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Il est en train de réussir la privatisation des aéroports français après avoir accompagné avec succès le lancement de Hop! et obtenu de l'EASA qu'elle prenne en compte les spécificités de l'aviation générale. Patrick Gandil est décidément un Directeur général de l'aviation civile à part : il est à l'écoute de ses administrés, lourds comme légers, et recherche le contact.

Aerobuzz.fr – Vous souvenez-vous de votre baptême de l’air ?
Patrick Gandil C’était un vol vers le Maroc. Je devais avoir 15 ans. J’étais avec une amie qui quelques années plus tard est devenue ma femme. Mais mon premier vol en avion léger a eu lieu à l’occasion d’un déplacement professionnel à Orléans. A l’époque, j’étais au service des bases aériennes à la DGAC. A un moment, mon collègue m’a proposé de prendre les commandes. Il m’a dit de suivre un nuage. Depuis, je pilote avec passion.

Quel est pour vous la plus belle machine volante ?
Dans la tête de tout amoureux de l’aviation il y a l’image de Concorde. Il y a aussi le Super Constellation avec ses lignes fluides, tout en rondeurs féminines, qui me plait beaucoup. On a aussi un attachement particulier pour l’avion sur lequel on a appris à piloter. Dans mon cas, c’est un Robin R2160. J’ai passé des heures aux commandes…

Si vous étiez un aéronef, lequel seriez-vous ?
Ce serait forcément un aéronef de transport, probablement le mythique DC3.

Quel est votre livre aéronautique de référence ?
Saint Exupéry. « Terre des hommes ».

Quelle est votre dernière lecture que vous recommanderiez ?
Dans le domaine aéronautique, j’ai lu récemment un très beau livre qui m’a été offert par un ami pilote. Le livre retrace l’histoire de l’aviation au travers d’un personnage impliqué. C’est « Le siècle des nuages » de Philippe Forest.


Quel est votre film aéronautique préféré ?
J’en ai plusieurs, comme beaucoup… Un vrai goût pour « Top gun », avec des images extraordinaires. Des pilotes de combat m’ont confirmé le réalisme des situations. J’aime aussi beaucoup un vieux film d’aviation intitulé « L’équipage », avec Charles Vanel, tiré du roman de Joseph Kessel, qui traduit bien les relations entre les hommes, en tant de guerre.

Quelle chanson ou quelle musique évoque le mieux l’aviation selon vous ?
Difficile… Peut-être « Le dimanche à Orly » de Gilbert Bécaud. C’est une chanson qui a un sens. Elle montre qu’à l’époque, on ne parlait pas de bruit, ni de nuisances. Alors qu’il y en avait. Mais c’était l’image du rêve aéronautique qui commençait à être une réalité pour tous. J’aimerais bien le retour de ce temps-là.

Quels sont pour vous le plus grand aviateur et la plus grande aviatrice ?
D’un point de vue français, le plus grand aviateur est surement Mermoz qui est un pilote extraordinaire. Quand on lit des textes sur ce personnage on découvre quelqu’un d’impliqué aussi dans la technique. Il a été une balise exceptionnelle de cette époque.
Même s’il n’est pas célèbre comme un aviateur (il était pilote de guerre), Didier Daurat a été aussi un personnage important. C’est lui qui a inventé la notion de compagnie aérienne.
Et puis le personnage que l’on trouve souvent dans mes évocations, c’est Chuck Yeager qui a franchi une période extraordinaire de l’aviation. Tout jeune, il a été pilote de guerre dans le Pacifique sur des avions à hélice, avant de franchir le mur du son pour la première fois. Il a mis au point le ravitaillement en vol. Il a réalisé la première traversée de l’Atlantique avec une escadrille d’avions de chasse. Il a été chargé de créer une école pour les astronautes parce qu’il était celui qui était allé aux limites de l’atmosphère avec un avion à réaction. Il a fait des astronautes des pilotes et non pas de simples charges balistiques. Il a réussi une vie de l’hélice à l’espace !
Quant aux aviatrices, du point de vue français, il y a bien sûr Jacqueline Auriol qui a été une aviatrice tout à fait à part. Il y en a une autre qui est une amie. C’est Catherine Maunoury qui a révélée l’image de la voltige française. Un autre nom me vient. Celui de la Générale Valérie André, cette chirurgienne qui aux commandes de son hélicoptère allait secourir des blessés pendant la guerre d’Indochine. Elle a été la première pilote d’hélicoptère de l’armée française.

Quel exploit aéronautique auriez-vous aimé réaliser ?
Je ne me vis pas du tout comme un homme d’exploit… Peut-être la première traversée de l’Atlantique. Aujourd’hui, nous avons tous oublié Alcock et Brown qui ont réussi la première traversée en 1919 avec un aéronef qui sortait tout juste de la guerre. Ils ont peut-être relié les deux îles les plus proches, Terre-Neuve à l’Irlande, mais c’est tout à fait injuste qu’ils soient tombés dans l’oubli. Ils ont été de très grands pionniers.

