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Aerion renonce à son projet de supersonique civil

La société américaine Aerion travaillait depuis près de vingt ans sur un projet d’avion d’affaires supersoniques pour 12 passagers. Après avoir fait entrer des partenaires de choix dans son ambitieux programme et ouvert son carnets de commandes, elle met aujourd’hui la clef sous la porte, officiellement faute d’avoir pu financer l’industrialisation de l'avion.

23.05.2021

Aerion jette l'éponge. Le triréacteur supersonique AS2 lancé en 2003 ne volera jamais. © Aerion.

Après déjà plusieurs années d’existence, d’études et d’annonces, Aerion avait levé le voile sur l’AS2 en 2014 : un avion d’affaires pour 12 passagers, une vitesse supérieure à Mach 1,4 et une autonomie de 7.780 km.  Cinquante ans après le Concorde, le retour du vol supersonique aurait permis de gagner une paire d’heure sur un trajet transatlantique. Ça ne se fera donc pas. Ou tout du moins pas avec Aerion, et pas en 2024 comme le prévoyait la société, qui évoquait également une entrée en service deux ans plus tard.

Aerion se déclarait capable de faire voler son supersonique AS2 à Mach 1,4 sans générer de bang supersonique. © Aerion

A la surprise générale (?) la société aujourd’hui basée à Reno (Nevada) a brutalement cessé ses opérations en invoquant un problème de financement « pour le lancement de la production ». Si les raisons financières dominent aujourd’hui, la chute trouve ses causes profondes dans des défis technologiques très complexes. Le plus compliqué n’étant pas d’aller vite et loin, mais de le faire malgré des contraintes de rentabilité et environnementales draconiennes. Même si sur ce dernier point les Américains semblaient très motivés pour adapter les règles en cours au sein de l’OACI pour les rendre plus conformes à leurs intérêts.

Début 2021, Aerion a présenté le projet d’un avion hypersonique (Mach 4) capable de transporter 50 passagers. © Aerion

Toujours est-il qu’Aerion avait créé la surprise ces dernières années en trouvant des partenaires de poids dans le gratin de l’aéronautique : Lockheed Martin dans un premier temps, remplacé par Boeing en 2019, General Electric pour le développement d’un nouveau moteur, Honeywell, Safran, Liebherr, Potez, etc. S’il demeurait très virtuel, le carnet de commandes comptait lui aussi quelques grands noms de la propriété partagée comme NetJets et Flexjet, qui avaient chacun annoncé leur intention d’acquérir 20 avions chacun. Aerion fait état d’un carnet de commandes supérieur à 11 milliards de Dollars. Un chiffre spectaculaire, bien en ligne avec la grandiloquence de toute cette aventure.

Airbus relance le projet de supersonique Aerion AS2

L’an dernier, Aerion avait largement communiqué sur son projet d’installation d’un Aerion Park sur l’aéroport de Melbourne (Floride) où se trouve d’ailleurs déjà Embraer. Un investissement de 300 M$ et la promesse de 675 créations d’emplois dans les activités de recherche, conception, fabrication et maintenance d’ici à 2026. En s’installant en Floride, la société se rapprochait de l’océan au-dessus duquel elle aurait mené ses essais à grande vitesse et ses vols de réception. Cette promesse non plus n’aura pas été tenue…

Frédéric Lert

Supersonique : les américains tentent un passage en force

Le mur du CO2

 

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A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense et voilures tournantes.

18 commentaires

  • Michael

    Ils auraient du proposer un supersonique electrique, avec la credulite des gens c’etait l’avenir financier du projet assure pour qqs annees.

  • Robert Le Borgne
    Bob

    Il est amusant de constater que nos amis Américains, si pointilleux parfois sur l’écologie savent manipuler les normes qu’ils ont eux même créées lorsque ca les arrange. Souvenez vous des tracas infligés au Concorde lors de sa mise en service, des manifestations etc … Tout ca pour ca !

  • norges

    Avec les carburants fossiles l’avion n’a pas grand avenir.L’auto devient presque tout électrique .La messe est dite.

