Accueil » Concorde, avion de meeting aérien

Concorde, avion de meeting aérien

Philippe Chetail, collaborateur à l'organisation de plusieurs centaines de meetings aériens depuis quelques décennies, a mis en scène Concorde à plusieurs reprises dans les années 80. A l'occasion du cinquantième anniversaire du 1er vol de Concorde, le 2 mars 1969, les journalistes d'Aerobuzz.fr se souviennent.

26.02.2019

Concorde en passage bas, configuration lisse, à Epinal-Mirecourt, en 1986. © Alain Faliguerho

Il fut un temps où tout était simple ! Enfin bien plus simple que cela ne l’est aujourd’hui… La sûreté en meeting aérien n’était pas ce qu’elle est devenue et les présentations en vol n’étaient pas appréhendées par l’administration avec le même regard qu’en 2019. Nous étions au début des années 80, et çà c’était avant ! Bien avant un funeste 26 juin 1988 où tout a basculé du côté de Mulhouse, sur le petit terrain d’Habsheim !

A cette époque, les liners se donnaient en spectacle dans les meetings et tout le monde applaudissait des deux mains, les fonctionnaires de tous les corps de l’Etat n’étant pas les derniers à apprécier. L’association « Airshow »,  spécialiste de la mise en œuvre de spectacles aériens, coordonnait le show et assurait la Direction des Vols de ce premier meeting sur l’Aérodrome d’Epinal, à la demande du quotidien « La Liberté de l’Est » affréteur de l’avion et co-organisateur de la manifestation…

Nous avions mis en forme le plateau, alternant avions de collection, voltigeurs en solo et petites patrouilles qui, depuis trois heures rivalisaient de virtuosité. Le show touchait à sa fin… Roland Freyssinet, aux commandes de son Mystère IV argenté ponctuait son dernier passage d’un ultime tonneau …  Puis le silence se fit !

Au loin, précédant un léger panache de fumée, un point grossissait rapidement… Il était là, pour la première fois dans le ciel des Vosges, en finale sur la piste 26 de Mirecourt, le nez bas, incidence à cabrer, sa magnifique aile delta telle une voile déployée.

« Mesdames Messieurs, sa Majesté Concorde !»  laissait échapper avec enthousiasme Bernard Chabbert, commentateur de cet événement tellement particulier…

Etait-il utile de le présenter cet avion prestigieux ? Certes non, mais l’événement n’en était pas moins exceptionnel. Pour la première fois, si ce n’est lors des salons du Bourget ou de Farnborough, celui qui a fait 20 années durant la fierté de l’industrie aéronautique nationale, se produisait en province, devant un public ! Ce n’est pas sans une certaine fierté que l’équipe d’Airshow, vivait ce moment tant attendu.

« Mais il va se poser ? » m’interrogeait Philippe Seguin, ministre et maire d’Epinal, assis à mes côtés sur le podium de coordination. Bien aligné, en courte finale et à faible vitesse, train sorti, le captain, comme s’il avait entendu la question, mettait toute la puissance en poussait les manettes de gaz en avant. Dans le rugissement simultané de ses 4 turboréacteurs Olympus, le supersonique reprenait son envol.

Le grand oiseau blanc est revenu deux fois à Mirecourt et sa présence ici a surtout ouvert la voie à d’autres présentations dans de grands meetings français. Le public se souvient des passages du F-BVFA encadré par les Alphajet de la Patrouille de France du Cdt Velluz et les remises de gaz spectaculaires du Commandant Machavoine sur le gazon de la Ferté-Alais, une première fois en 1987 et une nouvelle et dernière fois en juin 1988.

L’accident de l’Airbus, moins d’un mois après en Alsace, sonnait le glas des présentations d’avions de ligne en meeting aérien pour de longues années.

Philippe Chetail

 

Concorde 001 © Aerospatiale / Coll. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Vous pouvez, vous aussi, partager vos souvenirs de Concorde via les commentaires.

A propos de Philippe Chetail

chez Aerobuzz.fr
Président d’Airshow, spécialiste de l’organisation de manifestations aériennes, Philippe Chetail a organisé plus de 230 meetings aériens depuis 1973. Egalement co fondateur de France Spectacle Aérien, il est l’un des meilleurs connaisseurs européens de tous ceux qui gravitent autour des spectacles aériens. Il a rejoint Aerobuzz en juillet 2011. Philippe Chetail couvre, en particulier, l’aviation de collection et les évènements aéronautiques.

11 commentaires

  • Vinc.

