Accueil » Bacquié raconte Guillaumet

Dans le trio gagnant des pilotes de l’Aéropostale, Guillaumet arrive systématiquement en troisième position. Et là encore, après avoir assis sur leur piédestal Mermoz et Saint-Exupéry, Bernard Bacquié ressuscite Henri Guillaumet, un héros positif injustement relégué en arrière plan.

15.07.2017

Le 16huin 1925, Henri Guillaumet remporte la Coupe Zénith sur Nieuport 29C1 à la moyenne de 187 km/h. © Ed. Latérales

Le dernier livre de Bernard Bacquié, « Guillaumet le passeur » s’inscrit dans la lignée des beaux livres déjà publiés par l’auteur et consacrés à Mermoz et à Saint Exupéry. Un ouvrage magnifiquement illustré et documenté qui confirme la place qu’occupe Bernard Bacquié dans le club très fermé des érudits de l’Histoire des débuts de l’aviation commerciale.

Dialogue avec Madame Guillaumet

Comme à l’accoutumé, Bernard Bacquié a décidé une fois pour toute de rédiger ses ouvrages sous forme de dialogues avec ses héros. Seul changement, l’usage du « vous » ! Avec Mermoz et Saint Exupéry, Bacquié y va carrément avec un tutoiement amical et complice. Entre pilotes, on se comprend (Bacquié a plus de 20.000 heures de vol sur de très nombreux types d’avions…).

En 1937, aux commandes de l’hydravion géant « Lieutenant de vaisseau Paris », Henri Guillaumet établit un nouveau record de distance sur l’Atlantique sud. © Ed. Latérales

Ici, Bacquié s’entretient avec une dame, une grande dame qui fut la femme de Guillaumet : madame Noëlle Guillaumet. D’où l’usage de ce respectueux et galant « vous ». Et même si cette grande dame s’adresse à lui avec la formule insistante de « mon cher jeune ami », on sent à travers ces conversations une profonde admiration pour celle qui partagea la vie de Guillaumet jusqu’à sa disparition le 27 novembre 1940 quelque part au-dessus de la Méditerranée.

Henri et Noêlle

Ce livre n’est pas un roman, ou alors un vrai roman historique. Pas un mot, pas une anecdote ne sont ici inventés, voire imaginés ! Bacquié ne plaisante pas avec la réalité. Son travail de fourmi à la recherche de tous les carnets de vol de Guillaumet l’a conduit un peu partout dans le monde. Et évidemment en Argentine, destination aimée de Guillaumet…

Les ouvrages de Bernard Bacquié se caractérisent aussi par la qualité de leur iconographie et le soin apporté à la mise en page. © Ed. Latérales

Le lecteur, témoin des longues conversations entre l’épouse passionnée et l’écrivain émerveillé, assiste à l’une des plus belles cérémonies d’hommage jamais rendu à l’aviateur. Il faut entrer dans le livre avec respect : on pénètre dans le sanctuaire des plus grands héros de l’Aviation. Et comme les histoires sont toujours mieux racontées par les femmes, on se surprend à partager l’intimité de Guillaumet : ses vols bien sûr, mais également ses émotions, ses rencontres, ses amitiés…

Avec la foi de l’éditeur

Guillaumet le passeur De Bernard Bacquié – Editions Latérales 191 pages – 30 euros. ISBN : 9-782953-450781

Avec une mise en page particulièrement soignée (Bacquié est un maniaque !), le livre regorge de photos, documents et autres dessins, dont certains totalement inédits. De sorte que le lecteur peut aborder l’histoire de Guillaumet à sa guise. Il s’agit bien ici d’un musée qui tire son originalité de la somme des documents présentés. Car, mis à part quelques anciens numéros de la revue « Icare », aucun ouvrage n’a été publié sur la vie de l’archétype du pilote de ligne – selon les propres mots de Saint Exupéry – que fut Henri Guillaumet.

Avec « Guillaumet le passeur », Bacquié rétabli le héros des Andes au panthéon des grands aviateurs.

Bruno Rivière

Mermoz, ses vols, la vérité

Bernard Bacquié sur les traces de Saint Exupéry au Maroc

A propos de Bruno Rivière

chez Aerobuzz.fr
Reporter photographe par passion, Bruno Rivière a assuré la rédaction en chef d’Aéroports Magazine pendant près de 25 ans. Il a également enseigné le journalisme en faculté. Spécialiste du transport aérien, il a rejoint Aerobuzz en janvier 2011. Bruno Rivière réalise des reportages et des recensions de livres.

