
Personne n’avait vu venir ce nouveau coup. L’effet de surprise dissipé, les grandes majors européennes et asiatiques sont passées à l’attaque. Leur réaction a été rapide. Le couteau entre les dents, elles sont montées à l’assaut des clients des compagnies du Golfe. Moins des touristes et influenceurs bloqués à Dubaï, Doha ou Abu-Dhabi, en mode sauve qui peut. Ni même des voyageurs, en bout de ligne et à bout de patience, à la recherche d’une alternative pour regagner leur domicile. Ces derniers se sont arrachés les rares places vides à prix d’or, sur les vols réguliers, tout en dénonçant sur les réseaux sociaux ce qu’ils considéraient comme du racket. La SNCF préfère pudiquement parler de tarification dynamique. Le transport aérien assume le yield management. Et il ne va pas se priver de faire fonctionner ses algorithmes dans les semaines et les mois à venir sur certaines lignes. L’heure de la revanche a sonné.
Lufthansa, British Airways, Air France, Finnair, KLM, mais aussi Singapour Airlines, Malaysia et bien d’autres compagnies d’Asie et d’Asie du Sud-Est s’attendent à voir revenir la clientèle infidèle, séduite par l’offre d’Emirates, Qatar Airways et Etihad. Début mars 2026, quand ces trois redoutables machines de guerre se sont brutalement retrouvées clouées au sol, il n’a pas fallu beaucoup de temps aux européennes et aux asiatiques pour annoncer des renforcements de programmes. Du jour au lendemain, ce sont 90.000 passagers qui leur ont été servis sur un plateau, chaque jour.
Lufthansa été la première à dégainer en annonçant l’intensification de liaisons directes vers l’Asie et l’Afrique. Elle a été suivie par les autres. Encore faut-il pouvoir disposer d’avions gros-porteurs en nombre suffisant et surtout d’être en mesure de composer avec les contraintes opérationnelles qui se sont ajoutées. Cela faisait quelques temps déjà que le ciel du Moyen-Orient réservait des surprises. Les brouillages GPS qui étaient devenus la règle, rallongeaient les vols. Désormais, il faut passer encore plus au large, comme il est interdit à la plupart des compagnies, depuis le déclenchement de la guerre d’Ukraine en 2022, de survoler la Russie.
L’obligation de contourner l’immense territoire russe aux onze fuseaux horaires a entrainé l’allongement des vols entre l’Europe et l’Asie, jusqu’à l’arrêt de certaines lignes. Un bonus pour les hubs des compagnies du golfe, idéalement situés à la croisée de ces grandes routes.
Le renversement de situation auquel nous avons assisté le 28 février 2026 avec la mise sur la touche de la concurrence des compagnies du Golfe a offert la souplesse aux européennes et aux asiatiques de relever leurs tarifs, d’autant plus aisément qu’elles privilégient le trafic affaires et les passagers à haute-contribution. La flambée des cours du pétrole vient compliquer la donne pour tous les acteurs.
Celle qui pourrait le mieux tirer son épingle du jeu est Turkish Airlines, avec sa flotte moderne de plus de 500 avions et une plate-forme de correspondances performante idéalement située, entre l’Europe et l’Asie, et ouverte sur l’Afrique.
Une fois de plus, le transport aérien fait preuve d’une extraordinaire résilience. Les majors en tête. Si elles sont affaiblies, les compagnies du Golfe ne vont pas lâcher la partie pour autant. Elles savent que les passagers ont la mémoire courte. Encore faut-il que la paix revienne dans cette partie du monde. Personne n’est en mesure de dire combien de temps cela prendra. Personne n’avait prévu que le détroit d’Ormuz pourrait être bloqué.