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Thomas Pesquet, de Merville à Baïkonour en passant par Vilgenis
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C'est un Cadet Air France, formé à l'EPAG, qui s'envolera, le 17 novembre à 21h20, aux commandes de Soyouz. Celui qui a appris à piloter à Toulouse-Lasbordes restera six mois à bord de la Station spatiale internationale, en orbite à 400 km de la Terre. Retrouvailles avec un ancien de Merville…

16.11.2016

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Depuis sa sélection en tant qu’astronaute, il est sur tous les fronts médiatiques. « Je suis un pur produit de l’éducation à la française » aime à rappeler Thomas Pesquet, fils de profs, qui partage son expérience de manière quotidienne sur les réseaux sociaux. Ce portrait aurait pu tout aussi bien s’appeler « Thomas Pesquet ou l’itinéraire d’un enfant gâté » : sportif, intelligent, polyglotte, belle gueule à qui tout réussit, c’est le gendre idéal.

Pour autant, Thomas est bien loin de donner l’image d’un super-héros. Le plus jeune des spationautes français est un très bon communicant qui s’évertue au fil des interviews à démontrer qu’il est la preuve vivante de ce qui pourrait être son leitmotiv : croire en ses rêves et se donner les moyens de les réaliser. Il est actuellement à Baïkonour, à quelques heures du lancement du Soyouz qui l’emmènera le jeudi 17 novembre vers l’ISS, avec la mission baptisée Proxima.

« Le plus beau métier du monde, après celui d’astronaute »

Après un Bac scientifique obtenu à Rouen, sa ville natale, Thomas part pour le sud de la France, à Toulouse, pour rejoindre l’École Nationale Supérieure de l’Aéronautique et de l’Espace (Supaéro). Il en sortira en 2001 avec en poche son diplôme d’ingénieur aéronautique spécialisé dans la conception et le contrôle des satellites. Puis il rejoindra le Cnes où il travaille pendant deux ans. Après cette expérience, Thomas se décide à réaliser son rêve d’enfant et passe les sélections d’Air France. Il rejoint ainsi le programme des cadets en 2004.

Thomas Pesquet aux côtés du commandant du Soyouz Oleg Novitsky et de l’astronaute de la NASA Peggy Whitson © Nasa / Esa

Thomas Pesquet aux côtés du commandant du Soyouz Oleg Novitsky et de l’astronaute de la NASA Peggy Whitson © Nasa / Esa

« Comme beaucoup, je rêvais de devenir pilote de ligne et astronaute », confie Thomas qui poursuit : « je regardais, bouche bée d’admiration et d’envie, les films comme L’Étoffe des héros, j’avais des posters de navettes spatiales accrochés au mur de ma chambre. Je rêvais de voyager, de découvrir le monde. Ça n’a pas toujours été simple, mais j’ai tout fait pour réaliser mon rêve : devenir pilote de ligne, le plus beau métier du monde… après celui d’astronaute ! »

En parallèle de ses études à Supaéro, Thomas apprend à piloter sur le terrain de Toulouse-Lasbordes. Mais c’est à l’Epag , à Merville, qu’il apprend son métier de pilote de ligne. Thomas conserve d’ailleurs un lien particulier avec cette école. Après la fermeture de l’Epag en 2013, il a soutenu sans réserve la création de la nouvelle école de pilotage, l’Epag ng, ouverte en 2014 sur le même site, initiative de quelques instructeurs de la défunte Epag.

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Thomas Pesquet (4e en partant de la droite), avec sa promo devant le château de la Motte-aux-Bois durant son apprentissage du métier de pilote de ligne à l’Epag de Merville © Collection personnelle de Thomas Pesquet

Et Thomas ne tarit pas d’éloges sur ses instructeurs : « Les instructeurs de l’Epag ng m’ont appris mon métier, la rigueur, la confiance en soi et dans la personne avec qui on fait équipage. Lorsque j’ai su que l’Epag fermait, j’ai éprouvé une grande tristesse d’imaginer que ce savoir-faire reconnu à l’international pouvait se perdre. J’ai été d’autant plus rassuré lorsque l’Epag ng à ouvert Merville avec à sa tête les instructeurs qui m’ont formé et qui ont fait ce que je suis, qui m’ont transmis leur savoir lors de ma formation initiale de pilote. »

Avec ces instructeurs, Thomas confie avoir compris qu’on apprenait plus de ses erreurs que de ses succès et que le super-héros qui ne se trompe pas n’est pas encore né. « Je me souviendrai longtemps de mon test CPL (Commercial Pilote License). J’avais un instructeur de l’Epag à côté de moi et un testeur à l’arrière. Je devais m’intégrer sur le terrain d’Amiens, que je connaissais par cœur et que j’avais préparé au millimètre près mais, le stress aidant, je me suis intégré sur le terrain… à l’envers ! Une vraie belle connerie ! Mon instructeur donnait discrètement des petits coups de pied dans les palonniers de manière à me faire réagir… Je me suis rendu compte de ma bourde et j’ai corrigé mon erreur. On fait tous des erreurs, même les astronautes, et ça fait partie du système : une des grands forces de l’aviation civile c’est de prendre en compte l’erreur et de l’accepter. »

De Merville à Baïkonour

En 2006, il obtient donc son ATPL et rejoint Air France. Il est affecté sur A320 en tant que copilote et deviendra ensuite instructeur sur ce même type et formateurs sur les facteurs humains.

