Accueil » Au-delà du miroir

Volocopter n’a pas toujours fait la une de la presse internationale avec des images de synthèse mettant en scène des taxis volants slalomant entre les tours de Dubaï ou se posant sur les toits des buildings de Singapour. Florian Reuter ne s’est pas, non plus, toujours présenté en chemise blanche, costume Hugo Boss et barbe de trois jours parfaitement taillée. Il a d’abord été un élève-ingénieur qui tentait de mettre au point des machines volantes électriques bricolées. Avec deux autres congénères, ils avaient fait du petit aérodrome de Karlsruhe, sa base d’essais en vol. C’était l’époque T-shirts, jeans et piste en herbe. Tout en fraicheur et plein de promesses. C’était, il y a dix ans.

Pour être précis, le trio s’est formé en 2007. Mais c’est en 2011, qu’il a réalisé son envol. A l’époque, le jeune téméraire qui prit place au milieu de cette forêt de rotors qu’était le premier prototype de ce qui allait devenir le VoloCity, s’apparentait moins à un pilote d’essais qu’à un cow boy de rodéo. Jambes repliées et buste cambré à l’extrême, on s’attendait à chaque instant à voir Thomas Senkel, se faire éjecter par sa monture. Le suspense a ainsi duré 90 secondes avant que la machine ne se repose et n’entre dans l’histoire de l’aéronautique.

Dans les années qui ont suivi, Volocopter est passé dans une autre dimension. Il a multiplié les partenariats internationaux et les levées de fonds. Les états se bousculent pour être les premiers à mettre en place leur service de taxis volants électriques et les millions d’euros se comptent par centaines. Sa communication hyper maîtrisée peut agacer. Elle constitue un carburant inépuisable pour les forums et un passage obligé pour les kids de Karlsruhe.

Ne nous y trompons pas : l’écosystème hors sol proposé par Volocopter est une glace sans tain qui renvoie aux partenaires (publics comme privés) et aux investisseurs l’image qu’ils attendent. Nous voulons croire que Reuter demeure lucide. Après 14 ans de ténacité, il ne peut pas en être autrement. Pour preuve, derrière le miroir, il y a une réalité beaucoup plus terre à terre. Celle d’une équipe qui est en train de passer du statut de start up à celui de constructeur aéronautique.

Après avoir obtenu son agrément de conception (DOA), Volocopter vient d’acquérir son agrément de production (POA). C’est tout frais. Il date de cette semaine. Pour l’EASA qui lui a aussi accordé tout récemment un laisser-passer pour entreprendre ses essais en vol, Volocopter est désormais, du point de vue administratif, un constructeur à part entière. Et cela c’est du concret. Ce n’était pas gagné d’avance… Chacun ici, sait qu’il est plus facile de créer graphiquement un univers fantastique peuplé de taxis volants que d’obtenir un coup de tampon de l’agence européenne. D’autant que dans le domaine des eVTOL, les engins électriques à décollage et atterrissage vertical, tout est à inventer, à commencer par le cadre réglementaire.

Même si désormais, Volocopter est entré dans le cercle des constructeurs aéronautique, il n’en demeure pas moins que beaucoup reste encore à faire. La générosité des investisseurs facilitera la création de la structure industrielle quand le moment sera venu de produire en série les taxis volants électriques. Avant, il faudra avoir réussi la mise au point des prototypes et démontré la fiabilité de l’aéronef pour espérer décrocher une certification. Il est question ici de transport public de passagers. Volocopter possède les moyens financiers d’aller droit au but. Une fois cette étape franchie, c’est à ce moment-là seulement que Volocopter saura si le monde est prêt à s’ouvrir à cette nouvelle offre de déplacement. Si les eVTOL répondent à un besoin.

Florian Reuter et ses congénères ne sont pas encore au pied du mur, mais, pour le chemin déjà parcouru, leur détermination mérite le respect.

Gil Roy

11.07.2021

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

3 commentaires

  • Bled Gamsvej

    Sauf que Volocopter est déjà largement dépassé. Concept périmé, et ils sont les premiers à le reconnaître puis qu’ils ont déja proposé un projet avec des ailes.
    Le Taxi Volant est la suite du fantasme de la voiture volante. Personne n’a compris qu’il s’agit d’une évolution de l’hélicoptère au delà de sa forme la plus aboutie (V280 VALOR), permise par l’electrification de la propulsion. L’avion classique et l’helicoptère vont disparaître. Le futur ressemble à Joby, Wisk, Archer, Vertical Aerospace ou peut-être Lilium. C’est l’histoire de l’aviation, pas celle du Taxi.

    • Arminius

      « L’avion classique et l’hélicoptère vont disparaitre »… C’est pas encore fait, il ne faut pas oublier qu’au delà du travail des ingénieurs il y a tout un environnement et quelques soient les qualités d’un produit, le marché et les contraintes opérationnelles décideront au final. Ce n’est pas parce qu’en Europe la volonté politique fait que l’aviation se cherche un peu que c’est le cas partout dans le monde. Et puis faut-il croire que l’approvisionnement en électricité à grande échelle peut devenir une réalité partout en même temps pour remplacer tous les moteurs thermiques ? Il est dit dans l’article « Si les eVTOL répondent à un besoin », nous pouvons rajouter si l’environnement qui leur sera fait leur permet d’exister. Et ça, ça ne dépend pas du tout de l’équipe et de ses performances, si bonnes soient elles.

  • Pilotaillon respectueux

    Bravo pour cette belle description des modes de pensées et d’action des équipes qui gagnent.
    Je me permets d’ajouter que le startuper de rupture (dans tous les domaines) est surtout quelqu’un qui sait fédérer et slalomer entre les freins du développement d’entreprise innovante. Donc ils opèrent souvent en bandes organisées et agissent avec préméditation pour séduire les financeurs, investisseurs, pour gérer la défiance gratuite et inculte qui règne parfois sur les réseaux.
    Devrait-on ignorer ces avis déplaisants, malveillants ?
    Les fils d’actus voisins (https://www.aerobuzz.fr/defense/lallemagne-signe-pour-5-boeing-p-8-poseidon/) démontrent que la culture et donc l’image du pays fait partie de l’équation de réussite…
    Bravo à eux et aux autres qui font avancer « nos » sujets et qui feront « nos » futurs engins volants. Il n’y a pas que Karlsruhe en EU, La Rochelle, Royan…
    « Nos » : la passion me porterait volontiers à m’approprier ces sujets, alors que je suis totalement illégitime, face à ces nouveaux hommes de l’art, avec le respect qu’ils m’inspirent.

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