

A propos de Fabrice Morlon

chez Aerobuzz.fr
Après des études de lettres, Fabrice Morlon s’oriente vers le journalisme. Il a fondé l'agence de communication Airia en 2013. Pilote privé, il a rejoint la rédaction d’Aerobuzz, début 2013. Fabrice Morlon a, principalement, en charge l’aviation légère, l’avionique et les équipements.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.