8 commentaires

  • Grisez Ph

    A notre époque où il va redevenir possible d ‘ arriver à destination …avant d’être parti ! il est bon de se repencher sur nos débuts aéronautiques (et avec le Lt de V Paris ,on était bien dans le « nautisme  » …) .Pour moi ,qui ai vécu les derniers échos ,au Maroc , de cette épopée , ces beaux exemples de passion m’ont certainement conduit au parcours -étrange- de chercheur (cf mes précédentes communications ) en archéoaérovolerie , le vol « originel  » ayant été le modèle de départ , et par itérations successives , se retrouver peut -être un jour au point d’arrivée de nos rêves .Le vol « individuel » est en effet en recherche aujourdhui ,du wingsuit au planeur stratosphérique …de la meilleure formule pour s’envoyer en l’air , de zéro pied à ..?

  • Daniel FAGET

    Un très beau livre de Bernard BACQUIÉ qui signe une nouvelle fois, et pour notre plus grand plaisir, un ouvrage consacré aux héros de l’Aéropostale.
    Avec ce nouvel opus on peut effectivement parler de héros tellement la vie de cet homme, que fut Henri GUILLAUMET, a été pleinement consacrée à sa passion dans des conditions souvent extrêmes.
    Bernard nous a habitué à de superbes livres bien écrits, avec un style qui lui est propre et richement illustrés.
    Les 4 derniers livres (5, si l’on y inclus « les hommes de la légende ») ont tous la caractéristique de contenir des illustrations et des images inédites que Bernard n’hésite pas à aller chercher dans les collections privées ou dans des archives nationales et ce, bien souvent très loin de ce lieu mythique de notre aviation toulousaine que fut Montaudran.
    Et je rejoins ici pleinement ce qu’a écrit B. DAURAT dans son commentaire au sujet de tous ceux qui ont encore au 21ème siècle cette passion pour les hommes et les lieux qui ont marqué l’épopée de l’Aéropostale.
    En tous cas MERCI à Bernard BACQUIÉ d’y consacrer son temps et de partager sa passion avec nous.

  • DAURAT bernard

    oui…merci, et on comprendras peut être un jour, voir dans quelques années, pourquoi une poignée de passionnées de l’aéropostale se battent encore pour sauvegarder ce qui fut Toulouse Montaudran le berceau de toutes ces vies incroyables de héros qui ont payé cher… très cher cette derniere chanson de geste et qui eu pour seul mérite de relier les hommes entre eux, bien au de la du soucis de la rentabilité, notre époque et son libéralisme acharné ne produit plus ce genre d’homme.

  • JARRY

    En ces jours où l’on discute en France du métier, de la charge, des Juges d’Instruction et de la conduite de certaines de leurs enquêtes, je me dis que B.B. aurait excellé dans ce type de travail …à la recherche de la vérité. Enquêteur inlassable à la recherche des documents, des traces, appel à témoins, refus de se laisser embarquer dans des constructions romanesques: simplement les faits qui laissent finalement apparaître le héros dans toute sa vérité.
    Je n’irai cependant pas jusqu’à dire qu’il est dommage qu’il ait fait l’ENAC et non l’Ecole de la Magistrature…

  • Thierry Paris

    Souvenir émouvant du dernier vol de Bernard à Air France où nous nous sommes rendus, son équipage au complet, moi même qui faisait le vol du lendemain et mon épouse, fleurir la statue de Mermoz devant l’aéroport d’Aeroparque de Bueno Aires.

  • de Valence

    « Ce que j’ai fait, aucune………. » Bernard Bacquié l’a fait! Un ouvrage remarquable sur un homme exceptionnel. Ce livre se dévore, ou plutôt se déguste avec émotion et respect. Avec la complicité de Noëlle Guillaumet il nous fait entrevoir la face pudiquement cachée de cet homme fidèle en amitié, discret et rigoureux que les héros Mermoz et St Exupéry ont admiré et respecté.

  • anemometrix

    Je n’ai pas (encore) lu le livre, peut-être ce « détail » y est abordé :
    Guillaumet a eu son accident à la Laguna del Diamante le vendredi 13 juin 1930.

    42 années et 4 mois plus tard, un Fokker F27 s’écrasait à 85 km dans les sud-oust de la position exacte de la Laguna del Diamante.
    C’était aussi un vendredi 13, le vendredi 13 octobre 1972.

    Sur les 45 passagers, seulement 16 purent survivre dans des conditions particulièrement difficiles …

    Décidément il ne fait pas bon voler dans les Andes les vendredi 13 …

  • Bled Gamsvej

    Livre exceptionnel, on sait tellement peu de choses de Guillaumet.
    J’en profite pour saluer l’auteur que j’ai croisé début juin à Saint Yan. Bernard Bacquié est toujours aussi passionné, aussi enthousiaste qu’il y a 50 ans , lorsqu’il passait les épreuves de sélection en vol de l’ENAC. Sa jeunesse et sa fougue se retrouvent entre les lignes. A lire absolument (j’aurais aimé être capable d’écrire comme lui)

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