Ce ne sont plus les aviateurs que les foules accueillent à leur arrivée sur les aéroports, mais les footballeurs. Qu’est ce que cela évoque pour vous ?
Le fait que l’argent et le sport spectacle soient passés largement devant l’exploit individuel tourné vers la découverte. Cela me désole profondément, d’autant plus qu’il y avait du monde pour accueillir l’équipe de France de football après son élimination de la coupe du monde, alors qu’il n’y avait personne pour le retour des voltigeurs français qui, en 2013, ont remporté tous les titres mondiaux.
Ce qui me console c’est de voir que pour le premier vol de l’A380 et de l’A350, il y avait beaucoup de public. L’exploit humain est oublié, mais pas la performance technologique. Ces avions majestueux séduisent le public. Tout n’est donc pas perdu. J’aimerais que pour le mondial de voltige, l’année prochaine en France, il y ait du monde…

Qu’auriez-vous conseillé à Icare ?
Surement pas de voler si haut. Voler haut n’a d’intérêt que quand on vole vite. Un deltaplane : exactement l’engin qu’il lui aurait fallu !

Quel est le plus grand événement ou exploit aéronautique de ces dernières années ?
On a eu la chance d’en connaître plusieurs. Le saut de Baumgartner qui est un exploit individuel tout à fait extraordinaire. La mise au point de l’avion de Piccard et Borschberg est lui aussi un grand saut vers le rêve d’une aviation parfaite. C’est un exploit à la Jules Verne. Mais il y a aussi une idée écologique et scientifique. Ils ouvrent des voies par l’exploit et la communication. Un jour ce sera une façon de voler. Ils auront été des pionniers. C’est un exploit qui doit rester dans les grandes balises de l’histoire de l’aviation.

Vous est-il arrivé de regretter d’avoir pris l’avion ?
Franchement : non ! Il m’est arrivé de souffrir, d’être malade en voltige sur un avion militaire. Mais ce n’est pas parce qu’on sent tous ses muscles se tendre qu’il n’y a pas un mélange particulier d’effort et de béatitude. Je n’ai vraiment pas le sentiment de m’être jamais dit « ce jour-là que je n’aurais pas du partir » !

Qu’évoque pour vous un aéroport ?
C’est la plateforme multimodale par excellence. Pour que cette organisation fonctionne, il faut un nombre incalculable de professions. C’est un des grands endroits de concentration de talents sur la planète, aujourd’hui. Et puis, un aéroport, c’est aussi le rêve. Devant un panneau d’un aéroport on prend plaisir à lire les destinations. On peut aller partout, en 24 heures.

Qui ou quoi vous a amené à l’aéronautique ?
Mes lectures d’enfant et d’adolescent d’abord. L’aviation a été un grand rêve à la Jules Verne. Et puis, il y a les hasards de la carrière. En tant qu’ingénieur des Ponts et Chaussée, on m’a proposé le service des bases aériennes. Dans les 15 jours qui ont suivi j’ai pris conscience que si je voulais être au niveau, il fallait que je devienne pilote, et j’ai appris à piloter.

De quoi êtes vous le plus fier dans votre carrière ?
Tout un ensemble. J’ai été chargé de plusieurs postes successifs. La décentralisation de l’Equipement avec le transfert de plus de 50.000 agents de l’Etat vers les collectivités locales. Ca s’est plutôt bien passé. En tant que constructeur, j’ai eu la chance de m’occuper du Viaduc de Millau et de la route Airbus pour acheminer les éléments de l’A380 jusqu’à Toulouse. Deux sujets dont je suis particulièrement fier dans le monde routier.
Ici, à la DGAC, j’ai la chance d’avoir travaillé sur des dossiers majeurs comme la filière hélicoptère, les moteurs ou Airbus. Je me suis toujours beaucoup impliqué pour l’aviation générale et l’EASA est en train de changer. La licence IFR privé est aussi un succès. Ce n’est pas encore réglé, mais c’est en bonne voie.
Dans le domaine des aéroports, le changement de statut s’est passé dans d’excellentes conditions. Dans celui des compagnies, le lancement de HOP ! a été un moment de grande créativité et le contrôle aérien français s’est illustré en ouvrant le ciel en premier lors de la crise du volcan islandais.

Quelle autre activité auriez-vous pu faire, ou aimé faire ?
A Polytechnique, je rêvais de faire de la biologie marine et puis j’ai découvert que je n’avais pas la condition physique pour être plongeur professionnel. A l’école des Ponts, je m’étais préparé à travailler dans le domaine portuaire. Au final, je suis tombé un peu par hasard dans le monde aérien. Depuis, je vis toujours une vraie passion professionnelle. Le dieu des carrières a été extrêmement bon pour moi.

A propos de Martin R.

Martin R. est le développeur et webmaster d’Aerobuzz depuis sa création en 2009. Développeur de formation, il a fait ses classes chez France Telecom. Il lui arrive d’oublier ses codes le temps de rédiger un article sur un nouveau produit multimedia ou sur un jeu.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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