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Vol MH370 ou le mystère entretenu d’une disparition

A défaut d’un rapport d’enquête qui expliquerait de manière factuelle les causes de la disparition du vol MH370, nous devons nous contenter des nombreux livres qui émettent des hypothèses ou tentent de faire le point sur ce qui est connu. Un nouvel ouvrage vient s’ajouter à cette liste déjà longue. Il s’agit de « Le mystère du vol MH370, autopsie d’une disparition » (Editions JPO) signé Gilles Diharce.

La disparition du Boeing 777 qui assurait le vol MH370 de Malaysia Airlines continue de susciter des vocations d'enquêteurs… © JPO

Est-il encore utile de rappeler les faits ? Le 8 mars 2014, un Boeing 777 de Malaysia Airlines décolle de Kuala Lumpur pour Pékin. Quelques minutes plus tard, il envoie un message au contrôle malaisien : « Good night, Malaysia 370. » Et puis plus rien. Ce sera le dernier message de l’équipage. Plus de 3 ans plus tard, aucune trace de l’avion n’a été retrouvée, à l’exception de quelques pièces mineures (débris de siège, de stabilisateur, de trappe du train avant et d’emplanture d’une aile) échouées sur l’Ile de la Réunion, à Madagascar, en Afrique du Sud, à Maurice et au Mozambique… L’épave n’a toujours pas été localisée.

Ce que l’on sait…

Dans son livre, Gilles Diharce, contrôleur aérien militaire, a opté pour une approche technique. Il s’appuie sur les rapports d’étapes officiels des différents organismes en charge de l’énigme. Aussi bien les rapports de l’équipe d’enquête malaisienne, que ceux des Australiens, des Français du BEA et de l’Armée de l’Air, ou encore des experts d’Inmarsat…

Le livre ne donne pas de conclusion formelle. Il décrit les événements connus, et rappelle quelques évidences. Par exemple, on sait que ni le commandant de bord Zaharie Ahmada Shah, ni son copilote Fariq Abdul Ahmid n’ont répondu aux différents messages lancés par les contrôleurs Vietnamiens et les opérations malaisiennes. Or l’avion a continué à voler plusieurs heures après le dernier échange radio. Gilles Diharce en conclu que « si le vol MH370 a gardé le silence pendant si longtemps, c’est plus vraisemblablement la volonté manifeste d’une ou plusieurs personnes de ne pas parler à la radio. » (page 38).

Des incohérences inexpliquées

De même, il a été prouvé que le transpondeur du 777 n’a plus émis depuis le dernier échange. Bien sûr, il peut s’agir d’une panne. Mais l’auteur explique en détail le fonctionnement des transpondeurs et choisit d’écarter l’hypothèse d’une panne. Reste l’action physique de « quelqu’un » dans le cockpit. Donc, toujours selon lui, « aucune raison ne peut expliquer qu’un équipage désactive le transpondeur, sauf s’il cherche à faire volontairement disparaître l’avion des écrans radars. » (page 45). Idem pour l’arrêt des messages Acars…

L’ensemble des pistes possibles, probables, voire éventuelles, sont passées au crible dans le livre, avec, à chaque fois, le rappel de ce qui est possible en aviation, et ce qui ne l’est pas. Par exemple, selon des données révélées par l’Armée malaisienne, le 777 aurait effectué un demi-tour « très serré » pour revenir vers la Malaisie – juste après l’avoir quitté – et aurait débuté une descente avec une accélération amenant l’avion bien au-delà de la vitesse supersonique, soit évidemment largement au-delà des VMO et MMO (velocity maximum operating et mach maximum operating). Pourquoi ? Comment ?

Recherches vaines

L’auteur s’attarde aussi longuement sur la trajectoire de l’avion après le dernier contact radio. On sait que le système Satcom de l’avion s’est arrêté puis s’est « reconnecté » au réseau bien plus tard. Pourquoi, comment ? Là encore, il n’y a pas réponse. Mais on a pu ainsi reconstituer avec plus ou moins de précision, le trajet de l’avion. Avec une marge d’erreur élevée car ni la vitesse réelle, ni l’altitude du 777 n’ont été transmises aux satellites d’Inmarsat. D’où des recherches lancées aussi bien au nord (dans le détroit de Malacca) que vers le sud (dans l’Océan Indien).

Au total, c’est une centaine de bateaux et d’avions (et des centaines de millions de dollars dépensées) qui sont déployés sur des zones de recherche plus grandes que la France ! Et rien n’est à ce jour trouvé : ni épave (donc pas de boîtes noires), ni débris suffisamment importants pour évaluer la zone d’impact après calcul par rétro-dérive.

Le mystère du vol MH370, autopsie d’une disparition
De Gilles Diharce – Editions JPO
391 pages (nombreuses illustrations) – 24,35 euros
ISBN : 9 782373 010480

Alors certaines thèses ont parlé de terrorisme, de détournement, d’avion-espion… Sans les écarter définitivement l’auteur penche plutôt vers un acte délibéré du pilote de Malaysia. Avec bien sûr un gros point d’interrogation. Et pour conclure son travail, Gilles Diharce rappelle les principales recommandations émises par les autorités compétentes, notamment l’OACI, les compagnies et les constructeurs, en matière de suivi des avions lors de survols océaniques notamment ceux qui ne sont pas ou peu couvert par les radars. Ainsi le projet d’Airbus du ADFR (automatic deployable flight recorder), ou enregistreur éjectable, qui serait activé automatiquement, et hors de l’avion, dans des situations critiques…

Saura-t-on un jour la vérité sur la disparition du vol MH370 ? Quoi qu’il en soit chaque nouvelle publication relance l’intérêt pour le drame et entretient le mystère.

Bruno Rivière

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A propos de Bruno Rivière

Reporter photographe par passion, Bruno Rivière a assuré la rédaction en chef d’Aéroports Magazine pendant près de 25 ans. Il a également enseigné le journalisme en faculté. Spécialiste du transport aérien, il a rejoint Aerobuzz en janvier 2011. Bruno Rivière réalise des reportages et des recensions de livres.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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