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Turcat, l’homme complexe.

André Turcat s'est éteint, le 4 janvier 2016, en soirée. Celui qui restera pour beaucoup le plus célèbre aviateur français de l'après-guerre, était aussi un grand intellectuel et un homme de foi.

C'est sur le Griffon qu'André Turcat a établi ses plus retentissants records mondiaux de vitesse

C'est sur le Griffon qu'André Turcat a établi ses plus retentissants records mondiaux de vitesse

André Turcat s’en est allé lundi soir sereinement, en homme de foi qui croit en un au-delà accueillant. Au cours des tout derniers jours, la maladie l’empêchait de poursuivre une activité intellectuelle qui aura empli sa vie entière, avec un regain continu depuis qu’à l’âge de 56 ans, quand il avait mis un terme à sa prestigieuse carrière de pilote d’essais et de directeur des essais en vol du programme Concorde. Il n’avait plus touché un manche à balai durant plusieurs décennies. Jusqu’à ce que ses camarades d’Airbus, notamment Jacques Rosay, le convient à s’asseoir à nouveau dans un poste de pilotage. En l’occurrence, celui de l’A380.

De cet ultime vol, il parlait avec enthousiasme et reconnaissance. Et se félicitait d’avoir été à l’origine d’un livre écrit à trois, avec Pierre Sparaco et l’auteur de ces lignes, recueil de portraits d’hommes des essais en vol de l’après-Seconde Guerre mondiale, qui avaient porté haut les couleurs de la France. Tout comme lui, Turcat, détenteur de plusieurs records internationaux sur des avions de pointe. Cette « Épopée française » (Pascal Galodé Editeurs) constitue une galerie de témoignages sur une période, les années1950-1960, qui sans cela risquait de sombrer dans un relatif oubli au fil du temps qui passe.
C'est sur le Griffon qu'André Turcat a établi ses plus retentissants records mondiaux de vitesse
On y retrouve les récits d’hommes comme Roland Glavany, qui occupa les fonctions de chef pilote d’essais de Dassault Aviation, grand ami de Turcat. De Jean Dabos, qui, après le défrichage d’hélicoptères expérimentaux, participa à l’aventure Concorde. De Jacques Guignard, l’homme du « Trident », pilote aux côtés d’André Turcat pour le premier vol du supersonique franco-britannique, en compagnie d’Henri Perrier et de Michel Rétif. De Jean Sarrail, pilote du Leduc à tuyère thermopropulsive, autrement dit du statoréacteur, encore une des réalisations françaises qui ont fait l’admiration du monde entier. Et de beaucoup d’autres.
Pierre Sparaco (à droite) et Germain Chambost, entourant André Turcat, à l'occasion de la sortie de leur ouvrage commun
Ses visiteurs récents dans sa maison de Beaurecueil, non loin d’Aix-en-Provence, ne manquaient pas de s’étonner en voyant André Turcat embarqué dans la traduction du livre de Job de l’hébreu en français. Celui qui fut l’homme de Concorde savait concilier l’étude de la Bible et d’autres activités plus profanes, soulignant ainsi sans le rechercher explicitement la complexité du personnage qu’il incarnait.
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André Turcat sera parti sans avoir eu la joie de voir son ultime manuscrit, « La soif d’apprendre », dans les rayonnages des libraires. Tout comme les poèmes qu’il avait rédigés, révélateurs d’une sensibilité qu’il parvenait parfois mal à masquer. Ce doit être sans doute l’un de ses regrets, si tant est qu’il se soit encombré de tels sentiments.

Germain Chambost

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