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Safetyn fait entrer l’aviation légère dans l’incubateur d’Airbus

Parmi les douze entreprises européennes à avoir rejoint l'Airbus Bizlab début octobre 2017, deux start-up françaises ont été sélectionnées pour bénéficier du support du géant de l'aéronautique. L'une d'elle, basée à Toulouse, souhaite développer un outil dédié à la sécurité des pilotes de l'aviation légère. La start-up devrait présenter sa Safetyn box en juin 2019 lors du prochain Salon du Bourget pour une commercialisation fin 2019.

26.12.2017

De sept personnes en 2017, Safetyn devrait recruter en 2018 pour passer à 20 salariés © Airbus

Depuis 2015, le BizLab d’Airbus accueille à Hambourg, Toulouse et Bangalore des start-up venues du monde entier et qui portent un projet, une idée innovante en lien avec le milieu de l’industrie aérospatiale, sans être encore passées au stade de la commercialisation. Le BizLab joue alors un rôle d’accélérateur en facilitant les échanges avec des investisseurs, des partenaires industriels et le réseau des start-up formé par Airbus. L’objectif est de s’assurer que le projet sera commercialisable au terme d’une première étape de six mois de réflexions commerciales, stratégiques et techniques.

Quand Goliath donne un coup de pouce à David

Airbus mobilise des experts sur des sujets très divers comme les opérations en vol, les aspects juridiques et enjeux de certification, les essais en vol, ainsi que les problématiques de développement produit, de stratégie industrielle, mais aussi de coaching pour améliorer l’efficacité de la communication et des levées de fonds.

56 start-up ont déjà bénéficié du réseau formé par le BizLab, auxquelles s’ajoutent 12 nouvelles recrues, sélectionnées parmi 2.000 candidatures, qui ont rejoint les sites d’Hambourg et de Toulouse. Parmi elles, Safetyn, créée en 2016, est déjà en cours de développement d’un prototype de boîtier portatif, la Safetyn box, qui permettra d’augmenter la sécurité des pilotes récréationnels.

A la tête de sept personnes, Arnaud Violland, 41 ans, co-fondateur et directeur de Saftyn, ingénieur généraliste et titulaire de deux Master dans la gestion des entreprises et de l’innovation, est élève pilote chez Avialpes, basé à Annecy. « L’idée nous est venue en assistant à distance aux vols en solitaire et qui duraient parfois des heures à bord de Solar Impulse » se souvient Arnaud Violland. « Il est est apparu essentiel d’apporter une contribution à la sécurité des vols qui, même récréatifs, peuvent demander une charge de travail importante de la part du pilote. »

Un boîtier portatif personnel

Le boîtier, qui tiendra dans une mallette ou un sac de vol, est une sorte d’avertisseur pour le pilote qui améliorera sa prise de conscience des risques et menaces. « En effectuant des recherches dans le domaine des facteurs humains« , explique encore Arnaud Violland, « nous avons constaté que le pilote peut être sourd à une alerte. »
Une alarme de décrochage ou celle avertissant que le train d’atterrissage est rentré peuvent n’être perçues que tardivement, parce que le pilote est occupé à régler son GPS, parce qu’il est concentré sur sa finale etc. ce fameux « effet tunnel  » que les pilotes connaissent bien dans le domaine des facteurs humains.
« Cette surdité à l’alerte peut avoir des conséquences dramatiques » explique Arnaud Violland « et nous avons imaginé un boîtier portatif qui solliciterait les autres sens du pilote pour l’avertir. » Et le directeur de Safetyn d’ajouter que « cette box sera intelligente, portative, personnalisée, multifonctionnelle. »

Dans la pratique, quelques capteurs devront être installés dans le cockpit qui enverront au boîtier des informations qui seront restituées de manière intelligible par le pilote par une alarme qui sollicitera d’autres sens de manière graduelle : une alarme visuelle identifiable rapidement, une alarme sonore qui émettra sur une autre fréquence et qui ira crescendo…
Safetyn, qui a déposé des brevets, tient encore secret le mode de fonctionnement précis et devrait présenter un boîtier opérationnel en 2019 lors du Salon du Bourget.

Arnaud Violland et Bruno Gutierres, responsable de l’Airbus BizzLab © Safetyn

 Deux prototypes en cours de test

Un 1er prototype doté de deux fonctionnalités de la box a été présenté début septembre 2017  à l’occasion du grand oral dans le cadre de la sélection de l’Airbus BizLab. « Nous venons de prendre livraison d’une version améliorée », explique Arnaud Violland, « qui va être testée en vol et encore améliorée sur le 1er semestre 2018. Nous présenterons une fonctionnalité de ce boîtier lors du CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas entre les 9 et 12 janvier 2018 prochains.« 

Dessine-moi une Safetyn box

 L’objectif de la start-up est également de faire appel à la communauté des pilotes de manière à recueillir les impressions et leurs souhaits quant aux fonctionnalités du boîtier.
« A ce jour, nous avons rencontré plus d’une centaine de pilotes privés, commerciaux et militaires, majoritairement en France, en Suisse, en Belgique et en Allemagne, élèves, jeunes et moins jeunes » précise Arnaud Violland.

