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A300B. B707. C919

Il y a tout juste 50 ans, le premier Airbus décollait de Blagnac. C’était le 28 octobre 1972, par un jour de Vent d’Autan. En fin de cette semaine, l’avionneur européen a rappelé l’évènement, plus qu’il n’a fêté cet anniversaire. En juin 2019, Airbus avait mis le paquet, pour commémorer le cinquantenaire de sa création.

Un premier vol réussi vaut pourtant toutes les signatures au bas d’un parchemin.

Ce premier vol, les constructeurs américains n’y ont pas cru. Ne l’oublions jamais…

Dans la passionnante série de podcasts qu’ils ont réalisée pour Aerobuzz.fr, à l’occasion du 50ème anniversaire du premier vol de l’A300B, Philippe Jarry et Gérard Maoui ont rappelé qu’à la sortie de la guerre, l’industrie américaine était en surcapacité. Les constructeurs américains étaient nombreux et, même si leurs avions dataient, l’absence de concurrents extérieurs ne les poussaient pas à forcer leur talent. La demande explosait. Il leur suffisait de se baisser pour ramasser les fruits mûrs.

L’Europe, elle, était en ruine. Tout était à reconstruire. Tout était à inventer. Sa force résida alors dans ses ingénieurs et une génération de politiques visionnaires. Par tâtonnement, mais à partir d’une feuille blanche, elle donna naissance à un projet ambitieux.   

Assis sur leur rente, les industriels américains n’ont rien vu venir. Ils faisaient leurs petites affaires. Les compagnies leur achetaient leurs avions. Rien ne semblait pouvoir remettre en question ce monopole « made in USA », même pas un choc pétrolier.

Aujourd’hui, Boeing et Airbus se partagent le marché mondial des avions commerciaux, les yeux rivés sur les cadences de production. Même si, l’Européen a pris l’ascendant sur l’Américain, la situation reste équilibrée et le duopole semble inébranlable. Comme semblait l’être l’industrie aéronautique américaine dans les décennies qui sont suivi la deuxième guerre mondiale.

Vous avez surement compris où je veux en venir…

Il y a un mois, les autorités chinoises ont certifié le premier avion monocouloir chinois. Son entrée en service est prévue au premier trimestre 2023, sous les couleurs de China Eastern Airlines. Pour l’heure, il n’y a pas à s’inquiéter, le Comac C919 est une affaire interne. Mais comme le fait remarquer le PDG d’Airbus, Comac bénéficie d’un vaste marché captif qui va lui permettre de rôder son support client et monter en cadences avant de passer à l’attaque. Boeing estime que la Chine aura besoin de près de 8.500 avions commerciaux, passagers et fret, dans les 20 ans à venir. Comment va se répartir cette manne entre les trois constructeurs ? Et au-delà de 2041, quand la Chine saura construire des avions de ligne, quel sera le poids de chacun des trois sur le marché mondial ?

Alors qu’Airbus célèbre le cinquantième anniversaire du premier vol de son tout premier avion, Boeing rappelle qu’il y a cinquante aussi, en 1972, la Chine lui a commandé son premier 707. En cinquante ans, l’avance de Boeing a fondu et la Chine est devenue le bulldozer de l’économie mondialisée.

A ce tournant de l’histoire, la chance de Boeing et d’Airbus est d’être au pied du mur. Pas le temps pour eux de se reposer sur leurs carnets de commandes, ils doivent inventer l’aviation de 2050. Alors que les chinois apprennent à produire en série des avions monocouloirs, Boeing et Airbus imaginent l’aviation « zéro émission ». Pendant quelques décennies encore, le duopole est assuré de conserver sa longueur d’avance. Et après ?

Ne gâchons pas la fête avec des réponses hasardeuses.

Gil Roy

Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable est reconnue. Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

2 commentaires

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  • Je ne peux que confirmer. La Chine possède son propre système GPS « Beidou » d’une précision remarquable, sa propre industrie spatiale, sa propre station spatiale, ses propres fusées..etc.. Elle a réalisé en une fois sa mission sur mars que ont demandés et ont été réalisés en 3 étapes par les américains (trajectoire orbitale pour rejoindre la planète inédite et complexe, mise en orbite de sa sonde et largage de son rover qui fonctionne toujours…) ; Ses compétences en IA et robotisation dopées par des capacités de calcul numérique phénoménales, sont largement en avance sur ses concurrentes. Tous les domaines, médecine, construction, ferroviaire, maritime, industries, même l’agriculture, sont concernés.
    L’aviation commerciale est le dernier bastion auquel elle a commencé a s’attaquer il y a un trentaine d’années. Après l’ARJ 21 déjà en production, c’est maintenant le C919 (lancé en 2007) monocouloir de 158-174 pax, 4075-5555km d’autonomie qui vient de finir ses essais en vol et a reçu près de 815 commandes de compagnies chinoises et étrangères. Dans une coopération avec la Russie lancée l’an dernier, elle s’attaque avec le C929 au secteur des gros porteurs bi-couloirs et 10 sièges de front…dont le design sera terminé en 2025. Dans le même temps elle a créé et développe une supply-chain très concentrée (200 entreprises et 200,000 employés dans 22 provinces en Chine actuellement), la fabrication d’avions de transport de passagers à grande échelle impliquant une chaîne industrielle complexe (4 500 fournisseurs répartis dans une cinquantaine de pays, pour Airbus).
    Et c’est sans compter qu’elle travaille aussi sur des projets « décarbonés »…
    Mais, je donne à la Chine moins de 15 ans pour faire jeu égal avec Airbus et Boeing.

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  • Pour moi, il en est des réussites industrielles : des « grandes premières » , comme des équipes NATIONALES de foot, il est impossible ou presque de dire à qui, à quoi revient le véritable mérite de la réussite, tant de nos jours, les « approvisionnements » sont d’origines multiples. Nous ne sommes plus à l’époque de la construction de la Tour Eiffel et même qu’à cette époque peut-être dépendait-on de « l’acier Suédois » par exemple. Nous avons des petits motifs de consolation comme le nom du minerai d’aluminium mais la métallurgie de ce métal nous a échappé depuis fort longtemps.
    J’ai pleinement vécu l’émergence de l’industrie moderne nippone qui avait largement commencé en copiant servilement et mal bien sûr les produits européens (entre autres) mais qui très vite a su grimper dans l’excellence. Les chinois font la même chose

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