    • bdd13
      bdd13

      Bill Gates veut jouer sur les innovations en matière de e-carburants (carburants produits à partir de synthèse de l’hydrogène – vert – et du CO2 pour reconstituer des molécules utilisables dans les réacteurs).
      Outre le fait que leur combustion remettrait du CO2 dans l’atmosphère (mais BG va vous répondre qu’on trouvera des moyens de le pomper – les émissions négatives -), leur prix est estimé à 4 fois le prix du kérosène dans l’état de nos recherches/production. Il estime qu’il faut investir massivement dans cette voie pour sauver le transport lourd (bateaux/avions), et arriver, comme toute évolution technologique, à faire baisser les coûts de production afin que le consommateur puisse initier un marché rentable du transport (démarrer le cercle de baisse des prix : investissement/subventions – 1ère baisse des coûts – attractivité – début de marché consommation – 2ème baisse de coûts – rentabilité).
      C’est un processus lent, mais quand on voit ce qu’on peut faire lors d’une pandémie avec la sortie d’un vaccin en un an, il y a une lueur de performance possible.
      Sur ce schéma, on peut être confiant, mais il laisse un certain nombre d’années sans solutions, pendant lesquelles une période de sobriété est la seule façon de diminuer les émissions (ce qu’admet BG, sans pour autant investir dans une adaptation à cette sobriété, pour ne pas faire concurrence aux investissements dans la R&D).
      Par ailleurs, le même schéma investissements/R&D doit être établi dans les émissions négatives, car il resterait une part évaluée à 20% d’émissions de CO2 produite par les e-carburants (en clair, on ne peut faire mieux, par limitation de la physique).
      Cela fait tout de même beaucoup de « si on arrive… », et le futur proche sera riche en rebondissements, mais je reste personnellement perplexe devant ces paris à la fois technologiques et financiers complètement aléatoires.
      Notre climat a du mouron à se faire, et nos jeunes aussi….

      • Fbs

        Oui, mais si on sait faire des hydrocarbures de synthèse à partir d’énergie renouvelable pour 4 fois plus cher que le pétrole, c’est déjà tout à fait viable économiquement. On paye aujourd’hui notre essence 5 fois son prix avec les taxes….

    • Mylan

      C est vite dit pour l aviation.

      Quant aux voitures électriques ce nbest pas encore adopté beaucoup de réfractaires, bien que rouler en zlecteique c est mieux qu en thermique, personnellement je suis ravie de ma voiture électrique même si l autonomie fait encore défaut.

    • Colibri

      L’auto devient électrique pour satisfaire provisoirement les écolos comme vous et pour des raisons électorales.
      La réalité sera tout autre lorsque l’on vous dira que les centrales électriques n’y suffisent plus à moins d’êtres nucléaires… Ou bien vous accepterez qu’elles redeviennent au charbon ou au fuel.
      Faites les calculs avant d’être aussi catégorique !

  • Franckiki

    Ce genre de consortium sert à lever des fond pour la recherche…il n’y a qu’à regarder les grosses entreprises aéronautiques impliquées à tour de rôle.
    Les autres projets sont tout aussi fragiles.
    Restons optimistes, l’un d’eux aboutira peut-être.

  • Laurent Altenburger

    ils auront eu le mérite d‘avoir essayé. Que pensez vous de Boom? Le set-up me semble plus sérieux?

  • rouviere

    Ils auront au moins réussi à passer le mur du çon….

  • Stormy
    Stormy

    On savait dès le début que c’était bidon. Mais voilà, comme c’était les Américains, on me répondait que bien sûr, s’ils disaient qu’ils pouvaient le faire, alors ça allait être fait.

    Exactement comme le bluff du Sonic Cruiser de Boeing, pour ceux qui s’en souviennent (il y a un peu plus de 20 ans déjà)

    • François JOST

      Il reste maintenant Boom et je suis tout aussi circonspect que vous.
      Mais il n’est pas toujours si évident d’évaluer la faisabilité d’un projet dans l’aérospatiale.
      Quand Elon Musk annonçait qu’il allait mettre au point un lanceur réutilisable et rentable, l’Agence Spatiale Européenne ricanait.
      Devant les premiers succès techniques de Space X, elle affirma que le modèle économique n’était pas transposable chez nous, l’Europe n’ayant pas assez de lancements à réaliser.
      Désormais, elles réclame des fonds aux gouvernements européens, afin de mettre au point un programme similaire et ranger Arianne 6 (que ces même gouvernements ont financés) au hangar le plus rapidement possible,

  • Jean-Mi

    Ho ben mince alors… Que je suis déçuuuuuu…. Moi qui y croyait si fort…
    Rhâââlalaaaaaa…
    Bref, on s’en doutait…
    Ils auront tenus un moment quand même.

  • François JOST

    Aerion changeait sans arrêt le design de son projet.
    Ailes droites basses avec les réacteurs au dessus, puis ailes droites hautes avec les réacteurs devant, puis ailes delta. Ca partait dans tous les sens !
    Il reste boom, qui est encore plus ambitieux, avec non pas un avion d’affaire mais un liner, qui promet d’offrir un déplacement en quatre heures partout dans le monde pour cent euros !!

    • BLT

      Oh François, comme vous y allez…
      Ce sont des créatifs qui font de jolis dessins.
      Dans ces cieux imaginaires, leurs avions volent très bien.
      Ils doivent maintenant être recyclés dans les mangas ou la SF…
      Ou bien ils dessinent des vélos électriques, c’est à la mode. Et y’a moins de calculs à faire pour la certif.

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