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Course contre la montre pour Dyn’Aéro

Suite à la mise en redressement judiciaire des sociétés Dyn’Aéro et Dyn’Aviation, le 10 janvier 2012, le Tribunal de commerce de Dijon s’est donné jusqu’au 7 février 2012 pour désigner un repreneur. En raccourcissant ainsi les délais, les juges veulent donner au constructeur de Darois toutes les chances de redécoller.

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Les candidats à la reprise de Dyn’Aero et de Dyn’Aviation ont jusqu’au 27 janvier 2012 pour faire parvenir leurs offres au Tribunal de commerce de Dijon qui s’est engagé à désigner le repreneur, le 7 février 2012. Ces délais compressés démontrent que les juges ont conscience que le temps joue contre le constructeur et que plus vite l’entreprise pourra être remise en état de marche, plus ses chances de redressement seront grandes. Cette procédure de redressement enclenchée le 10 janvier 2012 par le Tribunal de commerce de Dijon fait suite à l’échec de recapitalisation tentée par Jean-Claude Morisson, qui a pris la présidence de l’entreprise en juin 2011.

Le nouveau PDG de Dyn’Aero avait réussi à faire entrer dans le capital de la société l’Institut de développement économique de la Bourgogne (Ideb) à hauteur de 250 000 €. Un autre actionnaire dont l’identité n’a pas été révélée apportait 100 000 € et lui-même, complétait avec 50 000 €. Cet apport d’argent frais était conditionné à un rééchelonnement de la dette d’un million d’euros de la société. Sur les six banques impliquées, une seule a refusé. Dès lors, Jean-Claude Morisson n’avait plus le choix. Le dépôt de bilan s’est imposé.
En 2011, Dyn'Aéro n'a vendu que 11 aéronefs, dont 10 sur le second semestre
« L’augmentation de capital n’aurait pas été suffisante à terme, mais elle aurait pu permettre de passer une difficulté », reconnaît Loïc Le Provost, directeur de Dyn’Aero. « Au premier semestre, Dyn’Aero n’avait vendu qu’un seul avion, au second, nous en avons vendu dix. Nous étions en phase de reprise. Nous avions besoin de cet apport pour passer l’hiver ». J.C Morisson et L. Le Provost ont succédé à la direction d’une entreprise en grande difficulté. L’ensemble Dyn’Aéro / Dyn’Aviation a vu son chiffre d’affaires plonger de 37,5% (CA 2011 prévisionnel : 1,31 M€ HT) d’une année sur l’autre, entre 2010 et 2011. Dans l’urgence, les deux hommes ont entrepris de mettre en œuvre la politique marketing qui faisait défaut au constructeur.

Entre 1992, date de la création de Dyn’Aero et novembre 2011, date de son départ pour Daher-Socata, Christophe Robin, fondateur de la société, a développé pas moins de 17 avions légers et ULM. Dans le même temps, il n’est pas parvenu à mettre en place le support client indispensable à l’assise de son activité. Les possesseurs de MCR avaient autant d’éloges à lui adresser concernant les qualités de vol de ses aéronefs, que de critiques à propos de la gestion de ses relations commerciales. Des leur arrivée, Morisson et Le Provost qui avaient conscience de ce problème ont décidé de crever l’abcès en lançant une vaste consultation des propriétaires d’avions et d’ULM Dyn’Aero et en restructurant la gamme. Le dépôt de bilan peut être une opportunité de repartir sur de bonnes bases à conditions toutefois que le repreneur soit en mesure de lever les capitaux nécessaires et qu’il ait la volonté de doter l’entreprise d’une organisation industrielle.

Par le biais des prises de participation, le périmètre de la reprise englobe non seulement Dyn’Aero (15 salariés) qui a pour vocation la construction des aéronefs et Dyn’Aviation (5 salariés) qui fait fonction de bureau d’études et qui est détenteur des agréments de conception (DOA) et de production (POA), mais également DAES (2 salariés) filiale de maintenance, et Dyn’Aero Iberica (32 salariés) qui produit les pièces composites pour Dyn’Aero. Cette filiale créée au début des années 2000 au Portugal avec des aides publiques importantes fait l’objet actuellement d’un plan de continuation après avoir déposé son bilan, en août 2010.
Le catalogue de Dyn'Aéro a été réorganisé autour de six modèles de base

Si Dyn’Aero pèche par son organisation interne et son service client, en revanche, il possède un catalogue digne d’un grand constructeur d’aviation générale. Dans le cadre de la nouvelle stratégie marketing, l’offre a été structurée. Désormais, elle s’articule autour de six modèles. Il y a d’un côté les ULM (ULC et Pick Up), de l’autre, les avions proposés en kit (MCR01 Sportster et 4S). La volonté du constructeur est d’abandonner le kit pour ne commercialiser que des avions prêt à voler (agréés LSA ou équivalent). A ces appareils s’ajoutent le remorqueur de planeur R180 et le bimoteur Twin-R, dont, selon Loïc Le Provost, « le prototype appartient à Pierre Robin, mais dont Dyn’Aero possède la propriété intellectuelle ». Il y a là une ambiguïté que les repreneurs potentiels auront intérêt à lever et force est de constater qu’ils n’ont pas beaucoup de temps devant eux pour le faire, ni pour prendre la mesure des moyens à mettre en œuvre pour relancer cette entreprise.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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