    Souvenir du Concorde au meeting de Cambrai (année ?) et de temps en temps à Lesquin (aéroport de déroutement ?) … Souvenirs émus de ce bel oiseau blanc …

  • Nicolas G

    gamin, je me souviens avoir vu le concorde avec la PAF en Lowpass à Lognes avec la francilienne bloquer des heures par des gens venus pour voir le concorde et la paf, tout ça est inimaginable aujoud’hui

  • Christian Velluz

    Merci Philippe pour ce bel article
    Gibus, tu aurais pu préciser que extérieur gauche dans une manip pareille c’était tout sauf facile
    Bien évidemment souvenir imperissable pour moi aussi avec un grand merci à messieurs Machavoine et Grandjean,leaders du dispositif
    Chasseurs mes frères affectueuses salutations

  • Oui, et il faut que quelqu’un rappelle que ces restrictions nous les devons à un certain Hasseline, un monsieur qui avait complètement oublié la première des vertus que se doit d’avoir un vrai pilote : l’humilité ! Dans son bouquin où il chercha à se justifier, il prétendit avoir abordé sa prestation de Habsheim comme un « vol normal ». Il n’avait rien compris. Un meeting aérien (très mauvaise appellation française) est d’abord ce qu’en disent les anglo-saxons : un « airshow ». Et mon fidèle Harraps me dit que « show » veut dire « exposition, présentation, spectacle… » Et donc rien d’usuel avec un vol normal, ce qui induit une préparation spécifique dont M. Hasseline ne s’était pas soucié. En effet, il écrivit qu’il arrivait à la Préparation des vols d’Air France à la même heure d’anticipation que pour un vol commercial… Résultat : fanfaronades et trois morts ! + aujourd’hui des restrictions telles qu’elles en dégoutent plus d’un ancien participant. On vous colle un carton jaune parce que votre passage en ligne droite à 100 pieds a été évalué à 80 pieds. Sauf que le fonctionnaire qui vous le colle n’a jamais piloté un « vintage aircraft » dont l’altimètre a une précision de lecture de 50 pieds environ. Voilà, c’est fait ! Bien le bonjour à tous !

  • michael tolini

    On vous croit sans peine !
    Mais ca n’a pas du etre evident de voler en formation avec cet ce bel oiseau qui n’aimait pas les basses vitesses …

  • Bianco

    Bonsoir
    La vidéo de présentation du Concorde en courte finale à la Ferté Alais me donne toujours des frissons? Quelle belle remise de gaz.
    Merci Raymond pour ces passages bas
    Philippe

  • Gibus

    Date : 22 mai 1988
    Lieu : La Ferté
    Mon indicatif : Athos 03
    Couleur fumée : rouge
    Ma place : a l’extérieur de l’aile droite.
    Le leader (ce jour là) : F-BVFA Concorde Air-France
    Météo : CAVOK
    Remarque : un vol et des images dont je me souviendrai jusqu’à mon dernier jour.

    • Jean-Mi

      Date : 22 mai 1988 (âge 13 ans !)
      Lieu : Boutigny sur Essonne (pas loin de la Ferté)
      Mon indicatif : Jean-Mi dit « gamin »
      Couleur : blondinet
      Ma place : dans la cours de chez Mamie sur mon vélo…

      Et d’un coup, le père qui m’appelle : Jean-Mi ! Regarde !

      Et là, dans le champs en face, rien que pour moi, aligné pour la parade quelques instants plus tard et 10km plus loin, F-BVFA escorté par la PAF en très grande flèche (Tiens ! Salut Gibus !!!) passe devant moi, au ralenti… Scène irréelle !

      Ouuuuuaaaaaaaaaaaahhhhhhhh !!! Pour moi aussi l’image est marqué « là », avec le son, et tout…

      A cette époque je commençais le modélisme, je me soignais aux rediffusions des Chevaliers du Ciel. 30 ans après je travaille toujours dans l’aéro et je pratique toujours à fond le modélisme, y compris le jet. J’adore toujours autant le Concorde et l’Alphajet, et même j’ai pu voler en Alphajet (époque glorieuse ou les appelés pouvaient voler…).

      Alors Merci Mr Gibus et Mr Chetail de m’avoir fait rêver un peu ce jour là, ça rajoutait une piqure à mon aérovionite naissance…

    • Philippe Chetail
      Philippe Chetail

      Quelle aventure Gibus ! On la revivrait bien non ?

      • Gibus

        Mon cher Philippe, si tu connais le secret pour revenir en 1988, je suis prêt à revivre l’aventure et je suis certain également qu’on ne sera pas que tous les deux !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.