
Vern Raburn est décédé cette semaine, à l’âge de 75 ans. Son nom ne dira peut-être rien à la plupart d’entre vous. Et pourtant, au tournant de ce siècle, il a entrainé beaucoup d’entre nous, dans son rêve. Il était convaincu que le moment était arrivé de tirer profit des progrès technologiques pour lancer sur le marché, des jets d’affaires à moins d’un million de dollars, destinés aux pilotes privés. Ce passionné d’aviation et de pilotage avait vécu les débuts de l’aventure Microsoft aux côtés de Bill Gates. Il pensait utiliser son expérience réussie dans la micro-informatique, pour proposer aux propriétaires-pilotes de turbopropulseurs un biréacteur léger, encore plus performant. Et c’est ainsi qu’est né le concept du personnal jet et la frénésie des pocket jets. Plusieurs porteurs de projets emboitèrent le pas de Raburn. On ne parlait pas encore de start up. Les levées de fonds étaient moins vertigineuses, mais les promesses apparaissaient tout aussi extravagantes et c’est pour cela que nous voulions y croire.
De tous les projets de jets ultra légers apparus à la fin des années 1990, aucun ne s’est concrétisé. Le seul personnal jet commercialisé aujourd’hui est le Vision Jet de Cirrus Aircraft lancé, dans un second temps, à la fin des années 2010. En 2026, l’avionneur américain devrait franchir allègrement la barre des 800 avions livrés. Le Vision Jet est un succès qui se renforce d’année en année, malgré son prix de 3 millions de dollars.
A la fin des années 1990, les projets de pocket jets se comptaient par dizaines. Il y a quelques mois encore, les projets de taxi volants électriques se comptaient par centaines. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une poignée malgré les milliards de dollars levés à travers le monde. En dépit de leurs efforts pour convaincre à coup de communiqués de presse, d’images de synthèse et de carnets de commandes virtuels, des bataillons entiers de start up ont été décimés. L’échec le plus spectaculaire est sans doute celui de l’allemand Lilium.
Il y a quelques jours, a circulé sur les réseaux sociaux une photo qui à elle seule résume la vacuité de cette aventure. Elle montre l’épave éventrée du prototype de Lilium Jet, gisant, parebrise explosé, derrière un hangar sur l’aéroport d’Oberpfaffenhofen, en Allemagne. Lilium a levé 1,5 milliards d’euros avant de s’effondrer comme un château de cartes. D’autres préféreront parler de pyramide… Archer qui développe lui aussi un eVTOL a récupéré les actifs de Lilium pour 18 M€.
Le groupe chinois Wanfeng qui possède Diamond Aircraft n’a eu besoin de mettre sur la table que 10 M€ pour s’approprier les actifs de Volocopter. Après avoir tergiversé, sa nouvelle ambition est, semble-t-il, de transformer le taxi-volant, l’arlésienne des JO de Paris 2024, en ULM récréatif pour pilote de loisir. Le projet a suscité un relatif scepticisme au salon Aero26 de Friedrichshafen où il a été présenté la semaine dernière. Et pourtant…
L’aviation a autant besoin de rêveurs que d’ingénieurs et de financiers pour innover en permanence. L’intuition de Vern Raburn était fondée. Le succès de Cirrus Aircraft avec son personnal jet, lui aussi récompensé par le Collier Troph, en est la preuve. Pour tout cela, Vern Raburn mérite de reposer en paix au Panthéon des aviateurs.