Puisqu’il est question de la sécurité du pilote et de ses passagers, Safetyn a souhaité intégrer la communauté des pilotes qui, avec leur expérience, permettent de donner des pistes de développement pour le dispositif de Safetyn, qui n’est pas encore figé. Pour l’entreprise, « il est fondamental que ces mêmes pilotes jouent un rôle central dans ce processus de maturation des solutions Safetyn, avec le leitmotiv : Pensé par des pilotes, conçu et testé par des pilotes, expérimenté par des pilotes. »

L’aviation légère pour la formation du pilote de ligne

Le « cœur de cible » de Safetyn, c’est donc avant tout l’aviation légère, les pilotes d’avions, d’ULM, de planeurs et d’hélicoptères. Si Airbus apporte beaucoup à la start-up, l’avionneur n’est pourtant pas lié directement à ce type d’aviation.
Pour Arnaud Violland, la composante du facteur humain a sans doute joué dans la sélection de Safetyn à participer au BizLab. « Nombre d’observateurs et d’experts ont insisté sur la nécessité d’inciter davantage les pilotes d’aviation commerciale en formation à voler à bord d’avions légers afin de développer leurs sens du vol » explique le directeur de Safetyn. Ainsi, Airbus aurait intérêt à ce que les futurs pilotes de ses appareils bénéficient d’une conscience accrue des risques et menaces à l’aide de la Safetyn box.

Pour Arnaud Violland, directeur de Safetyn, l’objectif est, en 25 ans, de diviser par 6 le nombre d’accidents mortels dans l’aviation légère © Safetyn

Préservation de vie

Toutefois, la box n’est qu’une étape dans le cheminement de la start-up. Safetyn imagine développer d’ici cinq à dix ans des systèmes automatisés de sécurité intégrés au poste de pilotage. « Les technologies actuelles ont démontré leur capacités à automatiser la plupart des tâches de pilotage » explique Arnaud Violland, qui fait référence notamment aux développements d’Aurora Flight Sciences, désormais filiale de Boeing, et ses travaux menés sur le système Alias et le DA42 Centaur.

D’après le directeur de Safetyn, ce qui manque à ces technologies, ce sont des systèmes de préservation de vie. C’est dans ce domaine que la start-up veut apporter sa pierre à l’édifice.

Pour l’heure, l’objectif de Safetyn, soutenue également par le CERN de Génève, le Crédit Agricole et BPI France, est de commercialiser son boîtier à la fin 2019. Arnaud Violland espère réaliser 20 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2022.

Pour tenir son pari, l’entreprise à lancé une levée de fonds et espère réunir un million d’euros. Safetyn s’apprête à développer son équipe : elle devrait recruter une quinzaine de collaborateurs en 2018. L’autre axe stratégique est de poursuivre son rapprochement avec les centres de recherche et les start-up hébergées au Biz Lab d’Airbus.

Fabrice Morlon 

Montée en puissance du BizLab d’Airbus

A propos de Fabrice Morlon

chez Aerobuzz.fr
Après des études de lettres, Fabrice Morlon s’oriente vers le journalisme. Il a fondé l'agence de communication Airia en 2013. Pilote privé, il a rejoint la rédaction d’Aerobuzz, début 2013. Fabrice Morlon a, principalement, en charge l’aviation légère, l’avionique et les équipements.

6 commentaires

  • Passant

    Que défendent en fait des pilotes qui dénigrent des moyens de navigations modernes, sûrs et éprouvés et qu’on peut facilement « doubler » en secours (comme avec une tablette et un programme de navigation) ?? Comment peut-on préférer l’insécurité d’une nav au cap et à la montre, quand on peut faire autrement ?

    A mon avis, ils défendent leur jeunesse et leurs rêves (et une image de d’eux même « en pilote »), mais ils souffrent en fait d’un manque de lucidité et peut-être « d’obsolescence » 😉

  • Leandre

    Toutes les solutions qui permettent aux pilotes d’améliorer leur conscience des risques sont bonnes à étudier, de surcroît si de telles solutions sont issues de l’expérience-même des pilotes car nous nous retrouvons souvent seuls en « première ligne » avec beaucoup d’informations complexes à gérer dans un temps qui nous manque cruellement dans bien des situations, donc curieux de voir à quoi ressemblera cette Safetyn box… En tout état de cause, il est plus que bienvenu que des sociétés françaises apportent ainsi leur pierre à l’édifice sur de tels sujets, alors je profite de cette période de vœux pour apporter les miens à cette équipe ainsi qu’à tous ceux qui œuvrent à améliorer notre sécurité !

  • MERCIER Gérard

    Dans l’article il est écrit entre autres : développer le sens du vol pour les pilotes d’aviation commerciale en volant à bord d’avion légers…

    Je pense que l’outil n° 1 pour cela est et restera le vol à voile…

    • Francou

      Oui, La bille et le badin….ça suffit. Comme sur mon avis flyer
      Que ceux à qui cela ne suffit pas reste au sol
      Car le jour où tous ces gadgets tombent en panne
      Il ne reste que cela pour piloter
      Je connais un pilote avec qui j’ai volé récemment qui
      Refusait de voir le terrain au dessous de lui car le GPS
      le localisait 5 km plus au nord. C’est grave, très grave
      Jp Francou

      • Roland M___

        Je confirme et plussoie ! Avec, quand même, la carte et un peu de radionav.
        Au cours d’un lâcher machine avec un « jeune » pilote entre LFMT et LFMV , on lui a coupé le GPS (à Tarascon, c…) et demandé où l’on se trouvait : panique, il ne savait pas.
        En 89, sans revenir aux temps préhistoriques, les participants d’Air Solidarité y sont allés avec, bien souvent, qu’avec un VOR et un radiocompas et ne se sont pas perdus.
        L’utilisation à outrance des aides électroniques conduisent à une perte de vigilance.

  • Pierre

    Il faut bien que Goliath trouve des idées de quelque part…

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