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Aux grands avionneurs les grands remèdes

Alors qu’Airbus remet en marche progressivement ses unités d’assemblage de Toulouse et de Getafe (Espagne), le jour même où il dévoile sa nouvelle stratégie financière, Boeing arrête sa production aux Etats-Unis.

24.03.2020

L'unité d'assemblage du 787 à Everett. © Boeing

Jusque-là victimes indirectes du Covid-19 à travers la suspension des activités de leurs clients, Airbus et Boeing ont été frappés, l’un après l’autre, en plein cœur. Le 12 mars 2020, Airbus confirmait qu’un employé avait été testé positif au Covid-19 sur son site de Madrid (Getafe). Le 22 mars 2020, Boeing annonçait la mort d’un de ses salariés travaillant dans l’usine d’Everett (Etat de Washington).

De Toulouse à Everett, l’industrie aéronautique à l’arrêt

Entre temps, Airbus fermait, pour une durée de quatre jours, ses usines de Toulouse et de Getafe pour les désinfecter. Elles ont été rouvertes le 23 mars 2020. Ce même jour, Boeing suspendait sa production dans l’ensemble de ses usines de la région de Puget Sound, autour de Seattle, pour une durée de 14 jours. Cette mesure concerne les lignes d’assemblages finales de Renton d’où sortent les 737 et d’Everett pour les gros-porteurs (777 et 787 notamment). Les usines de production d’aérostructures d’Auburn et de Frederickson seront également à l’arrêt à partir du 25 mars 2020.  « Au cours de cette période, nous procèderons à des opérations supplémentaires de nettoyage en profondeur sur les sites concernés et établirons des critères rigoureux en vue de la reprise du travail. », précise Boeing dans un communiqué de presse daté du 23 mars 2020. Les employés « qui ne peuvent pas travailler à distance recevront une indemnité pendant les 10 premiers jours ouvrables de la période de suspension — soit le double de la politique en vigueur au sein du Groupe —, ce qui permettra de couvrir la période de suspension fixée à 14 jours civils. »

Airbus veut éviter le crash financier

Le 23 mars également, Airbus a détaillé dans un long communiqué de presse ses « mesures visant à renforcer ses liquidités et son bilan en réaction au Covid-19 ». Le nouveau plan de bataille s’articule autour de cinq mesures phares : « nouvelle facilité de crédit de 15 milliards d’euros, retrait de la proposition de dividende pour 2019 d’un montant de 1,4 milliard d’euros, suspension du financement des retraites complémentaires, annulation des prévisions 2020 et priorité donnée au soutien des clients et des livraisons. »

En résumé, Airbus serre les dépenses et limite les décaissements en renonçant à payer des dividendes et en suspendant le financement des retraites complémentaires. Cela ne suffisant pas, pour sécuriser sa trésorerie, il est obligé d’emprunter pour faire face à ses échéances.

Sept années de crise à venir

Une étude réalisée par le cabinet britannique Agency Partners, rapportée par le media américain Aviation Week, prévoit sept années très difficiles pour Airbus du fait des annulations de commandes et des reports de livraisons. Selon ces experts, Indigo reporterait à après 2027 la livraison de 500 des 730 A320neo en commande. Idem pour Air Asia pour 300 de ses 371 A321neo commandés et pour Wizz Air avec 200 de ses 250 A321neo.

Alors qu’il y a encore un mois, Airbus visait une cadence de production de 63 A320 par mois, les prévisionnistes d’Agency Partners tablent plutôt sur 26 en 2021, 30 en 2022 et 37 en 2023. Si en 2020, avec 800 livraisons, Airbus devrait se situer légèrement en dessous de son objectif initial de 880 livraisons, en revanche, en 2021, il devrait péniblement arriver à 469. Selon Aviation Week, Agency Partners annonce 758 livraisons en 2025. Evidemment sur la période, les pertes escomptées sont lourdes. Toutefois, la situation d’Airbus n’est pas désespérée contrairement à celle de son concurrent américain.

Depuis très précisément un an, Boeing s’enfonçait chaque jour un peu plus dans une crise dont il était devenu impossible de pronostiquer la sortie. L’épidémie de Covid-19 qui s’y rajoute aujourd’hui, impose un sauvetage urgent. Fragilisé, Boeing n’est pas à l’abri d’une OPA de Lockheed Martin ou de Northrop. Donald Trump a déclaré, le 20 mars 2020 : « Nous devons protéger Boeing ». Une nationalisation n’est plus exclue.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

7 commentaires

  • fildru

    Les sciences humaines resteront a l’ homme et les sciences techniques palpables passeront aux robots , c’ est deja partiellement fait .
    De toute facon toute la planete est au ralenti , et les chinois relancent le poker en arretant deja le confinement , ils risquent de nous pourrir l’ ete’ ?

  • Pilotaillon, Européen vigilant

    Bonjour
    To fly or not to fly, that’s the question.
    L’équation est simple : soit nous sacrifions l’économie, qu’on peut décrire par l’ensemble des coopérations humaines matérialisées par des compétences, des moyens d’action, des ressources naturelles (beaucoup) et au bout des consommations, ou le sacrifice humain, c’est à dire mettre la vie des plus sensibles en face des avantages d’une vie moderne, de notre confort individuel.
    Aussi nous pouvons évaluer dans ce crash test en vraie grandeur notre sensibilité à la vie et aux échanges multilattéraux… On peut mesurer la résistance aux agressions psychologiques et morales, mesurer nos réactions collectives face à de vrais choix, qui ne relèvent plus du superficiel.
    Enfin aurons nous envie d’explorer nos vraies ressources personnelles, cesser de seulement regarder nos petites existances, nos dépendances interessées.
    L’instant est très interessant parce qu’il nous ramène collectivement à l’essentiel, on nous donne 6 semaines pour revisiter nos aspirations, nos valeurs.
    Bonne route à tous, pour une fois nous sommes égaux et avons une vraie chance de nous prendre en main.

  • Kuklinski

    Vous oubliez les défauts de formulation de leur moteurs …. Prochains problèmes des avionneurs ….

  • michael tolini

    Je serais curieux de savoir a qui ils vont livrer les 800 avions n 2020, dans le dernier vol qui reliait BOG a ATL le pilote nous a fait part de sa tristesse de savoir que le 767-300ER dans le quel nous etions faisait son dernier vol commercial. Les licenciements massifs dans le secteur ne plaident pas en faveur de l’optimisme. Nous allons revenir a un mode de consomation des annees 70 ou les achats de necessite prevaudront sur les loisirs et les voyages.
    J’espere me tromper mais quand je vois ce qui se passe ici dans la priere economie du monde ne pousse guere a l’optimisme.

  • prenom jacques chalumeau

    bonjour ,sommes nous vraiement dans un monde de pacotilles, ou tout ce qu on croyait solide s effondre en cinq minutes , cac 40 et compagnie,ou les bourses s effondrent pour rien en cinq minutes- quels monde de bluffeurs et de psychologie a deux balles voire de trouillards -,compte tenu des commandes airbus on voit vraiement pas pourquoi voir l avenir en noir , certes l économie n est toujours pas une science exacte et les évènements maitrisés ou non maitrisés -oui y en a aussi – peuvent peut etre apporter une nouvelle manière de voir les choses -nico

  • SP

    Bonjour,
    je ne trouve pas l’étude réalisée par le cabinet britannique Agency Partners, rapportée par le media américain Aviation Week.
    Pourriez-vous, svp, partagé le lien ?

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