Thomas estime que les pilotes de ligne ont beaucoup à apporter au monde du spatial.  « On a beaucoup de choses à apporter au monde spatial en venant de la ligne. Je suis issu de la formation Air France, du travail en équipage dont on peut transposer certains éléments dans le domaine du spatial. Plus j’avance dans le spatial et plus je trouve de points communs à la ligne : le cockpit multipilote et le travail en équipage, le décollage très dynamique, la phase de croisière et la reprise en pilotage manuel pour l’arrivée et l’arrimage à l’ISS. » En tant qu’instructeur A320 et facteurs humains, Thomas fait le parallèle entre ce qui se déroule au sein d’un équipe d’astronaute, avec ce qui se passe au cœur d’un équipage de pilotes de ligne, notamment avec le CRM (Crew Resource Management, Gestion des ressources de l’équipage).

8.413 candidats pour 6 retenus

8.413 candidats européens remplissaient les premiers critères de l’ESA pour être sélectionnable. Il fallait au départ être détenteur d’un certificat médical de classe 1, bien connu dans le milieu de l’aviation civile et militaire. Au final, six personnes ont été retenues, dont Thomas, qui a appris l’annonce un vendredi soir, en compagnie de copains. « Le responsable des ressources humaines de l’ESA m’a appelé à 22h en me demandant si ça m’intéressait toujours d’être astronaute… j’ai hésité à faire une blague en disant que finalement pas tant que ça… et puis non, évidemment que ça m’intéressait! Plus que tout au monde! »

Une fois l'ATPL en poche, Thomas rejoint la ligne en tant que copilote sur A320. A bord de Soyouz, il aura la place gauche, celle du copilote. © Air France

Une fois l’ATPL en poche, Thomas rejoint la ligne en tant que copilote sur A320. A bord de Soyouz, il aura la place gauche, celle du copilote. © Air France

Six ans ont passé avant d’être désigné sur une mission, six ans d’entraînement intensif, partagés entre l’ESA, la Nasa, la Chine, la Russie et la ligne avec Air France : tous les deux mois, Thomas revenait voler sur A320 de manière à maintenir ses qualifications. Puis vient la nomination en 2014 pour participer à la mission 50 vers l’ISS, baptisée Proxima, du nom de l’étoile la plus proche du système solaire. 

« Pour devenir astronaute, il y a une formation de base, comme pour devenir pilote, avant d’entrer dans un cockpit d’avion de ligne : entraînement en piscine, en microgravité à bord de l’A300 0G à Mérignac, stage de survie, j’ai appris le russe, le chinois. Après deux ans de formation, on passe à l’entraînement sur le vaisseau qui nous emmènera vers l’ISS, un peu comme une qualification de type. Il faut à la fois connaître le Soyouz et son pilotage mais aussi l’ISS sous toutes les coutures : si on doit réparer quelque chose on ne pourra compter que sur nous. » Puis, quand vient la nomination sur la mission, Thomas s’entraîne et répète les différentes expériences scientifiques qu’il aura à mener à bord de l’ISS.

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Après 1.500 heures de cours, un entraînement intensif en piscine et des échanges avec les Américains, les Russes et les Chinois, Thomas Pesquet apprend sa nomination sur le vol 50 six ans après avoir été sélectionné. © Nasa / Esa

Au programme de sa mission, une cinquantaine d’expériences scientifiques sur la physiologie et les facteurs humains qui permettront de préparer les vols vers l’espace plus lointain, ainsi que quatre sorties extra-véhiculaires. Entre temps, l’astronaute français espère pouvoir tweeter et assurer une présence quotidienne sur les réseaux sociaux et promet quelques surprises. En outre, Thomas réalisera début 2017 la première œuvre artistique en microgravité… à suivre !

Des gens ordinaires qui font des choses exceptionnelles

Thomas rendra aussi hommage à un célèbre aviateur en emportant avec lui l’une des œuvres d’Antoine de Saint-Exupéry : laquelle mieux que le Petit Prince pouvait prendre place à bord de l’ISS ? L’astronaute fera d’ailleurs partie, au cours de sa mission à bord de l’ISS, du jury d’un concours d’écriture.

Après l’ISS, et parce qu’il avoue ne pas pouvoir vivre sans projet, Thomas aimerait apprendre à piloter un hélicoptère et il espère être de ceux qui partiront pour la Lune ou Mars dans un voyage au long cours.

Enfin, si l’astronaute devait donner un conseil, ce serait de ne pas abandonner ses rêves : « Il faut croire en ses rêves : il y a plein de choses possibles et accessibles, j’en suis la preuve vivante. Piloter un avion est accessible à tout le monde ! En revanche, rien n’est facile : il faut se donner les moyens, en travaillant sans relâche. Et il ne faut pas croire que les pilotes ou les astronautes sont des gens exceptionnels : nous sommes seulement des gens ordinaires qui ont la chance de faire des choses exceptionnelles. »

Fabrice Morlon

 

A propos de Fabrice Morlon

chez Aerobuzz.fr
Après des études de lettres, Fabrice Morlon s’oriente vers le journalisme. Il a fondé l'agence de communication Airia en 2013. Pilote privé, il a rejoint la rédaction d’Aerobuzz, début 2013. Fabrice Morlon a, principalement, en charge l’aviation légère, l’avionique et les équipements.

2 commentaires

  • Bourneton

    Nous allons suivre son envol avec beaucoup d’intérêt…
    J’apprends grace à cet article qu’il a appris à pilote à Lasbordes…comme moi !!! ca fait plaisir !!!

  • G LESCALUP

    Il y a 2 Chinois à bord de Senzhou 11 depuis le 15 octobre qui s’est amarré à un module orbital.
    Pas un traitre mot dans nos media qui sont descendus bien bas.

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