Accueil » Aviation Générale » La DGAC branche le Fablab

L’évaluation de l’utilisation d’un avion électrique en aéro-club va pouvoir débuter dès septembre prochain à Toussus-le-Noble. La DGAC vient de donner son feu vert à la Fédération française aéronautique.

Jean-Luc Charron (à droite), président de la FFA, a fait monter à bord de son projet, Patrick Gandil, directeur général de la DGAC. © Gil Roy / Aerobuzz.fr

Jean-Luc Charron et Patrick Gandil assis à bord du biplace électrique Alpha Electro de Pipistrel. Le président de la Fédération française aéronautique en place gauche, le directeur de la Direction générale de l’aviation civile, en place droite. Il ne faut pas y chercher un symbole, encore moins une hiérarchie dans l’équipage.

Le projet de la FFA porté par la volonté de la DGAC

Ces derniers mois, les deux hommes ont piloté ensemble ce projet qui entre désormais dans sa phase expérimentale, même si celui qui l’a porté à bout de bras depuis trois ans est Jean-Luc Charron, nouveau président de la FFA. Mais sans la volonté de Patrick Gandil, directeur général de la DGAC, rien n’aurait été possible. Les deux hommes ont déplacé des montagnes d’apriori et d’hostilité pour convaincre les multiples parties-prenantes du dossier, en commençant par les plus récalcitrantes, et pour les amener à devenir, dans la mesure du possible, des partenaires. Au pire des observateurs bienveillants.

Une toute petite partie des intervenants que Jean-Luc Charron, président de la FFA, entraine avec lui dans le Fablab « avion électrique » : (de g à d) Ivo Boscarol, PDG de Pipistrel, Tim Tomazic, directeur R&D de Pipistrel, Christian Stuck, directeur de Finesse Max (importateur Pipistrel), Charles Hauton, vice-président FFA, Jean-Luc Charron, président FFA, Patrick Gandil, directeur général DGAC, Patrick Cipriani, directeur DSAC, Patrick Amar, chef de la MALGH (DGAC) et Raoul Gaillard, président du CRA Ile de France (FFA). © Gil Roy / Aerobuzz.fr

Depuis des années, Jean-Luc Charron ne compte plus ceux qui lui ont démontré que son projet de faire entrer un avion électrique dans un aéro-club était voué à l’échec. Ils ont dressé des listes interminables de tous les éléments qui empêchent que ça marche. L’objet du Fablab imaginé par celui qui n’était encore que vice-président de la FFA est précisément d’analyser tous ces problèmes qu’ils soient d’ordre technique, réglementaire, pédagogique, humain… et de voir, en vraie grandeur, comment les surmonter avec ceux qui sont directement concerner.

Juste ce qu’il faut de politique

« Après un long travail d’explication aux différentes parties prenantes », explique la FFA, non sans un certain euphémisme, « ce projet est désormais incontournable depuis que la Direction Générale de l’Aviation Civile y a consacré un groupe de travail pour élaborer les conditions réglementaires nécessaires à la mise en œuvre et à la sécurisation de cette exploitation, notamment pour fixer les conditions de réalisation de la formation des pilotes sur ce nouvel aéronef ». L’accord a été officialisé pendant le salon du Bourget. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique, devait venir le signer en personne. Il n’a pas pu le faire pour cause de conseil des ministres.

Faut-il le regretter ? Deux ans plus tôt, celle qui a précédé Hulot dans cette fonction en a fait beaucoup pour l’E-Fan d’Airbus. On connaît la suite. Aux bonnes fées, préférons les hommes et les femmes de bonne volonté. D’autant que dans le projet qui est entrain de prendre forme, il faudra beaucoup d’humilité. L’objectif de Jean-Luc Charron n’est pas de faire la une de l’actualité, mais bien de trouver des solutions pour réaliser la transformation des aéro-clubs. La sérénité est préférable à l’emballement médiatique. Un peu de politique peut mettre de l’huile dans les rouages, mais trop le dévoie.

Le choix assumé de Pipistrel

Dans la foulée du protocole d’accord signé entre la FFA et la DGAC, la FFA a signé une lettre d’intention avec Pipistrel portant sur l’acquisition de trois biplaces électriques. L’évaluation commencera avec la version électrique de l’Alpha Trainer qui doit être livrée avant la fin de l’année 2017. Il sera exploité sous laisser-passer (« Permit to Fly ») délivré par la DGAC.

Pipistrel n’a pas l’intention de certifier l’Alpha Electro. En revanche, il vise une certification pour le Virus. D’où la décision de la FFA d’en commander deux exemplaires. Bien évidemment, la protocole d’accord ne deviendra commande ferme, que lorsque la DGAC aura accordé à l’Alpha Electro son « Permit to fly » et, plus tard, que l’EASA aura délivré le certificat de type au Virus Electro.

Toussus-le-Noble aérodrome d’évaluation

A partir de cet été, ou au plus tard au début de l’automne, la FFA mettra en place son Fablab sur l’aérodrome de Toussus-le-Noble. Avant de réceptionner le premier avion, il convient en effet de mettre en place la structure d’évaluation. Les aéro-clubs locaux impliqués vont mettre à disposition des instructeurs qui seront formés par le chef-pilote d’essais de Pipistrel. Les clubs détacheront aussi des mécaniciens qui seront également formés par le constructeur slovène.

L’activité débutera donc dans l’hiver avec dans un premier temps des pilotes brevetés pour permettre de mettre sur pied le programme de formation qui sera ensuite testé sur des pilotes ab-initio. C’est une volonté forte de la DGAC de pouvoir rapidement mettre en œuvre un cursus de formation ab-inito.

C’est maintenant que la Fablab devient réalité. Mine de rien, Jean-Luc Charron initie une véritable révolution culturelle en réunissant, d’abord autour d’une table, et maintenant dans un hangar de Toussus-le-Noble, tous les intervenants de l’aviation générale. Avec l’avion électrique, le président de la FFA pousse l’aviation générale dans l’ère du collaboratif.

Dans les mois à venir, il ne va pas seulement être question de définir le mode d’emploi de l’avion électrique, mais aussi d’apprendre à travailler ensemble. Cet apprentissage d’une démarche collaborative dans l’intérêt général, au-delà des prérogatives de chacun, est aussi un passage obligé dans la construction de l’aéro-club de demain, le dessein politique, au sens noble du terme, porté par Jean-Luc Charron.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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